Vaccination en Seine-Saint-Denis : Un plan Marshall pour rattraper le retard et convaincre les réfractaires

CORONAVIRUS Alors qu’au niveau national, plus de 34 % de la population a reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19, ce taux n’est que de 23 % en Seine-Saint-Denis

Caroline Politi
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Une opération de vaccination sous les tours de Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis
Une opération de vaccination sous les tours de Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis — Christophe ARCHAMBAULT / AFP
  • Les retards de vaccination en Seine-Saint-Denis sont perceptibles dans chaque catégorie d’âge.
  • Des doses supplémentaires sont allouées au département et la stratégie de « l’aller vers » est privilégiée.

Trente centres de vaccination installés dans les 40 communes que compte la Seine-Saint-Denis, un bus qui sillonne plusieurs fois par semaine les routes du département pour sensibiliser les habitants, des barnums montés au pied des tours pour aller chercher ceux qui se tiennent le plus loin des circuits classiques… Malgré le volontarisme des pouvoirs publics, les chiffres peinent à décoller. Alors qu’au niveau national, plus de 34 % de la population a reçu au moins une dose du précieux sérum, ce taux n’est que de 23 % en Seine-Saint-Denis.

Et les données démographiques ne sauraient à elles seules expliquer ce retard. Certes, ce département est le plus jeune de l’Hexagone alors que la stratégie vaccinale privilégiait jusqu’à lundi les plus âgés – il a donc, dans un premier temps, été moins doté que d’autres – mais ce déficit de vaccination se retrouve dans toutes les catégories d’âges. Chez les plus de 75 ans, le taux de personnes ayant reçu une dose est 8 points inférieurs à la moyenne nationale (71,2 % contre 79 %). Chez les 65-74 ans, il est même 12 points en deçà (64,2 % contre 76 %).

L’expression des difficultés socio-économiques

« Ces chiffres auraient été encore plus faibles sans toutes ces actions de proximité, assure Stéphane Troussel, le président PS du département, mais il est évident que la précarité, plus forte ici qu’ailleurs, éloigne du parcours de soins. » Et cela, en temps de Covid-19 ou non. Chaque année, le taux de vaccination pour la grippe saisonnière est dans ce département, le plus pauvre de l’Hexagone, inférieur de 10 à 15 points à la moyenne nationale. « On sait malheureusement que le fait de prendre soin de sa santé, de manière préventive ou curative, est directement lié à des facteurs socio-économiques », poursuit une source au sein de l’Agence régionale de Santé. Et la densité de médecins généralistes et spécialistes, inférieure dans ce département de 30 % à la moyenne nationale, ne saurait faciliter le travail d’information et d’orientation.

Pour autant, tous les acteurs, locaux comme sanitaires, refusent de voir une fatalité dans ces chiffres. Vendredi, le directeur de l’ARS, le préfet et les 40 maires du département se sont réunis en visioconférence pour organiser la riposte et adapter la stratégie vaccinale aux spécificités de ce territoire. L’ouverture de plages de vaccination sans rendez-vous exclusivement réservés aux résidents de Seine-Saint-Denis et l’élargissement des horaires d’ouverture de plusieurs centres, notamment en soirée, ont été décidés. Et pour tenir le rythme, 15.000 doses de vaccin supplémentaires ont été allouées le week-end dernier et tout au long du mois de juin, 120.000 doses seront injectés chaque semaine.

Un plan sur mesure

Surtout, tous se sont accordés sur la nécessité favoriser les opérations « d’aller vers » : en clair, ce n’est pas la population qui va au vaccin, mais le vaccin qui va à la population. Tout au long du mois de juin, les barnums au pied des tours vont être multipliés, les équipes mobiles vont être renforcées pour aller vacciner dans des résidences sociales ou des associations. De jeudi à samedi, elles seront ainsi déployées à Sevran dans un centre de distribution alimentaire. « Les centres de proximité sont indispensables mais insuffisants, insiste Stéphane Troussel. Même en mettant en place très tôt des standards téléphoniques pour permettre à ceux qui n’ont pas Internet ou ne savent pas lire de prendre rendez-vous, on se rend compte que ce n’est pas suffisant pour toucher les plus précaires. » Des réflexions sont également en cours avec les bailleurs sociaux pour organiser des campagnes directement auprès des locataires.

Reste l’enjeu de la confiance. La communication institutionnelle pour toucher les populations éloignées du système de santé classique atteint ses limites. Pour tenter de mieux appréhender ces réticences, le département vient de lancer une enquête « flash » sur les arguments qui ont fait mouche auprès de ceux qui viennent de se faire vacciner. L’ARS, de son côté, travaille sur des argumentaires plus ciblés pour aller chercher de nouveaux publics à risque. « On s’est par exemple aperçu que le taux de vaccination des personnes obèses est très en deçà de la moyenne nationale*, explique-t-on. On a cherché à comprendre pourquoi – certains ne savent qu’ils faisaient partie des populations éligibles, d’autres ignorent que leur surpoids relève de l’obésité – et développé des arguments plus précis. » Si ce n’est pas du cas par cas, cette campagne d’ultra-proximité s’apparente en tout cas à de la dentelle.

*37,4 % en Seine-Saint-Denis contre 47,6 % en moyenne en France.