Grenelle de l’éducation : Une augmentation de 30 euros pour moins d’un tiers des professeurs ? On fait le point

FAKE OFF Ce sont les chiffres avancés par le collectif de professeurs en colère, Les Stylos Rouges, sur Twitter, à l’issue du Grenelle de l’éducation qui s’est clos mardi 26 mai

Tom Hollmann
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Le ministre de l'éducation, Jean-Michel Blanquer, au Grenelle de l'éducation à Paris, le 26 mai 2021
Le ministre de l'éducation, Jean-Michel Blanquer, au Grenelle de l'éducation à Paris, le 26 mai 2021 — Jacques Witt/SIPA
  • Alors que prenait fin le Grenelle de l’éducation mardi, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a alloué une enveloppe de 700 millions d’euros pour la revalorisation des salaires des professeurs en 2022.
  • Du vent pour le collectif enseignant des Stylos Rouges, qui a affirmé dans un tweet incendiaire que seulement un tiers des professeurs sera concerné, et qu’ils ne toucheront que 30 euros par mois.
  • 20 Minutes fait le point sur ces chiffres.

Un effet d’annonce, les 700 millions d’euros alloués par le ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, pour la revalorisation des salaires des professeurs en 2022 à l’issue du Grenelle de l’éducation ? L’enveloppe dévoilée par le ministre mercredi soir a beau paraître conséquente, professeurs, collectifs et syndicats ont été nombreux à juger insuffisantes les mesures annoncées à l’issue de cette concertation de trois mois qui visait à « réfléchir aux modernisations de l’Education nationale ».

Parmi eux, le collectif enseignant Les Stylos Rouges s’est montré particulièrement critique à l’égard de cette revalorisation que le ministre de l’Education nationale voulait pourtant « historique » et faites « d’augmentations très substantielles ». Dans un tweet au vitriol qui renvoie le ministre à ses ambitions, le collectif d’enseignants en colère a ainsi dénoncé un « Grenelle de la Honte », qui n’accorderait en réalité qu’une « augmentation de 30 euros pour moins d’un tiers des professeurs ».

20 Minutes fait le point sur cette affirmation.

FAKE OFF

« Si l’ensemble des professeurs est concerné par cette enveloppe de 700 millions d’euros, la priorité reste donnée aux débuts de carrière, de manière à donner de l’attractivité à la profession », indique le ministère de l’Education Nationale. Une prime d’attractivité, dans le prolongement des travaux menés en 2020 avec les partenaires sociaux, sera ainsi accordée dès le mois de mai aux professeurs titulaires et assimilés jusqu’au 7e échelon, soit jusqu’à la 15e année de leur carrière.

« Un enseignant titulaire qui fait sa première année gagnera jusqu’à 100 euros par mois dès ce mois-ci, indique Stéphane Crochet, secrétaire général du Syndicat des enseignants de l’UNSA. Ce n’est pas aussi historique que le voudrait le ministre, c’est dégressif et ça ne concerne que peu de professeurs par rapport à l’ensemble, mais ce n’est pas négligeable. »

« On est loin du compte »

Alors d’où vient le chiffre de 30 euros avancé en tweet par les Stylos Rouges ? Dès l’échelon 6, soit à partir de 8 ans de carrière, un enseignant ne touchera plus que 36 euros par mois de prime d’attractivité, et cela avec un salaire inférieur à 2.000 euros net par mois. Pour le collectif de professeurs en colère, c’est le cœur du problème.

« Si notre communication détonne avec celle des autres collectifs, c’est parce que nous voulions montrer la vanité de cette mesure », a expliqué Thomas Grenet, membre des Stylos Rouges chargé des questions de rémunération, à 20 Minutes. « La réalité, c’est que l’on fait miroiter des augmentations conséquentes pour l’ensemble du professorat, alors qu’un tiers seulement des enseignants est concerné et que parmi ce même tiers, seulement une poignée pourra espérer toucher cent euros par mois », abonde-t-il.

Rejoindre « le peloton de tête » des pays de l’OCDE

Un point de vue partagé par le syndicat des enseignants du second degré, Snes-FSU, et sa secrétaire générale adjointe, Stéphanie Vénétitay, qui dénonce un « leurre » : « Entre le gel des salaires, et la baisse du pouvoir d’achat que nous avons subis dans les quinze dernières années, on est très loin de ce qu’il faudrait. D’autant qu’en l’absence de loi de programmation pluriannuelle, pourtant promise par le ministre à de nombreuses reprises, nous n’avons aucune garantie au-delà de 2022. »

Et le ministre de l’Education nationale a de l’ambition. Rejoindre, sur une base pluriannuelle toujours, le « peloton de tête » des pays de l’OCDE qui rémunèrent le mieux ses enseignants en débuts de carrière. Les enseignants français en sont bien loin aujourd’hui avec une moyenne de 7 % inférieure à celle des pays de l’organisation. Un écart qui se creuse encore plus à mi-carrière avec une moyenne inférieure de 22 à 27 % pour les enseignants de la primaire au lycée, selon le dernier rapport de l’OCDE sur l’éducation. « C’est un peu comme vouloir acheter une voiture à 80.000 euros en mettant 80 euros sur la table », cingle Thomas Grenet.