Lyon : La fronde s’organise pour sauver le métro E

TRANSPORTS EN COMMUN Les élus des communes de l’ouest lyonnais et plusieurs membres de l’opposition ont décidé de se fédérer pour forcer le président du Sytral à revoir ses projets au sujet du futur métro E

Caroline Girardon

— 

Lyon, le 14/09/2015. Dans le métro à Lyon, sur la ligne A.
Lyon, le 14/09/2015. Dans le métro à Lyon, sur la ligne A. — Elisa Frisullo / 20 Minutes
  • Deux collectifs ont vu le jour à Lyon pour sauver l’avenir du futur métro E.
  • Une dizaine de maires de l’ouest lyonnais ainsi que des élus de l’opposition réclament au Sytral de revoir sa copie.
  • Les écologistes, qui dirigent la ville et la métropole de Lyon, n’ont jamais caché leur volonté de ne pas réaliser cette nouvelle ligne de métro, qui desservirait l’ouest de l’agglomération et qui avait été lancée par Gérard Collomb.

L’abandon du métro E à Lyon est dans toutes les têtes et c’est ce qu’ils redoutent le plus. Plusieurs élus de l’opposition ont décidé de riposter pour inciter Bruno Bernard le président du Sytral à revoir ses projets. A commencer par les maires de l’Ouest lyonnais, qui ont lancé un site Internet  www.metro-ouest-lyon.fr afin de recueillir l’avis des citoyens et mobiliser un maximum d’habitants à leurs côtés.

Les écologistes, qui dirigent désormais la ville et la métropole de Lyon, n’ont pas fait de mystère durant la campagne électorale. La réalisation d’un nouveau métro n’a jamais été leur priorité. Le projet de la ligne E pour désengorger l’ouest de Lyon et les villes alentour, lancé par leur prédécesseur Gérard Collomb, sera soumis à une consultation, au cours de laquelle les citoyens devront trancher avec trois autres projets d’extension de lignes de métro (La A vers la zone industrielle de Meyzieu, la B vers Caluire et Rillieux-la-Pape et la D vers la Duchère).

« On ne peut pas opposer les territoires »

« On ne peut pas mettre en concurrence les territoires et ces projets. C’est un piège politique », relève Pascal Charmot, le maire de Tassin-la-demi-Lune. Une idée partagée par Yann Cucherat, ancien adjoint de Gérard Collomb. Le jeune homme a lancé en parallèle un collectif « Un métro E pour 2030 » et s’associe pleinement à la démarche des maires de l’ouest.

« Ces quatre projets de métro sont importants pour la métropole. Chaque maire des communes concernées voudra se battre pour l’avoir, ce qui est normal, analyse-t-il. Mais on ne peut pas opposer les territoires. Le risque est qu’à la fin du mandat, Bruno Bernard reproche aux maires de ne pas s’être mis d’accord et qu’il se désengage de projet structurant ». Et d’ajouter : « Quand on est président de la métropole, on doit avoir une politique équilibrée et savoir mener des investissements sur la durée ».

Aujourd’hui, les communes de l’ouest se considèrent comme les grandes oubliées des projets du Sytral, qui a prévu de mettre le paquet pour désenclaver les villes de l’est ou du sud de l’agglomération, dans lesquelles résident historiquement les classes les plus populaires. Mais rien pour l’ouest, hormis le très contesté projet de téléphérique.

« La voiture est la seule solution, faute de transports en commun cohérents »

« Depuis dix ans, on observe une urbanisation et une démographie galopantes sur nos communes. Et ce ne sont pas forcément des gens riches qui viennent s’installer. Beaucoup travaillent à Lyon, en revanche », indique Bernard Romier, le maire de Grézieu-la-Varenne. A Saint-Genis-les-Ollières par exemple, la population a augmenté de 20 % sur la même période.

« Nous sommes les parents pauvres, constate avec amertume Damien Combet qui dirige la ville voisine de Chaponost. Les territoires de l’Ouest sont ceux qui subissent le plus la voiture mais ils restent les moins bien desservis par les transports en commun ». « La seule station de métro la plus proche de nos communes reste Gorge-de-Loup, à Lyon même », appuie Didier Cretenet, le maire de Saint-Genis-les-Ollières. Soit un trajet de 25 minutes en voiture. « Venez ici un dimanche, vous verrez. Le premier bus qui passe est à 13 heures », ajoute-t-il avec dépit.

« Aujourd’hui, deux-tiers des déplacements se font en voiture sur nos communes. Faute de transports en commun cohérents, c’est la seule option qui existe, argumente à son tour Sandrine Chadier, la maire de Craponne. Non seulement, nous sommes saturés mais nous embouteillons également les villes voisines ». Et de rappeler : « Aujourd’hui, il faut 40 minutes en voiture pour relier le quartier d’Alaï à Bellecour en heure de pointe, contre dix en métro. Cette solution permettrait d’absorber une grande partie du trafic routier et d’économiser chaque année l’équivalent de 3 millions de tonnes de C02. »

Un argument sur lequel s’appuie également Pascal Charmot : « 47.000 voitures transitent chaque jour par l’Horloge de Tassin et 110.000 par le tunnel de Fourvière. Faites le calcul. On voit bien que le projet de télécabine et les vélos ne suffiront pas à répondre aux enjeux de mobilité. » « C’est bien d’améliorer les cours d’école et de mener un grand projet de rénovation énergétique des bâtiments pour limiter les effets du réchauffement climatique… Mais si l’on ne règle pas avec intelligence le problème des mobilités, ça sera un coup d’épée dans l’eau », lâche Yann Cucherat en guise de conclusion.