Coronavirus en Gironde : « L’effort est bref mais doit être précis »… Il forme son malinois à détecter le Covid-19

FLAIR D'ENFER A Libourne, des chiens issus de brigades canines professionnelles (pompiers, armée et gendarmerie) sont formés à la détection du Covid dans le cadre d’un dispositif expérimental

Elsa Provenzano
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L'adjudant Jean-François Bachelier, réserviste pour la gendarmerie avec son chien Lucky.
L'adjudant Jean-François Bachelier, réserviste pour la gendarmerie avec son chien Lucky. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Cinq chiens sont formés à la détection du Covid-19 en Gironde, dans le cadre du projet Cynocov, installé sur le site du groupe vétérinaire Céva Santé Animale.
  • Les résultats sont probants et amènent les autorités sanitaires à envisager de déployer dans certaines conditions les chiens formés pour réaliser des prédétections.
  • Indissociables de leurs maîtres, ces animaux font preuve d’une vraie fiabilité mais également d’une certaine variabilité, comme tout être vivant.

« C’est très très bien ça », félicite le maître-chien en glissant une récompense dans la gueule de l’animal. Dans les locaux du projet Cynocov, à Libourne en Gironde, la matinée commence par une petite session dite de renforcement pour les cinq chiens en formation à la détection du Covid 19. C’est un petit tour de chauffe pour remémorer aux canidés les règles du jeu : leurs maîtres les forment depuis janvier à marquer lorsque les prélèvements, des compresses imbibées de sueur humaine, sont positifs au virus. En lien avec le CHU de Bordeaux pour récolter les prélèvements, c’est au sein des laboratoires vétérinaires pharmaceutiques Céva Santé Animale que ces chiens sont formés à pister le Covid.

Devant l’efficacité du flair canin en ce domaine, confirmé par une étude publiée en mai, le ministère des Solidarités et de la Santé, explique à 20 Minutes qu’il « travaille en articulation avec les autres ministères et les équipes de recherche comme celles du Professeur Grandjean (à Maisons-Alfort) pour accompagner et accélérer plusieurs projets pilotes en cours de réflexion pour un déploiement dès cet été. » Présentés comme un outil d’appui au dépistage, les chiens dressés à dépister le Covid sur l’humain pourraient être déployés auprès des pensionnaires et des visiteurs dans les Ehpad, mais aussi dans les lieux de forte affluence (stades, aéroports, gares, etc.).

Pas pour n’importe quel toutou

Déjà formés à la détection humaine pour les besoins de l’armée, des pompiers et de la gendarmerie, les cinq jeunes chiens répondent au doigt et à l’œil à leurs maîtres avec lesquels ils forment un binôme indissociable. Ils défilent dans la petite pièce en longueur dans laquelle ils sont invités à glisser leurs truffes dans des cônes contenant des prélèvements neutres, positifs ou négatifs.

« L’animal réalise une action de flairage sur chaque cône, il faut alors le valoriser quand il fait un marquage positif et à l’issue, on essaie de valoriser l’ensemble de son travail par un jeu, commente le lieutenant Bruno Carré, formateur de maîtres-chiens et conseiller technique au SDIS Gironde. Il faut qu’il garde l’engouement pour continuer à travailler et à répéter les flairages. »

Et le cas du Covid, l’affaire n’est pas mince puisqu’il doit apprendre une nouvelle odeur. « Quand on intègre des compresses neutres sans rien, pour le chien elle a une odeur. C’est son maître qui lui apprend à gommer cette odeur, par différenciation, pointe Pierre-Marie Borne, chargé du projet Cynocov pour Céva Santé animale. Il ne va être récompensé que quand il va marquer l’odeur spécifique de la sueur en déduction de l’odeur de la compresse. » Il faut sept semaines en moyenne pour qu’un chien acquière une formation de base.

Un duo irremplaçable

Seul le maître peut interpréter les marquages du chien qu’il a « façonné » au cours du dressage. Le labrador du lieutenant Bruno Carré se couche simplement devant le cône quand il a identifié le virus et Lucky, un malinois de cinq ans, dressé par l’adjudant Jean-François Bachelier, réserviste de la gendarmerie, s’assoit. « Un malinois est un chien qui a besoin d’activité, de travailler alors je l’ai formé à la détection de stupéfiants explique l’adjudant qui avait pourtant pris sa retraite il y a deux ans. J’ai bien fait comme la Région m’a sollicité pour Cynocov. » Cette formation demande beaucoup de concentration à cet animal pour qui travailler en intérieur n’est pas évident. « L’effort est bref mais il doit être précis », résume l’adjudant.

Pendant les tests, le maître-chien ignore également quels sont les prélèvements positifs pour ne pas donner à son insu des indices à l’animal qui décrypte en permanence son comportement et tient surtout à lui faire plaisir. Leur complicité ne doit pas biaiser les résultats. Jusqu’à maintenant les chiens marquent de la même façon, avec une fiabilité proche de 95 %, quels que soient les variants sous leur nez.

Une prédétection à envisager avec prudence

« Le test PCR détecte au moment où vous commencez à avoir des symptômes ou un peu avant, il faut qu’il y ait du virus et on trouve son matériel génétique quand il se multiplie », explique Marc Prikazsky, vétérinaire de formation et PDG de Ceva Santé animale. Le chien lui détecte plus en amont le volatile, issu de la modification produite au niveau d’une cellule biochimique par le contact avec le virus. Mais attention, avertit-il, il ne s’agit pas de comparer PCR et détection canine, voués à des usages différents et complémentaires. « Le chien c’est instantané et, par exemple, sur une famille qui rentre dans un stade, ce serait facile, et il y a potentiellement une communauté de pathologies », pointe Marc Prikazsky.

Des recherches pour synthétiser le volatile, ce qui éviterait de passer par la confection fastidieuse de compresses imbibées de sueur, sont en cours. La formation des chiens en serait grandement simplifiée puisque la signature olfactive serait plus nette. « On ne peut pas certifier un chien comme un PCR, il y a forcément de la variabilité, prévient Pierre-Marie Borne. Ils sont utiles pour de la prédétection, pour chercher l’aiguille dans la meule de foin. » Les besoins en formation pourraient en tout cas être importants si cette piste de la détection canine est approfondie par les autorités sanitaires.

« La Région nous suit sur ce projet et le CHU de Bordeaux aussi, apprécie Marc Prikazsky. J’aimerais qu’on continue sur d’autres maladies : on peut imaginer une école d’expérimentation sur le chien et la détection d’autres maladies, comme des cancers ».