Régionales en Île-de-France : On a vérifié ces affirmations de Valérie Pécresse sur la vidéosurveillance

FAKE OFF Délinquance dans les transports en commun, vidéosurveillance, reconnaissance faciale… « 20 Minutes » passe au crible plusieurs déclarations de la présidente de la région Île-de-France sur la sécurité

Tom Hollmann

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Deux caméras de vidéosurveillance, Illustration
Deux caméras de vidéosurveillance, Illustration — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • D’après Valérie Pécresse, les caméras installées sous sa présidence auraient permis d’accroître de « 20 à 30 % le taux d’élucidation des délits dans les transports en commun ». Ces délits seraient également, selon elle, aujourd’hui repérés à hauteur de 30 % grâce à la vidéosurveillance.
  • La présidente de la région Île-de-France a en outre indiqué qu’elle souhaitait faire usage de la reconnaissance faciale dans les transports en commun « pour repérer les terroristes recherchés ». Un usage qui selon elle, serait déjà en vigueur dans les aéroports français.
  • 20 Minutes a vérifié ces affirmations.

Candidate à sa réélection, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, enchaîne les propositions « chocs » dans le domaine de la sécurité. Dans une interview donnée au Figaro, mardi 1er juin, l’élue affiche sa volonté de faire plus largement usage de la vidéosurveillance pour lutter contre l’insécurité dans les transports, y compris en ayant recours à l’intelligence artificielle et à la reconnaissance faciale.

La thématique de la sécurité, qui n'est pourtant pas une compétence régionale, semble chère à l’ancienne conseillère de Jacques Chirac, qui s’est vantée d’avoir fait augmenter de « 20 à 30 % le taux d’élucidation des délits » dans les transports grâce aux caméras installées sous sa présidence. Toujours selon la présidente de la région, ces délits seraient aujourd’hui repérés à hauteur de 30 % grâce à la vidéosurveillance. Son entourage précise à 20 Minutes que la candidate fait référence aux « flagrants délits capturés par vidéosurveillance dans les transports en commun ».

Nous avons passé ces affirmations au crible.

FAKE OFF

D’où viennent ces chiffres, et existent-ils des études précises sur le rôle de la vidéosurveillance dans la détection des délits ou la résolution des enquêtes ? « Pas à ma connaissance », indique Dominique Legrand. En tant que président de l’AN2V (Association nationale de la vidéoprotection), soit l’une des principales structures qui plaident pour le développement des caméras en France, il serait pourtant bien placé pour le savoir. « Il est évident que la vidéosurveillance aide à la résolution des crimes et délits, mais il n’existe pas d’étude d’évaluation sur le sujet, car il est quasi-impossible d’affirmer que la vidéosurveillance est la seule cause de la résolution d’un méfait », explique-t-il.

Des chiffres « sortis du chapeau »

Les équipes de Valérie Pécresse expliquent à 20 Minutes l’origine de ces chiffres : « Valérie Pécresse et Frédéric Péchenard [vice-président de la région chargé de la sécurité] ont visité le 22 avril dernier le centre de coordination opérationnel de sûreté, situé dans les locaux de la préfecture de police de Paris. C’est au cours de cette visite que le préfet de police de Paris, Didier Lallement, et le sous-directeur de la police régionale des transports ont présenté les chiffres de la vidéoprotection. De source préfecture, un tiers des arrestations dans le métro est dû à la vidéoprotection et la vidéoprotection augmente le taux d’élucidation de 20 à 30 %. » Et d’ajouter, au sujet de l’absence de documents et d’études permettant de recouper ces statistiques : « Ces chiffres ont donc été présentés oralement […] et nous n’avons pas connaissance à ce stade de leur publication. »

Sollicitée par 20 Minutes, la préfecture de police n’a pas souhaité s’exprimer. Mais une source policière bien informée dément l’existence de telles données. Commentaire de Dominique Legrand, de l’AN2V : « Ces chiffres bien commodes me paraissent plutôt sortis du chapeau en pleine campagne électorale. »

Non, la reconnaissance faciale ne permet pas d’identifier des terroristes dans les aéroports

Quid de l’utilisation de la reconnaissance faciale dans les aéroports ? D’après Valérie Pécresse, ces derniers feraient déjà usage de cette technologie afin de pouvoir identifier des « terroristes recherchés ». C’est faux. Comme l’ont souligné nos confrères de France Info, si la reconnaissance faciale est bien en expérimentation dans plusieurs aéroports français, elle n’a pas vocation à comparer le visage des passagers au fichier des personnes recherchées (FPR), qui répertorie notamment les personnes fichés S. Appelé Parafe, ce système de reconnaissance faciale expérimental permet en réalité, sur la base du volontariat, de faciliter les contrôles aux frontières en vérifiant que le visage du passager correspond bien à la photo visible sur son passeport biométrique.

Si la reconnaisse faciale n’est donc pour l’instant pas liée au FPR, cela pourrait être amené à changer à l’avenir, souligne France Info. Une proposition de règlement de la Commission européenne, pas encore adoptée par le Parlement et les Etats membres, propose ainsi d’y recourir « lorsque cela est strictement nécessaire pour rechercher un enfant disparu, prévenir une menace terroriste spécifique et imminente ou détecter, localiser, identifier ou poursuivre l’auteur ou le suspect d’une infraction pénale grave. »