Lorient : Enquête ouverte après une plainte pour inceste chez les Témoins de Jéhovah

SECTE Une femme dit avoir été victime de viols et d’agressions sexuelles de la part de son père entre 1995 et 2008

J.G. avec AFP

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Illustration de témoins de Jéhovah, à Nantes en 2018.
Illustration de témoins de Jéhovah, à Nantes en 2018. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Une femme, aujourd’hui âgée de 33 ans, accuse son père d’inceste au sein de la communauté des Témoins de Jéhovah à Lorient.
  • Elle affirme avoir été victime de viols et d’agressions sexuelles de la part de son père entre 1995 et 2008.
  • Après le dépôt de sa plainte, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Lorient.

Les accusations sont très lourdes et plongent les Témoins de Jéhovah dans la tourmente. Une enquête préliminaire a été ouverte à Lorient après la plainte d’une membre qui accuse son père de l’avoir violée lorsqu’elle était enfant et sa communauté d’avoir « couvert » ces actes. Selon une source proche de l’enquête, les parents de la plaignante, âgée de 33 ans, ont été placés en garde à vue le 3 mai pendant 24 heures, puis laissés libres.

La trentenaire, aujourd’hui mariée et mère de trois enfants, dit avoir été victime de viols et d’agressions sexuelles de la part de son père, entre 1995 et 2008, alors qu’elle était âgée de 8 à 21 ans. Elle indique que son père l’aurait contrainte à des pénétrations anales « dès qu’il le pouvait ». Sa mère lui aurait « à de nombreuses reprises » demandé de dormir avec lui, la traitant de « coincée » lorsqu’elle se plaignait des atteintes sexuelles de son père, selon la plainte. La plaignante évoque aussi des maltraitances subies par les enfants gardés par sa mère, en tant qu’assistante maternelle.

« Si mes parents tombent, la communauté de Lorient tombe »

En août 2013, après la révélation des faits dans l’entourage de la plaignante, les Témoins de Jéhovah de Lorient avaient organisé un « comité judiciaire », selon la trentenaire. « L’un des anciens a dit qu’on pouvait faire un dépôt de plainte, mais les autres ont dit que ça allait salir le nom de Jéhovah », a-t-elle raconté. Une enquête a été ouverte dès juin 2019 à Lorient et sa mère s’est vue retirer son agrément d’assistante maternelle, selon la jeune femme.

Mais « mes parents sont pleinement soutenus par la communauté, affirme-t-elle. Si mes parents tombent, la communauté de Lorient tombe car il y a beaucoup trop de personnes qui sont au courant ». « En matière d'inceste, il y a déjà une loi du silence mais, là, elle est encore plus forte », insiste son avocate Karine Shebabo, qui souhaite lancer un « appel à témoins » pour retrouver des personnes que sa cliente aurait oubliées.

La filiale française des Témoins de Jéhovah exprime sa « compassion »

« Cette situation nous peine grandement, car la victime, si les faits sont avérés, risque de souffrir longtemps des atteintes subies. Notre première pensée est donc une pensée de compassion », a réagi le Béthel, filiale française des Témoins de Jéhovah. Selon cette source, la ligne de conduite « en matière de signalement d’abus sexuels sur enfants » consiste pour « les ministres du culte » à inviter « la victime majeure à révéler les faits aux autorités » ou à demander aux parents de le faire si elle est mineure.

« Cette recommandation est suivie depuis de très nombreuses années », précise le Béthel. Quant au « comité judiciaire » évoqué par la plaignante, il « est constitué uniquement pour décider si la personne incriminée peut rester membre de l’assemblée ou non » et son action « n’interfère en rien avec la procédure judiciaire devant les autorités », assure-t-il.