Emmanuel Macron giflé : « Le président devrait écouter les instructions des officiers de sécurité », estime un ancien policier spécialisé

INTERVIEW Jean-Pierre Diot, ancien garde du corps de Nicolas Sarkozy et vice-président de la Fédération française de la protection rapprochée, revient sur la gifle reçue par Emmanuel Macron à Tain mardi

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

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Emmanuel Macron, le 8 juin 2021, à Valence dans la Drôme
Emmanuel Macron, le 8 juin 2021, à Valence dans la Drôme — PHILIPPE DESMAZES / POOL / AFP
  • A l’occasion d’un déplacement à Tain (Drôme) mardi, Emmanuel Macron s’est fait gifler par un homme de 28 ans, qui a été immédiatement interpellé.
  • « 20 Minutes » a demandé à Jean-Pierre Diot, ancien garde du corps de Nicolas Sarkozy et vice-président de la Fédération française de la protection rapprochée, d’analyser les images de cette agression.
  • Pour ce policier retraité, « il faudrait qu’un des conseillers du chef de l’Etat lui dise d’écouter les instructions des officiers de sécurité de façon que cela ne se reproduise plus ».

Lors d’un déplacement dans la Drôme, mardi, le président de la République a été giflé par un homme de 28 ans qu’il était allé saluer. Les policiers qui assurent la protection du chef de l’Etat extraient immédiatement  Emmanuel Macron et maîtrisent l’individu, Damien T., un fan d’histoire médiévale qui suit l’extrême droite royaliste sur les réseaux sociaux.

Cette agression était-elle évitable ? 20 Minutes a demandé à Jean-Pierre Diot, ancien garde du corps de Nicolas Sarkozy et vice-président de la Fédération française de la protection rapprochée, d’analyser ce qui s’est passé.

Comment analysez-vous ce qui s’est passé hier ?

On a vu, sur les images diffusées, que le convoi du président de la République avait été arrêté et qu'Emmanuel Macron est sorti rapidement de son véhicule, pratiquement en courant, sans que le dispositif de sécurité n’ait eu l’information. Ce qui importe, quand il se passe quelque chose, c’est le temps de réaction. Et pour être réactif, il faut être le plus près possible de la personnalité protégée, et ne pas perdre de temps. Or, quand le président arrive, il y a eu un petit temps mort, les effectifs n’étaient pas totalement en place. Normalement, dans ce genre de cas, les effectifs s’organisent pour arriver un peu en amont.

Sur les images, les gardes du corps suivent Emmanuel Macron avant de le rattraper...

Dans un convoi, les officiers de sécurité sont dans les voitures qui encadrent la voiture présidentielle, avec un armement lourd. Les fusils d’assauts sont prêts à être utilisés, dans les mains des officiers, au cas où il se passerait quelque chose. Or, sur un arrêt précipité comme celui-là du président, ils doivent d’abord mettre les armes en sécurité avant de sortir du véhicule. Cela prend quelques secondes, et parfois ils ne sont pas complètement coordonnés avec la sortie du chef de l'Etat.

Il faudrait qu’un des conseillers du chef de l’Etat lui dise d’écouter les instructions des officiers de sécurité de façon que cela ne se reproduise plus. Qu’il veuille remercier la foule, c’est une chose. Mais il faut qu’il sache qu’il n’est pas seul, que sans sa sécurité, il aura du mal à travailler. Il aurait aussi pu invoquer le respect des gestes barrières pour éviter d’aller au contact de ce monsieur et ne pas se laisser attraper le bras.

Comment la sécurité du président de la République est-elle organisée lors de ce type de déplacements ?

Il y a des reconnaissances effectuées afin de savoir où disposer les effectifs le jour de la visite. Il faut aussi trouver des voies d’évacuation en cas de soucis. Des véhicules « recueil » y sont disposés pour exfiltrer le président dans un lieu sécurisé au cas où son véhicule serait pris à partie.

On met ensuite en place un dispositif autour de la personnalité à protéger. En cas de problèmes, des officiers iront s’opposer à l’agression tandis que d’autres se chargeront de l’évacuation. C’est énormément de travail.

Est-ce que ce type d’agression est déjà arrivé lorsque vous étiez en poste ?

J’étais affecté au groupe d’appui des hautes personnalités, qui appartient au service de la protection, l’ancien SPHP (service de protection des hautes personnalités). C’est un groupe composé d’une vingtaine de policiers, appelés pour protéger tous les présidents les plus menacés qui venaient en France : Etats-Unis, Russie, Israël… Cela n’est jamais arrivé car on anticipait toutes les possibilités.

Mais pour avoir travaillé avec Nicolas Sarkozy, je sais que ce n’est pas facile. Il voulait aussi sortir rapidement de voiture, et c’était compliqué à gérer. Il sort, et c’est à vous de vous adapter ! C’est une tension permanente. Les images diffusées mardi ne montrent qu’une petite partie du déplacement d’Emmanuel Macron. Mais depuis le matin, il était sur la brèche et les collègues devaient le suivre. Il faut pouvoir réagir rapidement, mais les entraînements sont faits pour ça.

Justement, comment ces policiers sont-ils formés ?

Il y a une sélection assez dure pour rentrer au service de la protection. Ensuite, les policiers sont formés aux techniques adaptées et appropriées. La formation dure assez longtemps. Ils commencent leur carrière en protégeant des personnalités étrangères qui ne sont pas exposées à des risques particuliers, pour les habituer à tout ce qui touche une certaine catégorie de personnes. Il faut garder son sang-froid tout en étant professionnel, courtois… Ça s’apprend sur le terrain.