Allaitement dans un lieu public : « Les femmes doivent savoir qu’elles ont la loi de leur côté »

INTERVIEW Fiona Lazaar, députée du Val d'Oise, a déposé le 15 juin, une proposition de loi créant le délit d’entrave à l’allaitement

Romarik Le Dourneuf
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Illustration: allaitement maternel.
Illustration: allaitement maternel. — ALFREDO ESTRELLA / AFP

Au vu du nombre de réactions et de soutien que l’histoire d'une jeune Bordelaise, giflée pour avoir allaité son enfant, a suscité sur Internet (son témoignage a été mis en doute depuis), il semble que l’allaitement dans un lieu public fasse encore des remous de nos jours. Les témoignages de femmes victimes d’insultes, d’expulsions ou simplement de remarques et regards de désapprobation ont fleuri sur les réseaux sociaux.

Face à ce problème, la députée du Val-d’Oise, Fiona Lazaar (ex-LREM) a déposé, le 15 juin, devant l’Assemblée nationale une proposition de loi portant sur la création d’un délit d’entrave à l’allaitement. Pour 20 Minutes, elle explique le besoin d’une loi à ce sujet.

En quoi consiste votre proposition de loi ?

Il s’agit d’une proposition très courte et très opérationnelle qui fait entrer dans la loi un délit d’entrave à l’allaitement. Elle ne contient que deux articles : le premier crée un délit passible de 1.500 euros d’amende pour qui interdit ou tente d’interdire à une femme d’allaiter dans l’espace public ou dans un établissement accueillant du public. C’est le cœur de ma proposition.

Le second article vient, quant à lui, écrire noir sur blanc que le fait d’allaiter en public, n’est pas constitutif d’une exhibition sexuelle. C’est ce qui est très souvent reproché aux femmes qui le font.

Une loi était-elle nécessaire pour cela ?

Malheureusement oui. J’ai vu ce qui s’était passé récemment avec la jeune femme à Bordeaux (Maÿlis aurait été giflée pour avoir allaité son enfant de 6 mois en public, son témoignage est aujourd’hui mis en cause), mais on voit une multiplication d’événements similaires en France comme à Biscarrosse où une femme a été priée de sortir d’un commerce pour allaiter. Les témoignages de ce type sont légion.
L’allaitement en public n’est ni autorisé, ni interdit par la loi. Il y a un vide à ce sujet et chacun interprète donc la loi comme il le souhaite. Or, par essence, tout ce qui n’est pas interdit, est autorisé. Malheureusement, dans les faits, on reproche aux femmes de le faire, on leur demande de sortir, ou elles se font agresser. Avec cette loi, le doute n’est plus permis, et on redonne aux femmes un droit qui leur est fondamental.

Le second article rejette l’exhibition sexuelle ?

C’est impératif, car c’est l’argument convoqué par nombre de personnes pour refuser le droit à allaiter en public. C’est profondément scandaleux, et cela projette un vrai malaise dans l’esprit des jeunes mamans qui souhaitent allaiter. Allaiter est un choix et un droit, il n’y a rien de plus naturel et de plus sain. Mais des esprits malveillants et tordus diffusent, par leurs actes, la crainte d’allaiter chez les femmes. Au final, on constate des cas de femmes, qui auraient aimé allaiter, mais ne le font pas parce qu’elles ne savent pas comment elles vont gérer si leur bébé se met à pleurer dans un magasin ou dans une administration parce qu’il a faim.

Je ne pousse pas à allaiter, les femmes font ce qu’elles veulent, mais elles ne doivent pas être empêchées par le regard des autres et une morale qui n’a pas lieu d’être.

Cette loi peut-elle changer les mentalités ?

Je ne le sais pas, mais au moins les femmes doivent savoir qu’elles ont le droit et la loi de leur côté. Elles ne doivent plus avoir peur de se faire intimider ou agresser et la société tout entière doit respecter leur choix. Certains de mes collègues pensent que c’est superfétatoire puisque rien ne l’interdit mais je suis persuadée qu’inscrire les choses permet d’assurer l’effectivité des lois.

Cette proposition de loi peut-elle aboutir ?

Je le pense, oui, j’ai toujours été engagée sur la question du droit des femmes (Fiona Lazaar est vice-présidente de la délégation du Droit des femmes à l’Assemblée nationale), et je suis déterminée à faire passer cette loi. Les « faits divers » récents, montrent qu’elle est nécessaire.