Coronavirus : « Le port du masque en extérieur est davantage une question politique que sanitaire », estime un médecin

INTERVIEW Michaël Rochoy, médecin interrogé par « 20 Minutes », pense que l’obligation du port du masque en extérieur généralisée à toutes les zones n’a jamais vraiment été utile

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel

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Un panneau indiquant l'obligation du port du masque sur le front de mer à Calais. (archives)
Un panneau indiquant l'obligation du port du masque sur le front de mer à Calais. (archives) — DENIS CHARLET / AFP
  • Certaines communes ou département ont profité du déconfinement du 19 mai pour lever, au moins en partie, l’obligation de porter le masque en extérieur.
  • Le médecin spécialiste en épidémiologie Michaël Rochoy, interrogé par 20 Minutes pense que ce n’est pas forcément une mauvaise idée.
  • Il n’a de toute façon jamais vraiment cru à l’utilité de cette mesure, en dehors des zones denses.

Le mercredi 19 mai a marqué la réouverture des commerces non essentiels encore fermés et surtout des bars et restaurants, qui sont autorisés à accueillir des clients et clientes en terrasses. Certains maires voire certains préfets en ont aussi profité pour supprimer, au moins partiellement, l’obligation du port du masque en extérieur. C’est le cas de l’Ardèche, la Lozère, de la Charente-Maritime ou d’Arcachon, par exemple, où le masque n’est plus obligatoire que dans certains lieux très fréquentés. Dans l’Hérault, il faut encore porter un masque dans les zones urbanisées. D’autres départements comme la Seine-et-Marne, la Creuse ou l’Yonne avaient annoncé de telles mesures avant de rétropédaler.

Cela fait près d’un an dans certaines zones, comme Paris, que le masque est obligatoire en extérieur. Alors que la situation sanitaire semble plus favorable et dans un contexte général de déconfinement, faut-il déjà renoncer à cette mesure ? 20 Minutes a posé la question au médecin membre du collectif « Du côté de la science », Michaël Rochoy.

Ces quelques levées de l’obligation du port du masque en extérieur arrivent-elles trop tôt ?

Pas forcément, je pense que ça dépend des régions : les taux d’incidence ne sont plus du tout les mêmes suivant les villes ou les départements. De toute façon, c’est toujours un peu la même chose sur le masque en plein air : ça n’a jamais eu un grand intérêt. Il n’a une utilité que dans les lieux denses. Mettre le masque sur la plage ça n’a pas de sens, quand on est dans des rues piétonnes avec seulement quelques personnes ça n’a pas de sens non plus…

Ça a du sens quand on est dans un marché, quand on est tous collés serrés pendant une demi-heure, dans une brocante… C’est intéressant quand on est longtemps à un endroit, statique, où il y a du monde : typiquement la définition des terrasses. A part dans les grandes villes, notamment étudiantes, en extérieur, on arrive quand même à ne pas se marcher les uns sur les autres. La question n’est pas tant de lever cette obligation que de savoir pourquoi elle a été instaurée. Je comprendrais mieux un préfet qui dit que le masque en extérieur n’est pas une bonne idée et la réouverture des terrasses non plus.

Donc, tout l’inverse de ce qu’on fait actuellement ?

Actuellement on met le masque en extérieur mais on le retire quand on est tous collés les uns aux autres et assis pendant une heure sur la même place, avec le vent qui peut envoyer les gouttelettes chez le voisin de derrière ou de devant. C’est vraiment tout ce qu’il ne faut pas faire. Alors bien sûr ces situations ne sont pas non plus un grand risque dans l’absolu ou prises isolément. C’est-à-dire que ce n’est pas parce qu’on a vu des images avec 100 ou 200 personnes qui dansent que ça va forcément créer un cluster. 

Pour vous la question du port du masque en extérieur est une question purement politique ?

Oui, c’est davantage politique que sanitaire. Cette décision n’a jamais eu de sens sanitaire réel dans la plupart des villes. Dans certaines grandes villes comme Paris, ça a permis à un moment donné d’éviter l’effet des cartes avec des zones sans masque obligatoire et des zones avec masque obligatoire. Ça peut peut-être encore avoir du sens dans ces grandes villes, comme Lille ou Rennes, de maintenir encore cette mesure, mais pas dans la plupart des villes beaucoup plus petites.

Selon vous, à partir de quel niveau de vaccination ou de contaminations serait-il « acceptable » de lever l’obligation du port du masque en extérieur ?

Je pense qu’il s’agirait forcément de critères artificiels. Actuellement je me trouve dans la rue, à Outreau, une ville de 15.000 habitants, et la première personne est à quatre mètres de moi. Si dans ce contexte de très faible risque, je suis quand même obligé de porter un masque, pourquoi alors a-t-on rouvert les terrasses ? Il faut quand même faire preuve d’une certaine logique. Tout cela repose en fait sur une question de cohérence des mesures sanitaires prises depuis des mois. La question de chiffrer les objectifs pour lever telle ou telle mesure reste intéressante : en vérité c’est ce qu’il faudrait faire, bien au-delà de la question des masques en extérieur. Mais le seul chiffre qui a conditionné la réouverture des commerces et des terrasses, par exemple, c’est une date.