« Beauvau de la sécurité » : Les syndicats de policiers rencontrent le garde des Sceaux dans un contexte électrique

CONCERTATION Organisé une semaine après la manifestation des syndicats de policiers, la table ronde du « Beauvau de la sécurité » prévue ce jeudi est consacrée aux relations entre les forces de l'ordre et la justice

Thibaut Chevillard

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Les syndicats de police ont manifesté pour réclamer davantage de fermeté à l'encontre des agresseurs de policiers
Les syndicats de police ont manifesté pour réclamer davantage de fermeté à l'encontre des agresseurs de policiers — AFP
  • En pleine polémique sur les « violences policières », Emmanuel Macron avait annoncé le 8 décembre le lancement d'un « Beauvau de la sécurité » afin d'« améliorer les conditions d’exercice » des forces de l’ordre et « consolider » leurs liens avec les Français.
  • Une semaine après une manifestation de policiers devant l’Assemblée nationale, qui a viré au procès en laxisme de la justice, la concertation portera ce jeudi sur les relations avec l’autorité judiciaire.
  • Les syndicats de police retrouvent à cette occasion le garde des Sceaux qui a été hué par les manifestants. Les syndicats de magistrats, eux, n’ont pas été conviés à la rencontre.

C’est un hasard du calendrier. Lancé début février, le « Beauvau de la sécurité » a été interrompu quelques semaines plus tard par la crise sanitaire. Cette consultation sur la police et la gendarmerie reprend ce jeudi matin avec une table ronde consacrée aux relations avec la justice. L’occasion pour les syndicats de police, dont le rassemblement la semaine dernière a viré au procès en laxisme de la justice, de retrouver le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, qui avait été hué par les manifestants. « Le garde des Sceaux ne va pas passer une bonne matinée », prédit Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergie-Officiers.

Les syndicats de magistrats, quant à eux, n’ont pas été conviés. « On n’a pas réclamé de l’être, ça n’a pas vraiment de sens », estime Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature, qui dénonce une (nouvelle) opération de « communication » orchestrée par le ministère de l’Intérieur. « Depuis le début, le Beauvau de la sécurité se fait sans la justice. »

« Le plus important, c’est qu’on arrive à se parler »

Dans l’entourage du garde des Sceaux, on souligne pourtant l’importance d’avoir « un échange avec les policiers » à l’occasion de cette « réunion prévue de longue date ». Mais le climat sera-t-il pour autant serein, huit jours après que les policiers ont mis en cause la justice dans la dégradation de leurs conditions de travail ? Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti, tous deux candidats aux régionales dans les Hauts-de-France, se sont en tout cas employés à ne pas laisser croire à un divorce entre la police et la justice. « Le ministre a rappelé à l’Assemblée nationale le respect mutuel que se portent les deux institutions. Et il faut faire la part des choses : tout le monde ne partage pas la même position [hostile à la justice] au sein des syndicats de police », veut-on croire place Vendôme.

Secrétaire général délégué du syndicat Unité SGP police-FO, Grégory Joron estime que les sifflets adressés au ministre de la Justice « font partie du jeu ». « Le plus important, c’est qu’on arrive à se parler. » Le responsable syndical souhaite que le ministre de l’Intérieur, qui copréside cette réunion, fasse des annonces dès le début de la réunion afin « de ne pas être focalisés sur la manifestation de mercredi dernier » et les critiques formulées par les policiers sur « a réponse pénale ».

Plusieurs mesures annoncées par le Premier ministre après le meurtre du brigadier Eric Masson à Avignon ont pourtant déjà été votées par les députés : l’allongement à 30 ans de la mesure de sûreté des condamnés à perpétuité pour un crime sur un policier ou un gendarme, la limitation des réductions de peine pour les agresseurs des forces de l’ordre, et la fin des rappels à la loi.

« Plus ça va, plus on veut simplifier la procédure pénale »

« Il faut aller encore plus loin », affirme Grégory Joron, qui compte bien insister sur la nécessité de punir plus sévèrement les agresseurs de policiers. « Ils vont sûrement balayer notre demande concernant les peines minimales mais il y a d’autres choses à aller voir », estime le syndicaliste. Gréogry Joron souhaite notamment que les agresseurs de policiers condamnés à moins d’un an de prison ferme ne bénéficient pas d’une peine aménagée. « C’est facile à faire, il n’y a pas besoin de légiférer, c’est juste de la politique pénale », souligne-t-il. Dans un communiqué, le Syndicat des commissaires de la police nationale relève également que « les solutions ne peuvent qu’aller vers des mesures de simplification de la procédure pénale, tout le contraire des réformes précédentes, et d’améliorer et renforcer la réponse pénale ».

« Plus ça va, plus on veut simplifier la procédure pénale, l’automatiser », regrette de son côté Katia Dubreuil. Elle prend l’exemple de l’amende forfaitaire délictuelle qui permet aux agents de sanctionner les consommateurs de drogue ou – bientôt – les guetteurs, sans aucun contrôle de la justice. Et la syndicaliste s’inquiète des mesures annoncées sous le coup de l’émotion qui, souvent « existent déjà ». « Tout le monde sait ce qu’il faut : des enquêteurs en nombre suffisants, des policiers qui travaillent dans des commissariats en bon état, des magistrats et des greffiers assez nombreux pour juger les affaires… Mais ce n’est pas le discours qu’on a envie d’entendre en ce moment. »