Coronavirus : Comment la crise sanitaire a « dégradé » les conditions de travail des femmes

EGALITE Selon une étude publiée ce vendredi, les femmes considèrent leurs conditions de travail plus dégradées par la crise sanitaire que les hommes

Jean-Loup Delmas

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Une femme en télétravail avec la maison avec ses enfants, illustration.
Une femme en télétravail avec la maison avec ses enfants, illustration. — AFP
  • Les conditions de travail des femmes se sont plus dégradées pendant la crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus que celles des hommes, selon une étude de la Direction chargée de la recherche (Dares) au ministère du Travail.
  • Un écart qui s’explique principalement par la caractère genré de cette professions.
  • Télétravail, job de première ligne, surcharge professionnelle… Comment l’épidémie a fragilisé les conditions de travail des femmes.

Selon une étude publiée ce vendredi par la Direction chargée de la recherche (Dares) au ministère du Travail, la crise sanitaire et économique liée à l’épidémie de coronavirus a provoqué une « dégradation », générale ou partielle, des conditions de travail pour un peu plus de 40 % des salariés en France. Et cette dégradation serait plus importante pour  les femmes salariées que pour les hommes.

Pourquoi ? Parce que les métiers au fort pourcentage de femmes ont subi de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire : « des horaires plus longs et un travail plus intense », ainsi qu’une « réorganisation dû à la surcharge de travail » pour un tiers des sondés cités par la Dares. Un tiers de personnes interrogées qui exerce à l’écrasante majorité des métiers dits « plus féminins ». Soit, évidemment, les métiers du médical et du paramédical, composés à 70 % de femmes, selon l'étude de l'Insee Une majorité des femmes parmi les « travailleurs clés » du premier confinement. Mais aussi le secteur de l’enseignement, où là aussi, les femmes sont surreprésentées. Elles constituent 85 % des enseignants du premier degré, et 59 % pour les collèges et lycées publics. Le pourcentage est même encore plus élevé dans le privé, selon les chiffres du site Emploipublic.fr.

« C’est à ces métiers qu’on a demandé le plus : soigner les malades, ne pas rompre l’enseignement des enfants, permettre à la population de faire les courses, etc. Les caissières, les soignantes, les professeures ont été sursollicitées durant cette crise », abonde Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail.

« Une perte de sens à son métier, catégorisé comme non-essentiel »

Et si dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie ou de la construction, qui emploient majoritairement des hommes, les salariés estiment que la crise sanitaire « a eu peu d’impact », d’autres secteurs ont en revanche souffert dule chômage partiel et de la cessation d’activité. Des secteurs dans lesquels les emplois sont majoritairement occupés par des femmes, tel que le commerce (73,5 % des vendeuses en magasins sont des femmes). « Et il y a alors une perte de sens à son métier, catégorisé comme non-essentiel pendant toute cette crise », analyse Joseph Thouvenel, secrétaire national adjoint de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFDC) et spécialiste des questions du travail.

« Les métiers dits « plus masculins » ont poursuivi leur activité pendant la crise sanitaire et de la même façon. Souvent plus manuels, ils ont demandé une présence sur place comme avant le Covid-19 et cela, sans nécessairement plus de risques sanitaires », détaille Bernard Vivier. De leur côté, les soignantes, les professeures ou les caissières, plus exposées face au coronavirus, ont vu leurs conditions de travail évoluer (télétravail, téléconsultation, surcharge de travail, journées plus longues, etc.). Pour preuve, les soignants et soignantes font partie des professions pour qui le risque de contracter le coronavirus a été le plus fort : 29 % des infirmiers et sages-femmes interrogés assurent avoir contracté le Covid-19, contre 18 % des salariés, selon l’étude de la Dares.

Maudit télétravail

C’est aussi l’un des enseignements de l’étude, le télétravail a été loin d’être une idylle à vivre et est mentionné chez 40 % des personnes interrogées comme l’une des causes de la détérioration de leurs conditions de travail. On note une dégradation plus forte de la santé, physique et mentale, des télétravailleurs par rapport à ceux ayant continué le présentiel. Et là aussi, ce sont les femmes qui ont le plus souffert. « Le télétravail est inégalitaire. Les femmes le vivent moins bien car cela les expose à plus de tâches à remplir : domestiques et familiales. Etre salarié en présentiel permet aussi de prendre une bouffée d’air dans le quotidien des charges de la maison. Des charges domestiques bien trop souvent délaissées par les hommes, hélas », note Joseph Thouvenel.

« Le travail et la vie privée restent deux mondes interconnectés, on ne peut pas les diviser. Les femmes ont vu leurs conditions de vie plus dégradées que celles des hommes pendant cette crise sanitaire. Il y a eu également plus de violences envers elles et une charge mentale plus importante pour elles. Dès lors, c’est normal qu’elles aient le sentiment que leurs conditions de travail se soient également dégradées », conclut Bernard Vivier. L’étude rappelle que, pendant la crise sanitaire, le nombre de dépression a doublé par rapport à 2019.