Arnaud Mimran devant les assises pour la séquestration et l'extorsion d'un financier suisse

JUGEMENT L'extorsion d'un financier suisse avait eu lieu il y a six ans 

J.-L.D. avec AFP

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Arnaud Mimran a encore affaire à la justice
Arnaud Mimran a encore affaire à la justice — BERTRAND GUAY / AFP

Récemment mis en cause dans deux affaires de meurtres, le sulfureux homme d'affaires Arnaud Mimran comparaît à partir de mardi aux  assises de Paris pour l’enlèvement et la séquestration en vue de son extorsion d’un richissime financier suisse en janvier 2015.

Arnaud Mimran, 49 ans, condamné dans une vaste affaire de fraude à la « taxe carbone », est jugé pendant trois semaines aux côtés de cinq autres accusés, dont l’un de ses proches, l’ancien champion de boxe thaï Farid Khider. Un septième homme, recherché, sera jugé en son absence pour recel.

Golden boy déchu

L’ex- « golden boy » comparaît détenu, après sa mise en examen en avril dans deux affaires anciennes : l’enquête sur l’assassinat en 2011 de son ex-beau père, le milliardaire Claude Dray, et celle sur le meurtre en 2010 d’une autre figure de l’affaire de la taxe carbone, Samy Souied.

Avant sa mise en cause dans ces dossiers, il devait être libéré le 9 mai, après avoir fini de purger sa peine de huit ans de prison à laquelle il avait été condamné en appel à Paris en 2017 pour sa participation à la fraude au marché des quotas d’émission de CO2, une escroquerie à 283 millions d’euros. Arnaud Mimran « conteste depuis l’origine » avoir commandité l’enlèvement du financier suisse et avoir été le principal bénéficiaire de l’extorsion, souligne son avocat Jean-Marc Fedida.

Libération anticipée

Le 15 janvier 2015, le trader suisse est enlevé près de Paris par quatre hommes encagoulés et conduit dans un appartement d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Ses geôliers lui ordonnent de réaliser pour quelques millions d’euros d’achats de titres d’une société de droit américain dont sont actionnaires Arnaud Mimran et son ex-compagne et qui est « une coquille vide » selon le gendarme boursier des Etats-Unis.

Le trader est finalement libéré après près de six jours de séquestration. Une libération anticipée liée selon l’accusation à deux événements extérieurs : le meurtre deux jours plus tôt du « chef » présumé des ravisseurs, suivi de l’interpellation d’Arnaud Mimran dans le cadre de l’enquête sur l’escroquerie à la TVA.

Mis en examen et placé en détention provisoire dans ce dossier, il serait resté en contact depuis la prison avec le trader, s’inquiétant de savoir s’il allait porter plainte. Arnaud Mimran n’avait « aucun intérêt, aucun mobile à participer à une telle opération », assure Me Fedida. Pour l’accusation au contraire, ce grand joueur de poker était alors aux abois financièrement. Il aurait également été sous la pression d’une figure du grand banditisme Kamel Berkaoui, à qui il a fait acheter des actions.

Endetté jusqu’au « cou »

Ce dernier doit être rejugé à l’automne dans un dossier de trafic de cocaïne entre la République dominicaine et la France, impliquant deux ex-agents de la police aux frontières (PAF) de Roissy, pour lequel il a été condamné en février 2019 à 20 ans de réclusion criminelle. Arnaud Mimran a été relaxé dans le volet correctionnel de cette affaire dénommée « Excédent de bagages », mais le parquet a fait appel.

Endetté, Arnaud Mimran aurait décidé de monter ce « coup » devant lui permettre de gagner de l’argent rapidement, en faisant venir le banquier suisse sous un faux prétexte. Il aurait fait appel à « Titax », suspecté d’être une figure montante du grand banditisme et rencontré par l’entremise de Farid Khider, et à son « équipe de malfaiteurs » pour mettre à exécution son plan.

Les ravisseurs du trader suisse avaient expliqué à ce dernier détenir également Arnaud Mimran, présent sur les lieux de la séquestration le lendemain de l’enlèvement, une trace bleue sur le visage. Un « grimage » selon les juges destiné à faire croire à un passage à tabac pour forcer le banquier à faire ses premiers achats d’actions. Le lendemain, Arnaud Mimran était parti en week-end à Londres et avait été arrêté à son retour à Paris. Ses co-accusés nient également toute participation aux faits. Initialement prévu en mai 2019, le procès avait été renvoyé à deux reprises. Le verdict est attendu le 25 juin.