Toulouse : Le ménage pour sortir du trottoir, comment une association sert de bouée de sauvetage aux prostituées

SOCIETE L’association Solenciel propose aux prostituées de faire le ménage, au sens propre et dans leur vie en leur offrant des emplois de « cleaners » à temps partiel. Elle vient tout juste de s’installer à Toulouse

Hélène Ménal

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En trois ans, l'association Solenciel a permis à près de 80prostituées étrangères de quitter leur réseau de proxénétisme. Illustration.
En trois ans, l'association Solenciel a permis à près de 80prostituées étrangères de quitter leur réseau de proxénétisme. Illustration. — Solenciel
  • « Maria », une Nigériane de 27 ans, a quitté le monde de la prostitution pour occuper un emploi, légal, de femme de ménage, le temps de régulariser sa situation.
  • Elle est la toute première salariée de l’association Solenciel à Toulouse.
  • Née à Grenoble, cette association permet aux prostituées étrangères d’être « cleaners » pour une période de transition, le temps de régulariser leur situation.

« Quitter la prostitution, c’est difficile quand on n’a pas d’argent, ni de papiers ». Maria*, 27 ans, dont cinq passées loin de son Nigéria natal, vient pourtant de franchir le pas. Fini les trottoirs de Grenoble, la voilà « cleaner » à Toulouse. Depuis le mois dernier, elle fait légalement le ménage, avec des produits écolos, dans un centre de formation de la Ville rose. « Quelques heures par semaine » qui lui laissent le temps de reconstruire sa vie, en cherchant un appartement et en multipliant les démarches administratives.

Maria est la toute première salariée toulousaine de Solenciel, une association née à Grenoble en 2017, au détour de maraudes de nuit, et à la demande d’un groupe de prostituées nigérianes, d’accord pour couper les ponts avec leur réseau de proxénétisme, à condition d’avoir un vrai travail. Or, le ménage est un savoir-faire universellement partagé.

« Distanciation géographique » et autonomie

Depuis ses débuts, Solenciel a déjà ouvert des antennes à Lyon et Montpellier. « Pour Toulouse, nous avons contacté les associations d’aide aux prostituées qui nous ont indiqué que le besoin était réel ici pour des femmes essentiellement nigérianes et roumaines », explique Imane Bennini, la jeune responsable de l’antenne locale. Ce déploiement participe au concept de « distanciation géographique » : « Pour éviter les problèmes et les menaces » des réseaux de prostitution, les « cleaners » travaillent loin de leur ancienne vie. Voilà pourquoi Maria vient de Grenoble, où elle a bénéficié d’une formation dispensée par les bénévoles de Solenciel pour améliorer son français, qu’elle parle bien mieux qu’elle ne croit.

En plus d’un accord avec l’administration pour travailler en attendant l’instruction du titre de séjour, l’association donne aussi « des cours de vélo ou de trottinette » pour accroître l’autonomie des cleaners. Une formation superflue pour Maria. « Je circulais toujours à vélo au Nigéria », dit-elle.

Comme elle, une quinzaine de femmes attendent de balayer une vie d’exploitation en faisant le ménage, même à titre provisoire, dans une entreprise toulousaine. Pour cela Imane Bennini cherche des missions. Plein de contrats à temps partiel.

*Le prénom a été changé