Coronavirus à Marseille : Comment un marin de Goa est arrivé avec le variant indien

SCIENCE Des chercheurs marseillais ont publié fin mai une courte étude, retraçant le parcours de ce marin et rappellent le rôle historique des ports dans la diffusion des épidémies

Alexandre Vella

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Des bateaux dans la rade du port de Fos-sur-Mer, près de Marseille (illustration).
Des bateaux dans la rade du port de Fos-sur-Mer, près de Marseille (illustration). — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • De l’aéroport de Dehli à Marseille via Amsterdam, une publication scientifique de l’IHU retrace le parcours d’un marin porteur du variant indien.
  • A son arrivée à Marseille, il devait embarquer sur un navire. Testé positif, il a été placé à l’isolement.
  • Il s’agissait de l’un des tout premiers cas identifiés de ce variant en France.

On en sait désormais un peu plus sur l’une des portes d’entrée du variant indien à Marseille. Le 29 avril dernier, la direction générale de la Santé (DGS) annonçait avoir identifié deux cas de personnes, « sans lien entre elles », contaminées par le variant indien dans les Bouches-du-Rhône. Des chercheurs marseillais de l’IHU, en collaboration avec l’APHM, l’IRD et les Marins Pompiers de Marseille ont retracé le parcours de l’un d’entre eux. Ils ont publié leur résultat dans une courte étude mise en ligne le 21 mai dans la revue Travel Medecine and Infectious Disease.

« Ce patient originaire de Goa a embarqué à l’aéroport de Dehli, puis transité par l’aéroport d’Amsterdam avant d’atterrir à Marseille, le 26 avril 2021, écrivent les co-signataires, Bernard La Scola, Philippe Lavrad, Pierre-Edouard Fournier, Phillippe Colson, Alexandre Lacoste et Didier Raoult. Testé négatif 72 heures avant d’embarquer, il a été détecté positif à son arrivée à Marseille par un test antigénique. »

L’un des cinq premiers cas avérés en France

Un second prélèvement nasal a été effectué le lendemain et envoyé pour analyse à l’IHU, confirmant la contamination au variant indien. Avec le second cas marseillais, il s’agissait alors, avec deux personnes en Gironde et une dans le Lot-et-Garonne recensées, des cinq premiers cas avérés de ce variant sur le territoire métropolitain. Les mesures d’isolement immédiat ont permis de circonscrire efficacement la diffusion de ce variant, réputé plus virulent. A ce jour, les autorités sanitaires n’observent pas de réelle progression du variant indien en France métropolitaine, à Marseille ou en région PACA où la souche dite anglaise représente plus de 75 % des cas détectés, d’après les données de Santé publique France

« Ce cas illustre parfaitement le rôle joué par les ports comme Marseille », ajoutent les auteurs de l’étude qui rappellent différents épisodes épidémiques survenus au cours de l’Histoire. « On sait que la peste est importée en Occident par un navire génois, qui accoste notamment dans le port de Marseille en 1347 », relève l’historienne Claude Gauvard.

« Assurer une détection est essentiel, particulièrement pour les membres d’équipage, afin d’éviter un nouveau Diamond Princess », concluent les auteurs de cette publication. Pour mémoire, ce navire de croisière comptant 3.700 passagers et membres d’équipage avait été placé en quarantaine au Japon au tout début de la pandémie. Près de 700 contaminations y avaient été recensées, alors qu’un seul passager à l’embarquement aurait été initialement porteur du virus.