Bretagne secrète, insolite ou méconnue… La région tente de « disperser » ses touristes pour éviter la surfréquentation

SEUL AU MONDE Les campagnes de promotion du comité régional du tourisme de Bretagne sont davantage ciblées vers des sites méconnus

Camille Allain

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A l'image de la forêt de Huelgoat, moins connue que Brocéliande, la Bretagne veut orienter ses touristes vers des sites moins renommés.
A l'image de la forêt de Huelgoat, moins connue que Brocéliande, la Bretagne veut orienter ses touristes vers des sites moins renommés. — F. Tanneau / AFP
  • Le comité régional du tourisme de Bretagne tente de faire la promotion de lieux méconnus afin de mieux répartir les visiteurs sur le territoire.
  • Un choix économique et environnemental qui a pris tout son sens avec l’épidémie de Covid-19.
  • La surfréquentation de certains sites très connus peut abîmer la nature mais aussi décevoir les visiteurs, de plus en plus avides d’escapades inédites.

Oubliez la forêt de Brocéliande, les remparts de Saint-Malo ou les alignements de Carnac. Plongez dans la forêt de Huelgoat, arpentez les forts de Roscoff et découvrez les menhirs de Saint-Just. Dans sa dernière communication vantant les « itinéraires bis » de Bretagne, le comité régional du tourisme tente de mettre en lumière des sites méconnus. Une stratégie enclenchée il y a plusieurs années pour mieux répartir les foules et éviter la surfréquentation de certains sites incontournables. Ce choix assumé s’est retrouvé confirmé par l’inattendue crise sanitaire. Parions que cet été, bon nombre de voyageurs chercheront le calme et l’isolement.

L’an dernier, la Bretagne a « moins souffert » que d’autres régions de l’épidémie de Covid-19. Relativement épargnée, la région a accueilli un grand nombre de touristes français, sans doute rassurés par cette destination jugée « moins à risque ». En sera-t-il de même cet été ? Pas impossible. A la veille du pont de la Pentecôte, 17 % des Français souhaitant partir avaient coché la Bretagne pour leur week-end prolongé. La crainte des autorités, c’est que tout le monde aille au même endroit. « Notre ambition, c’est de répartir les flux pour que tout le territoire bénéficie des retombées du tourisme, mais aussi pour que les visiteurs passent un moment agréable », explique Audrey Legardeur, la directrice du comité régional du tourisme.

« Eviter les surfréquentations car c’est contreproductif »

Un choix qui va dans le sens des tendances du moment. « Les voyageurs veulent des moments inédits, des découvertes. Il y a une volonté d’exclusivité qui a été encore renforcée par la crise sanitaire », poursuit la responsable du CRT. Pour aiguiller les visiteurs, ses services font la promotion de sites moins connus, quitte à changer la « carte postale » régionale. Voyez plutôt le slogan à destination des touristes européens : « la Bretagne, le secret le mieux gardé de France ».

Si la surfréquentation des sites peut s’avérer risquée sur le plan épidémique et ternir l’expérience touristique, elle peut aussi mettre en danger la nature. A Crozon, l’improbable médiatisation de la plage de l’île Vierge a généré un afflux soudain de visiteurs, qui a  mis en péril ce site remarquable et protégé. « La région a tout intérêt à faire quelque chose pour éviter ces surfréquentations car c’est contreproductif », estime François de Beaulieu. L’auteur a publié de multiples ouvrages, dont Détours insolites en Bretagne vantant des sites peu connus. « Toutes les régions ont un tas de beauté. Mais c’est vrai que la Bretagne dispose d’une sacrée richesse de sites ». Lesquels ? « Je ne vous le dirai pas, pour éviter que ça ne fasse comme à Crozon ou dans d’autres espaces naturels. Mon conseil, c’est d’aller où vous voulez mais de le faire à 6 heures du matin. Ou encore de poser votre doigt au hasard sur une carte et d’y aller », glisse l’auteur.

Cette « surfréquentation » vécue par certains sites a toujours été contestée par les instances de promotion touristique bretonnes. Mais vous remarquerez qu’aucune promotion des îles n’est faite pendant la saison estivale, de peur de voir Belle-Ile, Groix ou Ouessant exploser. Depuis un an, une dizaine de sites très fréquentés comme le cap Fréhel ou Quiberon sont également surveillés de près afin d’encadrer leur visite. Tous les lieux secrets ne méritent pas d’être dévoilés.