Bretagne : « On attaque notre langue »… Les défenseurs du breton vont donner de la voix

MANIFESTATION Après la censure de deux articles de la loi Molac par le Conseil constitionnel, un grand rassemblement est prévu samedi à Guingamp

Jérôme Gicquel
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Illustration d'un rassemblement pour la réunification de la Bretagne en 2014 à Nantes.
Illustration d'un rassemblement pour la réunification de la Bretagne en 2014 à Nantes. — AFP
  • Un grand rassemblement pour la défense de la langue bretonne est organisé ce samedi à Guingamp.
  • La semaine dernière, le Conseil constitutionnel a retoqué deux articles de la Loi Molac sur les langues régionales.
  • Suite à cette décision, le réseau Diwan, qui propose un enseignement immersif en breton, se retrouve dans un flou juridique.

« An holl e Gwengamp ! » (« Tous à Guingamp ! ») Ce samedi, le fief de l’En Avant va se transformer le temps d’une journée en capitale de la Bretagne. A l’appel de nombreux collectifs et partis politiques, les défenseurs du breton vont se mobiliser pour défendre leur langue et plus largement leur culture. La manifestation avait été annoncée le 18 mai afin de célébrer l’arrivée de la Redadeg, une course de relais pour promouvoir la langue bretonne. Mais trois jours plus tard, l’affaire a pris une tout autre tournure.

Vendredi dernier, le Conseil constitutionnel a en effet censuré deux articles de la loi Molac sur les langues régionales, qui avait été adoptée à une large majorité le 8 avril à l’Assemblée nationale. Deux semaines plus tard, une soixantaine de députés de la majorité avaient saisi le Conseil constitutionnel pour qu’il rende son avis sur le texte. Après examen, les Sages ont donc tranché en retoquant les articles 4 et 9 de la loi qui autorisaient respectivement l’enseignement immersif des langues régionales ainsi que l’utilisation de signes diacritiques, comme le tilde, dans les actes d’état civil.

Le réseau Diwan « dans un flou juridique »

En un mois, l’euphorie suscitée par l’adoption de la loi Molac a donc laissé place à l’incompréhension et à la colère chez les brittophones. « On attaque clairement notre langue avec cette décision alors qu’on se réjouissait de la formidable avancée qu’offrait cette loi », dénonce Fañch du collectif Ai’ta ! La censure par les sages des deux articles a d’ailleurs suscité un tollé général dans la région, y compris au sein de la classe politique. « Une nouvelle fois, les langues régionales font peur », avait ainsi réagi le président socialiste de la région Loïg Chesnais-Girard.

Particulièrement visé par la suppression de l’article 4, le réseau Diwan, qui propose un enseignement immersif en breton à 4.100 élèves dans la région, a aussi du mal à encaisser. « On se retrouve désormais dans un flou juridique en ne sachant pas trop encore quelles en seront les conséquences, souligne Yann Uguen, président de Diwan. Cela remet aussi en cause notre méthode qui a pourtant fait ses preuves et est la plus efficace pour l’apprentissage d’une langue ».

Emmanuel Macron défend l’enseignement immersif

En pleine polémique, le président Emmanuel Macron a d’ailleurs défendu mercredi l’enseignement immersif en langues régionales « que rien ne saurait entraver », indiquant également avoir « demandé au Gouvernement et au Parlement de trouver les moyens de garantir leur transmission ». Mais pas de quoi pour autant rassurer les défenseurs de la langue bretonne. « C’est de la communication tout ça ! s’emporte Fañch. Nous, ce qu’on attend de l’État, c’est qu’il nous permette de transmettre notre langue et non pas qu’il la tue ».

Yann Uguen se montre également très méfiant après le message du président posté sur Facebook. « On veut bien des discours d’amour mais on veut surtout des actes, assure-t-il. En tout cas, cela ne nous empêchera pas de poursuivre notre mission avec fermeté et détermination ».