Coronavirus : Non les vaccins à ARN messager ne sont pas toxiques pour le corps humain

FAKE OFF C’est pourtant ce que laisse entendre une théorie activement relayée par un scientifique américain sur les réseaux sociaux

Tom Hollmann

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Préparation de dose de vaccins Pfizer, le 15 mai 2021 (Illustration)
Préparation de dose de vaccins Pfizer, le 15 mai 2021 (Illustration) — Eric TSCHAEN-POOL/SIPA
  • Sur Twitter, le professeur Robert W. Malone affirme régulièrement que les vaccins anti-Covid et leur protéine Spike seraient dangereux pour le corps humain.
  • Or, ni l’étude qu’il a partagée sur les réseaux sociaux, ni les faits scientifiques établis jusqu’à présent n’accréditent cette théorie.
  • Si la protéine Spike présente dans le Covid-19 est effectivement cytotoxique, la version modifiée de cette protéine, qui entre dans la composition des vaccins à ARN messager, ne présente pas de risques pour le corps humain, indique Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS, à 20 Minutes. 

Une théorie circulant activement sur les réseaux sociaux assure que la protéine Spike présente dans les vaccins anti-covid à ARN messager serait « cytotoxique » et donc dangereuse pour l’intégrité des cellules du corps humain. Initialement portée par Robert W. Malone, un scientifique qui se présente comme étant l’un des inventeurs des vaccins à ARNm, cette allégation a notamment été relayée en France par l’essayiste Idriss Aberkhane sur Twitter lundi.

« Quand l’inventeur des vaccins à ARN vous dit cash que la protéine Spike est – évidemment – toxique pour vos cellules… », a-t-il laconiquement fait remarquer à ses 79.000 abonnés en renvoyant vers un tweet de Robert W. Malone. Dans ce dernier, le professeur affirme que « la protéine de pointe du SARS-CoV-2 est cytotoxique », et que plusieurs études, dont une pilotée par le Salk Institute, un institut de recherche américain à but non lucratif, le démontrerait formellement.

Cette allégation était déjà portée par Malone dans une vidéo de 15 minutes postée le 13 juin dernier sur la chaîne YouTube « DarkHorse Podcast Clips ». Accompagné de deux autres hommes, il assurait alors que la protéine Spike, comme les vaccins contre le Covid-19, étaient « cytotoxiques » et « extrêmement dangereux pour le corps humain ».

FAKE OFF

« Nous savions déjà que la protéine Spike est cytotoxique, il n’y a rien d’étonnant là-dedans !, explique à 20 Minutes Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS et responsable d’un laboratoire à l’institut CochinLe virus, lorsqu’il a infecté son hôte, va produire cette protéine en continu et détruire des cellules sur son passage, c’est précisément ce qui le rend dangereux. »

« En revanche, la protéine Spike présente dans les vaccins à ARNm est modifiée pour ne se reproduire qu’en petite quantité et sur un laps de temps très court, afin d’être immédiatement utilisée par le système immunitaire pour se défendre contre le Covid-19, détaille-t-elle. Affirmer que les vaccins sont cytotoxiques est donc faux, non seulement parce que l’ARN ne se réplique pas dans les organes du corps humain, mais également parce que nous l’aurions, tout simplement, remarqué très rapidement après avoir vacciné des millions de personnes. »

Que dit l’étude du Salk Institute ?

Cette analyse n’est d’ailleurs pas contredite dans l’étude mise en avant par le professeur Robert W. Malone, qui semble donc faire une mauvaise interprétation de ses résultats. Dans un article publié le 30 avril 2021, et intitulé « La protéine de pointe du nouveau coronavirus joue un rôle-clé supplémentaire dans la maladie », le Salk Institute résume l’étude parue le même jour dans la revue scientifique Circulation Research.

Réalisée en collaboration avec plusieurs autres instituts de recherche, dont le National Institute of Health américain, cette étude consistait à créer un pseudovirus entouré d’une couronne de protéines Spike – « qui se comportent très différemment de celles codées en toute sécurité par les vaccins », note l’institut –, sans toutefois contenir de virus réel, puis à l’injecter à des hamsters. Ces derniers ont alors subi des dommages aux poumons et aux artères, prouvant à nouveau le caractère cytotoxique de la protéine, suggérant que le Covid-19 n’est pas qu’une maladie respiratoire, mais également vasculaire.

« Cela pourrait expliquer pourquoi certaines personnes ont des accidents vasculaires cérébraux et pourquoi d’autres ont des problèmes dans d’autres parties du corps », a analysé le professeur Uri Manor, coauteur de l’étude. Cette découverte pourrait ainsi permettre, dans le futur, de développer de nouveaux traitements contre le Covid-19.

L’étude ne prouve donc pas que les vaccins anti-Covid seraient dangereux pour le corps humain, elle conclut au contraire que « les anticorps générés par la vaccination et/ou les anticorps exogènes contre la protéine Spike protègent non seulement l’hôte de l’infectivité du SRAS-CoV-2, mais inhibent également les lésions endothéliales [sorte de lésion vasculaire] imposées par la protéine Spike. »