Déconfinement : Pourquoi le protocole sanitaire des discothèques est-il contesté ?

CORONAVIRUS Un protocole sanitaire très lourd a été présenté ce lundi pour la réouverture des discothèques, et il ne fait pas que des heureux

Jean-Loup Delmas

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Illustration d'une soirée en discothèque.
Illustration d'une soirée en discothèque. — 453169 / Pixabay
  • Ça y est, après quinze mois de fermeture pour cause d’épidémie, les discothèques rouvriront leurs portes le 9 juillet.
  • Un protocole sanitaire a été annoncé à l’Elysée ce lundi pour permettre cette réouverture.
  • Des syndicats dénoncent un protocole trop lourd et trop contraignant.

Quinze mois après leur fermeture en raison du coronavirus, les discothèques voient enfin le bout du tunnel. Ce lundi, Emmanuel Macron a rassemblé les représentants des discothèques et boîtes de nuit à l’Elysée. Les établissements pourront rouvrir à partir du 9 juillet, après près d’un an et demi d’interruption continue. Mais toutes les nouvelles annoncées ce lundi ne furent pas aussi bien reçues par les professionnels du secteur, puisque le protocole sanitaire annoncé pour la réouverture est extrêmement contraignant. Trop même, au goût de certains syndicats. 20 Minutes fait le point.

Quel est le protocole annoncé ?

Une jauge à 75 % s’appliquera en intérieur, 100 % en extérieur. Le port du masque ne sera pas obligatoire en intérieur mais recommandé. Mais surtout, le pass sanitaire sera nécessaire pour rentrer. Mis en place initialement pour les événements non-mobiles de plus de 1.000 personnes, le pass sanitaire n’est valide que sous trois conditions. Soit une vaccination complète (deux semaines après la seconde dose pour Pfizer, Moderna et AstraZeneca et quatre semaines après une dose de Jansen), soit la preuve d’un test négatif de moins de 48 heures PCR ou antigénique, soit la preuve que la personne a eu le coronavirus entre 15 jours et six mois avant l’entrée (avec un test positif PCR ou antigénique daté de plus de deux semaines et de moins de six mois). C’est ce pass sanitaire qui provoque l’ire des syndicats des discothèques.

Comment justifier un protocole sanitaire si lourd ?

Les boîtes de nuit sont des établissements où il est impossible de respecter les gestes barrières, et où les facteurs de risque de transmission du coronavirus sont démultipliés. Par exemple, la plupart sont en lieux clos non ventilés, des endroits responsables de 80 % des contaminations selon une étude de l’Institut Pasteur (5 % en extérieur et 15 % en lieu intérieur mais aéré). Autre facteur, avec la musique, ce sont des endroits où on chante et crie beaucoup, ce qui augmente la quantité de gouttelettes et postillons émis, donc les risques de transmissions, sans compter le fait qu’on se parle plus près les uns des autres, augmentant là aussi les risques de transmission.

Enfin, avec la danse, les contacts physiques sont multiples, et avec l’effort physique, la respiration est plus intense, autre facteur de transmission.

Pourquoi ce protocole est-il critiqué ?

C’est le pass sanitaire qui concentre la quasi-totalité des critiques pour les professionnels des discothèques. « On ne peut pas demander un parcours vaccinal complet alors que 30 % des jeunes ne veulent pas se faire vacciner et que seulement 6,2 % des moins de 29 ans ont été vaccinés pour le moment. C’est notre clientèle dont on se prive », explique à 20 Minutes Patrick Malvaës, président du syndicat national des discothèques & lieux de loisirs (SNDLL).

Quant aux tests négatifs, il n’y croit pas non plus : « Qui va se faire tester tous les deux jours un été au Cap-Ferret ou à la Baule pour aller en boîte de nuit ? La demande d’un test négatif de moins de 48 heures est trop contraignante. » Si le pass sanitaire restait, un autre problème se poserait, selon le président syndical : « On a testé en condition réelle, cela prend deux minutes 40 en moyenne de vérifier le pass sanitaire à l’entrée. Ça fait qu’on ne peut faire entrer que 20 personnes par heure, c’est n’importe quoi ! »

Le sentiment de ne pas être traité équitablement domine dans la profession. Le pass sanitaire a non seulement toujours été présenté comme uniquement réservé aux événements de plus de 1.000 personnes, soit seulement 40 discothèques en France selon Patrick Malvaës, mais il ne s’applique en plus pas aux bars et restaurants. « Une fois encore, on fait de nous une exception. En conséquence, notre clientèle va être drainée dans les bars et restaurants dansants, alors qu’ils posent les mêmes problèmes sanitaires que nous, mais ont des protocoles bien moins complexes. Si on nous exige le pass sanitaire, soit, mais alors on l’exige aussi pour les restaurants et les bars. »

Une réunion est prévue ce mardi soir à Bercy. Preuve que les annonces de ce lundi sont loin d’avoir contenté la profession.