Noyades en Nouvelle-Aquitaine : Shore break, baïnes… Les CRS à la rencontre des collégiens pour évoquer les dangers de l’océan

SECURITE Pour la première fois cette année, les CRS-MNS (Maîtres-nageurs sauveteurs) organisent une tournée dans une quarantaine de collèges pour prévenir des dangers de l’océan Atlantique

Mickaël Bosredon

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Plage à Carcans en juin 2021
Plage à Carcans en juin 2021 — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • En Gironde ou dans les Landes, les collégiens ont déjà entendu parler de phénomènes tels que les baïnes ou les shore break, mais ne savent pas forcément de quoi il retourne précisément.
  • Alors que l’on a encore déploré 21 morts pour 70 noyades en 2020 de Soulac à Hendaye, les CRS ont donc décidé d’organiser une tournée de prévention sur les dangers de l’océan auprès du jeune public.
  • Le littoral aquitain est surveillé chaque saison par 123 CRS, répartis sur 33 postes, qui seront déployés cette année du 2 juillet au 30 août.

Lacanau, Le Porge, Biscarosse… Les collégiens de Mios, à l’entrée du Bassin d’Arcachon, connaissent bien les spots de baignade et de surf de l’Atlantique, que ce soit en Gironde, dans les Landes ou les Pyrénées-Atlantiques. Sont-ils pour autant familiers avec les dangers de cet océan ?

Le CRS maître-nageur sauveteur Stephen Slack, en intervention dans un collège de Mios (Gironde)
Le CRS maître-nageur sauveteur Stephen Slack, en intervention dans un collège de Mios (Gironde) - Mickaël Bosredon/20Minutes

Dans le but de sensibiliser aux risques, les CRS-MNS (maîtres-nageurs sauveteurs) ont initié cette année une tournée pédagogique dans une quarantaine de collèges de l'ex-Aquitaine. « Les adolescents ont l’impression de connaître, ils ont déjà entendu parler des baïnes et du shore break, mais finalement très peu savent comment cela fonctionne véritablement », nous explique le brigadier-chef Stephen Slack, qui intervenait ce mardi à Mios. « Or, il est absolument nécessaire de comprendre le fonctionnement de ces phénomènes, ce n’est que comme cela que l’on réduira les accidents. »

Les dangers de la baïne

Quand on demande à ces élèves ce qu’est une baïne, pour certains il s’agit de « deux courants qui se rencontrent », d’autres croient savoir qu’il « vaut mieux se laisser porter quand on est pris dedans ». Tout ceci n’est pas totalement faux, mais pas véritablement exact non plus. « La baïne est un trou d’eau qui se remplit, leur explique Stephen Slack, lorsqu’il est plein et que l’eau s’évacue, cela forme un courant très fort, appelé courant d’arrachement, et qui vous emmène au large, parfois jusqu’à 500 mètres. »

La baïne « est particulièrement dangereuse trois heures avant la fin de la marée descendante et trois heures après le début de la marée montante, poursuit-il. On la repère au fait que l’eau est relativement calme à la surface alors que sur les côtés, des vagues cassent sur les langues de sable. Tout le danger est là, car pour les gens qui n’ont pas l’habitude, la baïne est attirante et ne représente à première vue aucun risque, alors que c’est au contraire là où il y a le plus de danger. »

Respecter les codes de la plage

Une vidéo explique ensuite le phénomène de shore break, une vague très puissante formée à marée haute, et qui vient casser juste sur le bord, lorsque la plage est pentue. « Quand vous êtes pris dedans, elle peut vous plaquer contre le sol, ce qui peut avoir des conséquences sur les cervicales si vous frappez le sable la tête la première, insiste le CRS. Lorsque les vagues sont trop importantes, nous sommes autorisés à mettre un drapeau rouge et fermer la baignade. »

Ah, les drapeaux. Limiter les risques, c’est aussi connaître les codes de la plage, respecter les périmètres de chacun. « Une plage est réglementairement organisée, rappelle le capitaine de la direction zonale CRS Sud-Ouest, Pascal Gensous. Or, on déplore de plus en plus de comportements individualistes, avec certains surfeurs qui se croient tout permis, des baigneurs qui vont à l’eau en zone de glisse… Entre 2018 et 2019, on a eu 88 % d’augmentation contraventionnelle, et on s’attend à une année particulièrement active dans ce domaine. » Stephen Slack préconise quant à lui de « passer au poste de secours avant d’aller se baigner, pour regarder la couleur de la flamme [verte, orange ou rouge], et prendre connaissance des données concernant la plage, qui sont affichées par les maîtres-nageurs, cela va de la température de l’eau aux heures de marée en passant par une arrivée de méduses ».

21 morts pour 70 noyades en 2020

A la fin de l’intervention du policier, les collégiens ont appris beaucoup de choses. Par exemple, ils savent désormais que « lorsqu’on est pris dans une baïne, il faut essayer de nager parallèlement à la plage pour s’en sortir », annonce Illan, ou encore qu'« il faut toujours se baigner dans la zone surveillée, c’est-à-dire entre les flammes bleues », clame Flora.

Sur le littoral aquitain, on ne recense en effet aucune noyade dans les zones surveillées, alors qu'en 2020 il y a eu en tout 21 morts pour 70 noyades sur le littoral, répartis sur l’ensemble des départements des Pyrénées-Atlantiques, des Landes et de la Gironde.

A Carcans, un drame qui a marqué les esprits

La décision d’organiser cette tournée pédagogique dans les collèges a d’ailleurs été prise après un drame qui a marqué les esprits l’an passé. Le 20 août 2020, un père de famille de 46 ans, sa fille de 17 ans et son fils de 13 ans sont morts noyés au nord de la plage de Carcans (Gironde), après avoir été emportés par un courant de baïne.

« Quasiment toutes les plages du littoral sont dangereuses », assène Stephen Slack. « Le plus gros shore break de France se situe à la plage de la Gravière à Hossegor (Landes), mais le phénomèbe est présent un peu partout, et même des locaux qui se baignent tous les ans sur la même plage se font prendre au piège. Une plage formée d’un grand plateau de sable une année, peut devenir pentue l’année suivante, ce qui va générer des shore break. Une baïne peut être là un 14 juillet, et se refermer quelques jours après en raison d’un phénomène météo. D’où la nécessité d’être constamment vigilant. »

Le littoral aquitain est surveillé chaque saison par 123 CRS, répartis sur 33 postes. Cette année, ils investiront les plages du 2 juillet au 30 août.