Chasse à l’homme en Dordogne : « Il s’est retrouvé coincé dans une nasse… » Le patron du GIGN raconte la neutralisation de Terry Dupin

INTERVIEW Le général Ghislain Rety, commandant du GIGN, observe une hausse inquiétante du nombre de cas de forcenés depuis le début de l’année

Propos recueillis par Thibaut Chevillard
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Terry Dupin a été grièvement blessé à la gorge par un tir de riposte du GIGN, après une traque de 36 heures
Terry Dupin a été grièvement blessé à la gorge par un tir de riposte du GIGN, après une traque de 36 heures — LE LARDIN-SAINT-LAZARE, FRANCE
  • Recherché depuis dimanche, Terry Dupin a été « neutralisé » lundi midi par le GIGN. Agé de 29 ans, il était traqué dans ce coin de Dordogne par plus de 300 gendarmes.
  • Cette affaire est loin d’être un cas isolé : depuis le début de l’année, l’unité d’élite de la gendarmerie est intervenue à 27 reprises pour des cas de forcenés, deux fois plus que l’an passé à la même période.
  • Pour le commandant du GIGN, le général Ghislain Rety, cette hausse s’explique par les effets délétères des confinements.

La traque de 36 heures a pris fin lundi dans une zone boisée à Condat-sur-Vézère, en Dordogne. Pourchassé depuis dimanche par plus de 300 gendarmes, Terry Dupin, 29 ans, a été grièvement blessé à la gorge par un tir de riposte du GIGN sur lequel il a ouvert le feu avec une carabine de chasse. Une affaire qui est loin d’être un cas isolé. Depuis le début de l’année, l’unité d’élite de la gendarmerie est intervenue à 27 reprises pour des cas de forcenés, deux fois plus que l’an passé à la même période.

Son patron, le général Ghislain Rety, explique à 20 Minutes que cette hausse est l’une des conséquences des confinements successifs.

Comment le GIGN est-il parvenu à retrouver et à « neutraliser » Terry Dupin lundi ?

Le général Ghislain Rety, commandant du GIGN (ici en 2015)

On avait défini une zone dans laquelle il était susceptible de se trouver. Au cas où il n’y aurait pas été, un appel à témoins avait été lancé afin que sa présence puisse être signalée par des habitants des communes proches. Et c’est ce qui s’est passé. Un témoin a indiqué que la personne recherchée se trouvait dans un petit hameau. Le GIGN, qui était juste à côté, s’est donc rapproché des lieux. L’homme se trouvait à environ 300 m de nous, en lisière de forêt. Il a commencé à nous tirer dessus.

Nous avons opéré une manœuvre d’encerclement avec trois véhicules blindés, dans l’optique de l’interpeller vivant. Rapidement, il s’est retrouvé coincé dans une nasse. Devant nous, il a fait mine de se suicider en pointant son arme sous le menton. Il n’est pas passé à l’acte mais s’est remis à tirer sur les opérateurs du GIGN qui étaient quasiment à son contact. Se trouvant en légitime défense, un gendarme situé à une trentaine de mètres a tiré pour le neutraliser, au même moment que l’assaut d’un chien.

Récemment, le GIGN a mené récemment plusieurs chasses à l’homme assez longues. Comment l’unité opère-t-elle dans ce genre de cas ?

C’est vrai qu’il y a eu une succession de traques un peu similaires, en milieu boisé dans les Cévennes, péri-urbain en Loire-Atlantique vendredi dernier. Le GIGN a mené, il y a un an, une réflexion de six mois sur la thématique de la traque. Mais on n'a fait que peaufiner le dispositif qui existait déjà. Dès qu’un fuyard est recherché, c’est toute la gendarmerie qui se met en ordre de bataille. Le GIGN intervient en appui de l’échelon territorial de commandement. Il est mis en avant concernant la partie intervention et recueil du renseignement à l’aide de moyens spéciaux. L’objectif, c’est d’interpeller le fuyard vivant, soit par une reddition, soit par une interpellation, pour le remettre à la justice.

Observez-vous une augmentation du nombre de forcenés ?

Oui, il y a une recrudescence statistique. Le GIGN est intervenu à 27 reprises depuis le début de l’année pour des forcenés. A la même période l’an passé, on en avait fait presque deux fois moins. De la même façon, les négociateurs régionaux sont intervenus 2,5 fois plus que l’année dernière. En revanche, j’ai l’impression qu’il y en avait autant dans les années 1980 ou 90. J’espère que l’on n’assiste pas à la recrudescence du phénomène.

Comment expliquez-vous cette hausse ?

Je le mets sur le compte de la crise sanitaire. Le confinement a eu des conséquences pour certains, tant en termes économique ou psychologique. Il a été un facteur déclenchant. Mais les profils des forcenés restent les mêmes. Il s’agit de personne avec des problèmes psychiatriques, d’alcool, de couple, de voisinage, ou fâchés avec l’autorité.