Rennes : Le Musée de Bretagne veut conserver ad vitam aeternam sa riche collection de photos

PATRIMOINE Démarré il y a quelques semaines pour une durée de six ans, un chantier doit permettre la numérisation de plus de 500.000 photographies

Jérôme Gicquel

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Le chantier de numérisation du fonds photographique du Musée de Bretagne va durer six ans.
Le chantier de numérisation du fonds photographique du Musée de Bretagne va durer six ans. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • A Rennes, le Musée de Bretagne vient de démarrer le chantier de numérisation de son imposant fonds photographique.
  • Le musée compte plus de 500.000 photos datant de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1980.
  • Une fois numérisés, tous ces fragments de l’histoire bretonne seront mis en ligne sur un portail avec la possibilité pour le public de les télécharger gratuitement.

Des photos de naissance, de communion ou de mariage. Des réunions de famille et même un portrait de chien immortalisé dans un studio. Elodie Moïsa tient dans ses mains des morceaux d’intimité de nombreuses familles bretonnes. Comme elle, cinq autres historiennes archivistes s’attellent dans les sous-sols du Musée de Bretagne à dépoussiérer tous ces fragments d’histoire.

Avec ces photos, les historiennes archivistes chargées du chantier plongent dans l'intimité de familles bretonnes.
Avec ces photos, les historiennes archivistes chargées du chantier plongent dans l'intimité de familles bretonnes. - J. Gicquel / 20 Minutes

Depuis février, le musée, installé aux Champs Libres à Rennes, s’est lancé dans un vaste chantier qui va durer six ans pour numériser et sauvegarder son impressionnant fonds photographique riche de plus de 500.000 références. « Les photos les plus anciennes datent de la fin du XIXe siècle et les plus récentes des années 1980 », indique Manon Six, conservatrice du patrimoine et responsable des collections au Musée de Bretagne.

Certaines photos n’ont jamais vu la lumière

Elles sont pour beaucoup le fruit d’une politique d’acquisition insufflée dans les années 1970 par l’ancien directeur Jean-Yves Veillard « pour préserver la mémoire de tous ces studios photographiques bretons ». La collection photographique, la plus importante de Bretagne, s’est également enrichie au fil des années lors de ventes publiques ou grâce à des dons de particuliers ou à des trouvailles dans des caves ou des greniers. « Certaines ne sont jamais sorties de leur carton et n’ont jamais vu la lumière », souligne Manon Six.

Avant leur numérisation, les vieilles photos sont dépoussiérées et reconditionnées par des historiennes archivistes.
Avant leur numérisation, les vieilles photos sont dépoussiérées et reconditionnées par des historiennes archivistes. - ALAIN_AMET

Beaucoup accusent aussi le poids des années et il y a donc urgence à les numériser pour les préserver et en conserver une trace. Ce travail minutieux a été confié à la société bordelaise Arkhênum qui a dépêché six historiennes archivistes sur site. Toute la journée, les équipes procèdent ainsi au dépoussiérage de ces tirages sur papier. Il y a aussi beaucoup de négatifs, sur plaque de verre ou sur des supports en nitrate de cellulose, les plus abîmés étant stockés dans des congélateurs.

Les photos téléchargeables gratuitement sur un portail

Une fois le toilettage des photos terminé, il faut leur attribuer un numéro d’inventaire ainsi d’un descriptif avant de les reconditionner. Les clichés prendront ensuite la direction de Châtillon en région parisienne pour être numérisés au sein de l’entreprise Tribvn. Ce n’est qu’après toutes ces étapes que les photos rejoindront le portail numérique « Des collections en partage » lancé par le musée en 2017 et qui compte déjà plus de 300.000 œuvres et documents.

Fonctionnant avec des licences Creative Commons, le portail permet à tous les internautes d’accéder à la riche collection du musée et de télécharger gratuitement des milliers de photos ou d’affiches en haute définition. « Cela transforme radicalement nos métiers mais c’est un moyen de s’adresser au plus grand nombre et de toucher des publics qui ne vont pas forcément pousser les portes du musée », assure Manon Six.

Des affiches engagées pour la réouverture

Fermé depuis près de sept mois, le Musée de Bretagne a enfin rouvert ses portes au public ce mardi. Outre le parcours permanent, les visiteurs pourront découvrir l’exposition « Face au mur : Le graphisme engagé de 1970 à 1990 » qui témoigne des messages politiques véhiculés par les affiches durant ces années. La réouverture marque aussi le coup d’envoi de l’exposition « Western » du photographe Stéphane Lavoué, adepte des road-trips photographiques dans la région. Ces deux expositions seront visibles jusqu'à l'automne.