Coronavirus : Les places d'hébergement d'urgence pour sans-abri prolongées de dix mois

CRISE SANITAIRE « On ne remettra personne à la rue à l'issue de la trêve hivernale », affirme le ministère du Logement

20 Minutes avec AFP
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Des tentes de sans-abri à Paris, en avril 2021 (illustration).
Des tentes de sans-abri à Paris, en avril 2021 (illustration). — SIPA

Epidémie de Covid-19 oblige, l'effort inédit consenti pour aider les sans-abri va se prolonger pour au moins dix mois de plus. Le gouvernement a annoncé vendredi qu'il garderait les 43.000 places d'hébergement d'urgence créées depuis le premier confinement ouvertes jusqu'à fin mars 2022.

« On ne remettra personne à la rue à l'issue de la trêve hivernale », qui sera donc exceptionnellement prolongée cette année jusqu'au 1er juin 2021, a affirmé le ministère du Logement à l'AFP, expliquant « pérenniser » les places créées depuis un an « jusqu'à la fin du mois de mars 2022 ».

De quoi soulager les associations, qui craignaient un retour à la rue de ces 43.000 personnes hébergées en urgence, pour moitié grâce à des accords avec une hôtellerie en manque de touristes, afin de répondre à la situation inédite provoquée par le nouveau coronavirus et l'injonction faite à chacun de se confiner.

« Il faut que ces places soient pérennisées de manière définitive »

Au total, plus de 200.000 sans domicile fixe sont actuellement hébergés dans des centres d'hébergement ou des hôtels. Maintenir les places créées depuis mars 2020 va coûter 690 millions d'euros, ce qui doit porter le budget annuel consacré à l'hébergement d'urgence à 2,9 milliards, selon le ministère.

Cette décision suspend surtout la gestion des places « au thermomètre », décriée de longue date par les associations. Le délégué général de la Fondation Abbé Pierre, Christophe Robert salue ainsi la fin d'un « mode opératoire inhumain », qui consistait à abriter les plus précaires l'hiver avant de les renvoyer chaque printemps dans la rue.

Au-delà de mars 2022, « il faut que ces places soient pérennisées de manière définitive », estime pour sa part Florent Guéguen. « Vigilant » sur cet objectif, le directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) s'avoue toutefois « confiant »: difficile selon lui d'imaginer Emmanuel Macron remettre des milliers de personnes à la rue l'an prochain, à la veille de la présidentielle.

Les expulsions locatives, une « bombe à retardement »

« Le Covid a créé de nouveaux pauvres, et malgré les efforts d'hébergements réalisés, beaucoup d'hommes seuls isolés sont restés sur le carreau », rappelle M. Guéguen, en soulignant que « des milliers » d'appels au Samu Social (115) débouchent encore sur un refus d'hébergement chaque soir.

Avec la fin de la trêve hivernale au 1er juin, les associations craignent également la reprise des expulsions locatives, qu'elles qualifient de « bombe à retardement », après les mesures exceptionnelles prises pour les limiter en 2020. Selon la Fondation Abbé Pierre, plus de 30.000 ménages pourraient être menacés en 2021 d'une expulsion impliquant l'intervention des forces de l'ordre, soit le double des années précédant la pandémie.

Une situation anticipée par la ministre déléguée au Logement Emmanuelle Wargon, qui a récemment pris une circulaire demandant aux préfets que toute expulsion soit assortie d'une proposition de relogement ou d'hébergement. Trente millions d'euros supplémentaires ont également été alloués pour les fonds de solidarité logement des départements, destinés à financer des aides pour prévenir les impayés.