Discriminations : Déjà 5.000 appels sur la plateforme mise en place en février par le gouvernement

VIOLENCES C’est la plateforme qui avait été annoncée par Emmanuel Macron après le tabassage de Michel Zecler à Paris en novembre dernier

20 Minutes avec AFP
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Claire Hédon, la Défenseure des droits, lors de la présentation de la plateforme. (archives)
Claire Hédon, la Défenseure des droits, lors de la présentation de la plateforme. (archives) — LUDOVIC MARIN / AFP

Quatre mois après sa création, la plateforme anti-discriminations lancée par le gouvernement dans la foulée du tabassage d’un producteur de musique noir par des policiers a enregistré plus de 5.000 appels, surtout consacrés à l’emploi et au logement. Depuis février, cette nouvelle structure, joignable au 39 28 et gérée par le Défenseur des droits, reçoit entre 50 et 140 appels par jour.

Sur les « 5.000 appels » et 1.500 conversations en ligne enregistrés depuis la création de la plateforme, la question numéro 1 reste l’emploi, qu’il s’agisse de discriminations à l’embauche, de harcèlement ou de pressions sur le lieu de travail, rappelle la Défenseure des droits Claire Hédon. Selon elle, « pour l’instant, 5 % des appels concernent la déontologie des forces de sécurité ». Une proportion faible, alors que la plateforme a été pensée par Emmanuel Macron comme une réponse à l’affaire Michel Zecler, un producteur de musique noir agressé par trois policiers en décembre.

La nécessité d’une « traçabilité des contrôles »

Dans la foulée, le président avait reconnu le caractère « insoutenable » des contrôles au faciès et annoncé la création de cet outil « pour que les gens puissent dénoncer de manière très simple, unique et nationale » les discriminations. Les premiers résultats n’étonnent pas la Défenseure des droits. « La question des contrôles d’identité discriminatoires est compliquée car les victimes savent qu’elles n’ont souvent aucune preuve » et n’appellent pas, estime Claire Hédon.

Cela souligne selon elle la nécessité d’une « traçabilité des contrôles », réclamée de longue date par son institution, « pour que les personnes puissent porter réclamation ». « Pas encore assez connue » à son goût, la plateforme n’en touche pas moins un nouveau public qui n’aurait pas pensé à s’adresser au Défenseur des droits. Environ « 70 % des appels » débouchent sur l’ouverture d’un dossier. Si ce rythme se confirme, les saisines de l’institution en matière de discriminations pourraient doubler pour atteindre 10.000 par an.

Certaines discriminations occultées

Cette hausse montre que la mise en place d’un numéro et du site dédié antidiscriminations.fr « est une très bonne idée », juge le professeur de gestion Jean-François Amadieu. Selon cet universitaire, directeur de l’Observatoire des discriminations, « cela permet de rééquilibrer la perte de visibilité de la Halde », l’ancienne Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, regroupée en 2011 avec plusieurs autres institutions sous l’ombrelle du Défenseur des droits.

Le spécialiste regrette toutefois que le nouveau site « occulte certains pans de la réalité » en mettant en avant seulement six motifs de discriminations sur la vingtaine existante. « Ça flèche les choses. En allant sur ce site, des tas de gens discriminés peuvent ne pas savoir qu’ils le sont », estime-t-il. « L’apparence physique n’apparaît pas par exemple, alors que c’est le facteur numéro un de moqueries, notamment pour les personnes obèses victimes de grossophobie. »