20 Minutes : Actualités et infos en direct
CALVAIREUn véliplanchiste coincé 17 heures en mer raconte sa nuit d'angoisse

Méditerranée : Coincé 17 heures en mer sur sa planche à voile, il raconte sa nuit d’angoisse

CALVAIREEpuisé physiquement et psychologiquement, il a songé à se noyer « pour en finir »
Un véliplanchiste coincé en mer secouru au bout de 17 heures au large de Marseille.
Un véliplanchiste coincé en mer secouru au bout de 17 heures au large de Marseille. - Sebastien SALOM-GOMIS / SIPA
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

Lorsqu’il décide de partir en mer avec sa planche à voile cette après-midi de fin mars, Francis Moreau est loin d’imaginer qu’il s’apprête à vivre un véritable calvaire. Ce jour-là, au large de Marseille, la météo est radieuse, la mer calme et le vent de Nord-Ouest modéré. Mais le professeur des écoles de 59 ans raconte qu’après une heure de navigation, « le vent est tombé, totalement ». A seulement 300 mètres de la côte, Francis se retrouve pourtant coincé, puis, « assez vite », commence à dériver vers le large.

Après plusieurs tentatives pour repartir, une crampe au mollet et des signes vains à des bateaux au loin, sans téléphone, il se résigne à attendre, assis sur son flotteur, les jambes dans une eau à 13 degrés. A 19 heures, couvre-feu oblige, la mer se vide totalement : « Je me suis dit que ma femme allait commencer à s’inquiéter ».

Les recherches lancées à 20 h 30

En effet, ses proches donnent l’alerte. « Dans un premier temps, on fait un travail d’enquête et d’analyse pour localiser la personne », explique Carine Buzaud, responsable en charge de la coordination des opérations de sauvetage du Cross Med (Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de Méditerranée). Le Cross interroge les proches sur l’état de santé de la personne disparue, son équipement, la couleur de ses vêtements, pour tenter de le localiser.

Quand le capitaine de frégate et pilote Thomas Ancelin est prévenu, vers 20 h 30, six embarcations (des pompiers et d’associations de sauvetage) et un hélicoptère de la Sécurité civile sont déjà à la recherche de ce professeur des écoles de Carry-le-Rouet : « Quand on décolle, on se dit qu’avec les températures fraîches et la nuit qui tombe, il faut aller vite ».

« J’ai compris qu’ils avaient arrêté les recherches »

Malgré « une belle lune avec beaucoup de visibilité », personne ne repère Francis Moreau. « S’il avait eu ne serait-ce qu’une lampe, on le localisait très vite, mais là, c’était une aiguille dans une botte de foin », regrette Thomas Ancelin, 35 sauvetages à son actif. Le naufragé aperçoit un hélicoptère et les lumières du bateau de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM), mais eux ne le voient pas. Vers 3 heures, toutes les lumières disparaissent : « J’ai compris qu’ils avaient arrêté les recherches, je me suis dit qu’il fallait que je me sorte de là tout seul ».

Malgré sa combinaison, ses chaussons et son bonnet en néoprène, il est « gelé ». Il s’allonge sur sa planche dont il a détaché la voile pour tenter de rejoindre la côte à la nage, face à la houle. « J’ai chaviré plusieurs fois, le moral en a pris un coup ». Il tente de rejoindre le phare du Planier, au large de Marseille, qu’il aperçoit « sans avoir la moindre idée de la distance ». Ses mains sont écorchées par la planche, son menton râpé : « A un moment, il m’est passé à l’esprit de me noyer pour en finir ».

Mais ce sportif endurant calcule qu’il ne lui reste « que cinq heures à tenir avant le jour », et se calme avec des respirations longues. Quand le jour se lève enfin, un Falcon reprend les recherches. Au même moment, des pêcheurs lui viennent en aide. Francis Moreau est sauvé.

Un téléphone, une lampe « flash » et un petit miroir

Aujourd’hui, il déplore que « dans la culture planche à voile, la sécurité ne soit pas prise en compte ». Depuis son accident, il s’est équipé d’une balise de secours. Pour Carine Buzaud, ce type de sauvetage raté est « horriblement frustrant ». Ses conseils : « Dire où on va, pour combien de temps, car les proches sont les premiers vecteurs d’alerte », et « vérifier sa condition physique et son matériel » avant de prendre la mer.

Un téléphone dans une poche étanche, une lampe « flash » pour la nuit et un petit miroir pour être vu de jour, peuvent « faciliter grandement le sauvetage », même s’ils ne sont pas obligatoires. En 2020, le Cross Med a coordonné plus de 2.500 opérations en Méditerranée sur la seule période estivale (+21 % par rapport à 2019) et voit démarrer « très, très fort » la saison 2021.

Sujets liés