Langues régionales : Bretons, Alsaciens et Corses dans la rue pour défendre « l’enseignement immersif »

EN AVANT GUINGAMP « Le conseil constitutionnel a nié un fait démocratique », a lancé au micro Ghjiseppu Turchini, professeur de langue corse

M.P. avec AFP
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Un festival ? Eh non, une manifestation pour défendre les langues régionales
Un festival ? Eh non, une manifestation pour défendre les langues régionales — MATHIEU PATTIER/SIPA

Des milliers de personnes à Guingamp, quelques centaines à Colmar et à Bastia. Les défenseurs des langues régionales ont manifesté, ce samedi, pour réclamer « l’enseignement immersif », récemment censuré par le Conseil constitutionnel. « Les gens sont là parce qu’ils ont peur que les écoles associatives soient fermées. La décision du Conseil constitutionnel pourrait leur enlever tout leur financement » et « remet en cause une méthode pédagogique utilisée depuis plus de 50 ans », a déclaré  le député du Morbihan Paul Molac (Libertés et Territoires), présent parmi les 6.000 manifestants bretons (selon la préfecture, 10.000 selon les organisateurs).

Paul Molac est l’auteur de la loi sur les langues régionales, votée le 8 avril à l’Assemblée et retoquée partiellement le 21 mai par le Conseil constitutionnel, qui a censuré la méthode immersive à l’école ainsi que l’utilisation de signes diacritiques comme le tilde (~) dans les actes de l’état civil. « On est dans une impasse, pour en sortir il faut modifier la Constitution », a réclamé Yann Uguen, président des écoles associatives d’enseignement immersif en breton Diwan.

Carte de France des langues régionales et nombre de locuteurs par régions
Carte de France des langues régionales et nombre de locuteurs par régions - L.Saubadu/I.Véricourt AFP

Lors du rassemblement alsacien, regroupant environ 200 personnes en fin de matinée, le président de la région Grand Est, Jean Rottner, candidat LR à sa réélection, a reçu une importante quantité de farine sur la tête. Des cris de « traître » et de « félon » ont été entendus, à l’encontre de cet ancien défenseur de l’Alsace devenu figure de proue d’une grande région encore souvent mal acceptée. 

Le rassemblement alsacien a attiré de nombreux candidats aux prochaines élections régionales et départementales, tandis que le drapeau rouge et blanc de l’Alsace était omniprésent. « La seule façon de faire en sorte que mes enfants puissent devenir des vrais locuteurs de l’alsacien et transmettent plus tard à leurs enfants une langue qui est dans leur famille depuis des siècles, c’est l’enseignement en immersion », a expliqué Cécile Walschaerts, Belge mariée à un Alsacien et mère de deux petites filles de 7 et 5 ans, qui ont fait leurs années de maternelle en immersion alsacien/allemand.

« Pour que vivent nos langues »

A Bastia, des chants polyphoniques corses ont clôturé en fin de matinée la manifestation d’un peu moins de 200 personnes, dont le leader du mouvement indépendantiste « Corsica Libera » et président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, devant les locaux de l’inspection académique pour la défense de langue corse. Deux banderoles ont été déployées avec le message « Pour que vivent nos langues ».

« C’est une mobilisation fondamentale. Le conseil constitutionnel a nié un fait démocratique. Ce qui se passe est gravissime. Il remet en cause tous les dispositifs d’enseignement de la langue corse », a lancé au micro Ghjiseppu Turchini, professeur de langue corse. A Lille également, une quarantaine de personnes sont venues réclamer au rectorat l’enseignement en primaire du picard dès la rentrée 2021 et le recrutement d’enseignants de flamand.