Rennes : Les grilles d’une école bâchées pour éviter aux enfants la vue des dealers

DROGUE La ville a décidé d’installer un brise vue sur le grillage de l’école Champion de Cicé à cause du trafic qui pourrit la vie des habitants du quartier de Cleunay

Jérôme Gicquel

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Une bâche noire recouvre depuis plus d'un d'un mois les grilles de l'école Champion de Cicé à Rennes.
Une bâche noire recouvre depuis plus d'un d'un mois les grilles de l'école Champion de Cicé à Rennes. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • Dans une école à Rennes, les grilles ont été bâchées pour que les élèves n’assistent pas au trafic de drogue.
  • Il y a deux mois et demi, un homme a été tué par balle dans le quartier dans un règlement de comptes sur fond de trafic de stupéfiants.
  • Les avis des parents d’élèves sont assez mitigés sur cette initiative.

« Je n’y avais même pas prêté attention ». Ce père de famille n’est visiblement pas très observateur. Car depuis un peu plus d’un mois, des bâches noires recouvrent toutes les grilles entourant le groupe scolaire Champion de Cicé à Rennes, où est scolarisée sa fille. « On nous a dit que c’était pour la sécurité de nos enfants, pour éviter qu’ils n’assistent au trafic de drogue qui se déroule sous leurs yeux », indique une jeune maman, un peu mieux renseignée.

Situé dans le quartier de Cleunay, au sud-ouest de la capitale bretonne, l’endroit est en effet un lieu de deal bien connu. C’est là qu’un jeune Tchétchène de 23 ans a été tué par balle le 17 mars dans un règlement de comptes sur fond de trafic de stupéfiants. Des faits d’une rare violence qui ont conduit les autorités à agir dans ce quartier pris en otage par les dealers. « Ils font ça à la vue tout le monde, témoigne un riverain. Ils installent tranquillement leurs chaises dans la rue et ils attendent les clients à longueur de journée ».

« Cela ne résout en rien les problèmes du quartier »

A la demande de l’équipe éducative de cette école maternelle et élémentaire, qui accueille près de 450 élèves, la ville de Rennes s’est donc résolue à installer le 26 avril un brise vue sur le grillage de l’école. « Ce n’est pas une solution miracle mais cela permet au moins de préserver l’intimité des élèves quand ils sont dans la cour », explique Lénaïg Briéro, l’adjointe en charge de la sécurité.

Parmi les parents d’élèves, les avis divergent sur cette bâche noire qui devrait être recouverte de végétaux d’ici l’automne. « C’est bien pour la sécurité de nos enfants, au moins ils ne voient pas toutes les conneries que font ces branleurs (sic) », indique ce père de famille, qui ne reconnaît plus le quartier où il est né. D’autres se montrent plus circonspects sur son utilité. « Déjà c’est très moche, souligne cette jeune maman. Et surtout cela ne résout en rien les problèmes de fond du quartier. Car les dealers sont toujours là et nos enfants les voient toujours quand ils sortent de l’école. »

« La police est au travail », assure l’adjointe à la sécurité

Dans cet environnement, elle affirme craindre à chaque fois pour leur sécurité. « Vu les derniers événements, je ne suis pas rassurée quand ils doivent rentrer seuls, assure-t-elle. Et quand ils sont à l’école, ils entendent des choses qui ne sont pas de leur âge. Ils savent déjà très bien ce qu’est du cannabis et de la cocaïne. »

Consciente de l’angoisse vécue par les habitants, Lénaïg Briéro s’en remet à la police nationale « qui est au travail et harcèle au quotidien les dealers pour gêner leur trafic ». « Mais c’est un travail de longue haleine, dans ce secteur mais comme partout ailleurs », indique l’élue.