Fête des mères : « Il y a cette idée que les femmes ont beaucoup donné dans cette période de crise »

INTERVIEW Christine Castelain-Meunier, sociologue au CNRS, revient sur l’histoire de la Fête des mères et son importance symbolique

Propos recueillis par Maureen Songne

— 

Illustration de la Fête des Mères.
Illustration de la Fête des Mères. — LisaLiza
  • Ce dimanche c’est la Fête des Mères.
  • Un rendez-vous traditionnel qui relève, cette année, une importance particulière.
  • « Car il y a ce besoin de fête et de se retrouver, de marquer le coup » après une année compliquée, selon la sociologue Christine Castelain-Meunier.

Jour J pour la Fête des mères. Les « Bonne fête, maman » vont résonner ce dimanche partout en France. Un rendez-vous traditionnel fait de cadeaux plus ou moins farfelus et de souvenirs en famille. Et après une longue année marquée par le Covid-19, durant laquelle certaines familles ont dû vivre à distance et où de nombreuses femmes étaient en première ligne, la Fête des mères aura-t-elle un impact différent cette année ?

Pour 20 Minutes, Christine Castelain-Meunier, sociologue au CNRS et autrice (Les hommes aussi viennent de Vénus, ed. Larousse, 2020), revient sur cette célébration.

Après cette longue crise du Covid-19, qui n’est pas encore terminée, que représente la Fête des mères cette année ?

Il y a ce besoin de fête et de se retrouver, de marquer le coup. Cette importance nouvelle est liée à quelque chose qui doit être grandiose, qui sort de l’ordinaire. Du coup, cela prend une dimension très forte. Il y a cette idée que les femmes ont beaucoup donné dans cette période de crise.

De quelle manière ont-elles beaucoup donné ?

Entre le télétravail et les enfants en enseignement à distance, la présence de l’homme permettait dans certains cas plus de partage, et parfois plus de charges. La femme est honorée dans ce contexte de crise plus qu’avant. En reconnaissant le travail quasi invisible dans le domaine de la santé, de tout ce qui relève du soin et du service, les femmes étaient très présentes dans l’espace publique là où il y avait un contexte qui pouvait être anxiogène.

Pourquoi la Fête des mères se démarque-t-elle des autres fêtes "commerciales" ?

Cela relève de l’affectif et des responsabilités éducatives fondamentales dans la société contemporaine. La contribution de la femme à l’éducation des enfants est quelque chose de reconnu comme très complexe et très valorisé. Cet impératif de la bonne mère a été remis en question dans les années 1970 où, grâce au mouvement de libération des femmes, des acquis sociaux leur ont permis de s’affirmer comme femme là ou avant, elles s’affirmaient comme mère. On aurait pu penser qu’il y aurait une importance moindre de s’affirmer comme mère lorsque l’on est une femme émancipée. Mais cela s’est renforcé alors que l’on fait moins d’enfants.

S’affirmer comme mère en 2021 est-il différent ?

La femme s’est affirmée avec des droits civiques et sociaux, des revendications d’une culture égalitaire avec les hommes dans tous les domaines. Être mère est devenu quelque chose de plus choisi et réinvesti par les femmes, qui voulaient combiner tous les rôles. Travailler, être émancipée, avoir des enfants, bien construire sa vie, bien diriger ses choix, s’affirmer, mais sans oublier le côté mère.

Dans les faits, la Fête des mères est plus généralement célébrée que la Fête des pères. Pourquoi ?

La Fête des mères est connotée de représentations mythiques, symboliques très fortes, parce qu’elle est née dans une société qui apportait beaucoup d’importance à faire des enfants. Il y avait une volonté d’encourager la natalité et de reconnaître la part importante de la femme dans le monde de la reproduction et de l’éducation. Les pères, eux, étaient honorés en permanence. Avant, c’était la paternité institutionnelle, avec des rôles très genrés. Les hommes à la production, les femmes à la reproduction.

Aujourd’hui, c’est intéressant de voir que la Fête des pères compte de plus en plus. La place du père est devenue importante, car c’est une nouvelle norme dans la société contemporaine. On va vers un peu moins d’inégalités dans les responsabilités, par une présence, par un lien et des responsabilités domestiques plus partagées. Même si bien sûr la charge mentale existe encore.

La symbolique de la Fête des mères est-elle appelée à évoluer dans le temps ?

Bien sûr, car nous sommes dans une société individualiste tournée vers l’ego. Le sens se transforme et la façon dont on honore la femme, la mère, change. Avant les mouvements des femmes de 1970, la femme était cantonnée à l’électroménager. On la mettait en scène avec cette libération qu’elle pouvait avoir grâce à l’aspirateur, la cocotte-minute, la machine à laver. Elle allait ainsi se sentir moins stressée pour préparer le repas de son mari quand il rentre du travail…

On n’est plus du tout là-dedans. Aujourd’hui, c’est l’idée d’honorer la mère car on honore la femme. Car elle a plein de responsabilité sur le dos, elle travaille, elle s’affirme. On veut la soulager un peu, la déstresser, lui communiquer du bonheur. C’est une fête où les enfants donnent du leur pour honorer leurs mères.