Angers : A 57 ans, Pascal Denoël tente de gravir l’Everest sans oxygène et n'a « pas peur »

EXPEDITION Habitué des expéditions extrêmes, le patron du groupe angevin ZeKat a commencé le 8 avril l’ascension (sans oxygène) de l’Everest, le plus haut sommet du monde. Il est censé arriver dans la « zone de la mort » ce week-end

David Phelippeau
— 
Le chef d'entreprise Pascal Denoël.
Le chef d'entreprise Pascal Denoël. — Pascal Denoël
  • Pascal Denoël, PDG du groupe ZEKat, gravit le toit du monde sans oxygène depuis début avril.
  • Ce week-end, il doit arriver avec son sherpa dans la « zone de la mort », c’est-à-dire le sommet de l’Everest où la raréfaction de l'oxygène rend la vie humaine difficile.
  • Mardi, l’Angevin, âgé de 57 ans, a raconté pourquoi il en est arrivé à tenter des explorations aussi folles.

EDIT: En raison des très mauvaises conditions météorologiques (fortes chutes de neige), Pascal Denoël a dû stopper son ascension ce week-end.

Il se considère comme « un sportif mais pas comme un alpiniste ». A 57 ans et demi, Pascal Denoël, président de neuf entreprises de hautes technologies (Groupe Zekat), dont une grande partie dans le Maine-et-Loire, gravit l’ Everest depuis le 8 avril. Et ce week-end, c’est sans oxygène que ce père de famille (de trois filles) va grimper au sommet, à plus de 8.000 mètres. Seule une soixantaine de personnes a réussi cet exploit dans l’histoire. « Je vais découvrir ce qu’on appelle la " zone de la mort" », nous expliquait Pascal Denoël, mardi, depuis son camp de base. S’il arrive tout en haut, l’Angevin sera l’homme le plus âgé à réussir cet exploit.

Pascal Denoël.
Pascal Denoël. - Pascal Denoël

« A partir de 8.000 mètres, il y a 75 % d’oxygène en moins et donc de force en moins, précise-t-il. Le gros risque, c’est le froid, surtout s’il y a du vent. On manque d’oxygène pour réchauffer son organisme. » A quelques jours de son passage dans « la zone de la mort » où la mortalité grimpe à 8 % pour ceux qui gravissent sans oxygène et à 2 % avec, Pascal tremble plus de froid dans sa tente que de peur. « Il y a une petite appréhension, mais non, je n’ai pas peur. » Il faut dire que la mort a jalonné sa vie depuis sa naissance. « J’ai failli mourir plusieurs fois. » Cinq fois très exactement.

Il frôle la mort à plusieurs reprises

A 7 ans, il est réanimé in extremis après être tombé dans une piscine sur l’Ile Gloriette à Nantes. Enfant toujours, il manque de peu de se faire écraser par une remorque chez ses grands-parents. En 2005, un accident de voiture brise net sa carrière très honorable de handballeur. « Je devais rester paralysé. J’ai perdu l’odorat. » Puis, lors de ses innombrables escapades au sommet (Aconcagua, Kilimandjaro, Ebrouz, Vinson etc.), il se prend un coup de corne de vache à quelques centimètres du cœur dans le Col d’Aspin ou, brise la glace sous son poids et tombe avec ses skis dans de l’eau glacée au Pôle Nord.

« J’ai une bonne étoile », rit-il. Il y a quelques jours, une nouvelle mésaventure lui est arrivée et aurait pu mettre fin à son aventure actuelle en Asie. « J’ai eu une gastro qui s’est transformée en septicémie. En allant aux toilettes, j’ai fait un malaise vagal et je suis tombé la tête la première sur des rochers. Le médecin croyait que j’étais mort… » Requinqué, Pascal garde néanmoins les stigmates de cette chute « avec deux trous dans la tête ». Cela ne l’a pas empêché de reprendre il y a quelques heures la dernière ascension vers les cimes de l’Everest. Six au départ, la cordée est désormais seulement constituée de Pascal Denoël… Deux de ses compagnons d’aventure ont préféré partir avant pour rallier le sommet. Deux autres ont été évacués en hélicoptère pour raisons sanitaires. Et on a appris mercredi que son guide Bernard, âgé de 69 ans, est resté finalement cloîtré dans sa tente car il est malade.

Il donne un sens écologique à son ascension

Accompagné seulement d’un sherpa, Pascal va donc s’attaquer (sans oxygène) aux dernières pentes de l’Everest « le 29 mai au plus tôt ou le 30 mai au plus tard ». Et pourquoi se lancer un défi aussi fou ? Il faut remonter à « des traumatismes » de sa vie pour comprendre la genèse de cette fureur de se dépasser. Il y a d’abord l’accident de voiture très grave survenu en 2005. Puis, comme les ennuis n’arrivent jamais seuls, deux ans après, Pascal dépose le bilan de son entreprise, tombe en dépression et finit par divorcer. « C’est la règle des trois D : dépôt de bilan, dépression et divorce, sourit-il maintenant. J’ai compris avec tout ce qui m’est arrivé que je n’avais qu’une vie. Tous ces traumatismes ont été des piliers de ma reconstruction. Je me décide alors à voyager, à explorer le monde et qui je suis. Je vis mes rêves et je ne rêve pas ma vie. »

Poète, écrivain, philosophe, explorateur, conférencier ou encore sportif d’un très bon niveau (2h57m au marathon et 11 secondes aux 100 m durant ses plus belles années), Pascal Denoël est aussi un écologiste dans l’âme. Les salariés du Groupe ZeKat, dont il est le patron, lui ont demandé de déposer 200 gouttelettes d’eau naturelle au sommet de l’Everest, « monument emblématique de la nature devenue une poubelle à haute altitude ».