Edith Moskovic, enfant cachée pendant la Seconde Guerre mondiale, est morte

DISPARITION La Montpelliéraine Edith Moskovic, qui témoignait depuis des années auprès des jeunes, avait 90 ans

Nicolas Bonzom

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Edith Moskovic, enfant cachée pendant la Seconde Guerre mondiale, en 2013.
Edith Moskovic, enfant cachée pendant la Seconde Guerre mondiale, en 2013. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Petite fille, Edith Moskovic s’est cachée dans un institut pour personnes handicapées pour échapper à la déportation lors de la Seconde Guerre mondiale.
  • La Montpelliéraine « a consacré sa vie à témoigner pour faire comprendre les horreurs de la Shoah » auprès de lycéens et de collégiens.

Edith Moskovic est décédée, mardi, à l’âge de 90 ans, rapporte le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Enfant cachée, durant la Seconde Guerre mondiale, pour échapper à la déportation, la Montpelliéraine, chevalier de la Légion d’honneur, « a consacré sa vie à témoigner pour faire comprendre les horreurs de la Shoah et à transmettre un message de vigilance vis-à-vis de l’antisémitisme et de la haine », notamment auprès de collégiens et de lycéens, rappelle l’association.

Un matin d’hiver 1941, alors qu’elle est installée, avec sa famille, dans un village de Haute-Garonne, « la police française nous a sortis du lit sans nous donner d’explications, racontait Edith Moskovic, à 20 Minutes, en 2013. On s’est retrouvé dans un camp du département. On avait des poux, la gale… Les wagons à bestiaux nous attendaient. Dès lors, on nous a volé notre enfance à tous. » Edith venait alors de fêter ses 10 ans.

« Un jeune homme m’a demandé d’oublier mon nom »

C’est à deux gardiens qu’elle doit son salut. « Mon père les a soudoyés avec un peu d’argent et son alliance, racontait-elle. Une nuit, ils ont coupé les barbelés et nous nous sommes enfuis. » Cachée dans un panier à linges, la petite fille est parvenue à se rendre en Belgique, où elle a grandi. Puis « les rafles ont commencé. J’ai vu notre voisine tirée par les cheveux par un policier. » Un couple l’a alors cachée dans un grenier.

« Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Un matin, un jeune homme m’a demandé de le suivre. Et d’oublier mon nom. » « Eliane », comme il fallait désormais l’appeler, sera recueillie, pendant quelques années, par un institut pour les personnes handicapées. Un matin, à la fin de guerre, la petite fille a aperçu son père, « au bout du chemin. Quand il m’a prise dans ses bras, j’ai su que le cauchemar était terminé. »

Des décennies plus tard, Edith Moskovic ne ressentait plus aucune haine. « Mais j’ai hurlé à l’intérieur de moi pendant des années, confiait-elle, en 2013. Le temps passe et les témoins disparaissent. Je ne peux pas refuser de témoigner. » Avec la disparition « des témoins et rescapés de la Shoah, il appartient à chacun de porter son message de vigilance », souligne le Crif, dans un communiqué, ce mercredi.