Rave party à Redon : « Je n’ai donné aucun ordre de destruction du matériel », assure le préfet

TEUF Samedi, des gendarmes ont détruit la sonorisation à coups de hache et de masse lors de l’évacuation du teknival de Redon

Camille Allain

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Sur son compte Twitter, le ministère de l'Intérieur a diffusé des photos de la saisie du matériel de sonorisation, dont une partie a été endommagé par les gendarmes.
Sur son compte Twitter, le ministère de l'Intérieur a diffusé des photos de la saisie du matériel de sonorisation, dont une partie a été endommagé par les gendarmes. — Ministère de l'Intérieur
  • Le préfet d’Ille-et-Vilaine et le parquet de Rennes assurent qu’ils n’ont pas donné l’ordre aux gendarmes de détruire le matériel de sonorisation des teufeurs à Redon.
  • Le préjudice de cette opération visiblement illégale est estimé entre 100.000 et 200.000 euros selon les organisateurs.
  • Interdit, le teknival avait donné lieu à des affrontements entre fêtards et forces de l’ordre. Un homme de 22 ans a perdu sa main.

Il est sorti de sa réserve électorale pour livrer une clarification. « Je n’ai donné aucun ordre de destruction de matériel », a lancé le préfet d’Ille-et-Vilaine Emmanuel Berthier dans un communiqué très bref. Le représentant de l’État a été très sollicité depuis la publication des images de gendarmes en train de détruire du matériel de sonorisation lors de l’évacuation de la rave party de Redon samedi. Une action visiblement illégale qui a choqué les organisateurs, qui évaluent le préjudice entre 100.000 et 200.000 euros. Lundi, plusieurs d’entre eux ont exprimé leur mécontentement auprès de 20 Minutes, précisant qu’ils allaient porter plainte. La veille, d’importants affrontements avaient opposé les fêtards aux forces de l’ordre. Plusieurs personnes avaient été blessées. Un Rennais âgé de 22 ans a perdu sa main, vraisemblablement en ramassant une grenade lacrymogène lancée par les gendarmes. Quatre personnes font l’objet de poursuites judiciaires.

La destruction du matériel est intervenue bien après. Alors que la musique avait cessé et que le rassemblement festif prenait fin, les gendarmes mobiles ont encerclé des tentes où était abrité le matériel. A coups de hache et de masse, ils ont détruit des platines, des amplis, des enceintes ou encore des groupes électrogènes qui avaient été loués à des entreprises du coin. Des photos du matériel endommagé ont même été diffusées sur le compte Twitter du ministère de l’Intérieur samedi. « Le seul but, c’était de détruire. Je n’avais jamais vu ça. Ni en France, ni même en Europe », regrette Victor Lacroix, représentant de l’association Media’Son.

Dans son communiqué, le préfet Emmanuel Berthier rappelle que l’intervention des gendarmes était « une opération de maintien de l’ordre en réponse à un rassemblement interdit ». Mais promet qu’il n’a donné aucun ordre visant à détruire le matériel. Le parquet de Rennes dit la même chose et précise qu’il a simplement demandé la saisie du matériel. Contactée, la gendarmerie peine à s’expliquer. « Lors de l’évacuation, les gendarmes ont procédé à une manœuvre complexe qui, une fois commencée, devait être exécutée rapidement pour assurer la mise en sécurité des personnes », explique une source proche du dossier. « Au cours de la manœuvre, il y a pu avoir du matériel cassé, des dégradations. Mais le contentieux pourra être remboursé ». Le préfet dit la même chose. « La justice se prononcera, si elle est saisie d’éventuels contentieux », assure le préfet.

Un ordre venu du ministère de l’Intérieur ?

Mais qui donc a pu donner un tel ordre ? Dans les rangs des teufeurs, on n’hésite pas à cibler le ministère de l’Intérieur dirigé par Gérald Darmanin. « Souvenez-vous du traitement après la teuf à Lieuron. Il n’avait pas vraiment apprécié », glissent certains participants. Le soir du Nouvel an, un teknival avait rassemblé 2.500 personnes au sud de Rennes alors que la France vivait encore sous les contraintes du Covid-19. Le sujet s’était invité à la table du réveillon du ministre Darmanin.

Habituée à défendre le milieu de la teuf, l’avocate Marianne Rostan craint que les relations déjà tendues ne deviennent impossibles entre les forces de l’ordre et les fêtards. « On a l’impression de revenir quinze ans en arrière. Il y a une tension grandissante entre les participants et les forces de l’ordre et on a clairement franchi un cap ce week-end. Je me demande ce que ça va donner à l’avenir ».