Vaccination : Mais pourquoi a-t-on tant besoin de montrer qu’on a reçu sa dose sur les réseaux sociaux ?

COMMUNICATION Avec l’accélération de la vaccination, de plus en plus d’internautes s’affichent avec une seringue dans le bras. Un message qui laisse place à plusieurs interprétations…

Delphine Bancaud

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Une femme en train de se filmer pendant la vaccination.
Une femme en train de se filmer pendant la vaccination. — CRISTINA QUICLER / AFP
  • Rituel de ce printemps : poster une photo de soi seringue au bras sur les réseaux sociaux, ou actualiser son statut pour signifier que l’on est vacciné.
  • C’est la mise en scène d’un acte citoyen, une manière de souligner sa confiance envers le vaccin et d’inciter indirectement les autres à prendre rendez-vous.
  • Ces messages sont aussi symboles d’espoir et soulignent le début d’une forme de libération pour certains, même si la protection des personnes vaccinées face aux différents variants n’est pas complètement assurée.

Il a posté sur Facebook un selfie, seringue au bras, avec la mention « Done ». Une démarche que Wajdi, quadragénaire vivant à Pont-Audemer (Eure), explique aisément à 20 Minutes : « Je suis rarement actif sur Facebook, mais j’ai voulu partager ce moment avec tout le monde. Car la vaccination, ça nous concerne tous. Une photo, c’est toujours plus parlant qu’un texte. Ça attire le regard instantanément ».

Wajdi n’est pas le seul à prévenir sa communauté. Car avec l’accélération de la campagne de vaccination (31,5 % des Français avaient reçu une première injection mardi soir), les « vaxxies » (contraction anglaise de « vaccine » et « selfie ») se sont multipliés sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Les internautes postent aussi leur certificat de vaccination (même si c’est dangereux *) ou actualisent leur statut pour signaler la nouvelle.

Un vaccin attendu comme le Graal

Une tendance inspirée par la vague de « vaxxies » observée aux Etats-Unis il y a quelques mois. En France, cette mise en scène de la première injection a démarré avec les photos d’Olivier Véran, chemise ouverte, qui ont été très commentées : « Castex l’a fait aussi, ainsi que Michel Cymès et d’autres personnalités, ce qui explique l’effet mimétique de ce type de communications », observe la sémiologue Pauline Escande-Gauquié, maître de conférences à l’Université Paris-Sorbonne Celsa.

Le besoin de partager cette information personnelle est aussi dû au contexte sanitaire exceptionnel dans lequel nous vivons depuis un an : « Après toutes les restrictions que nous avons subies, ce vaccin tant attendu, c’est le Graal. Et ce qui est rare est précieux. Comme les doses arrivent progressivement, les Français sont entrés dans la quête de leur dose, comme le montrent ceux qui réactualisent frénétiquement leurs pages Doctolib pour trouver un créneau de disponible. Ceux qui sont parvenus à avoir un rendez-vous ont l’impression de faire partie des pionniers et veulent le souligner publiquement », analyse Vanessa Lalo, psychologue spécialisée dans les pratiques numériques.

« J’ai aussi posté cette information pour rassurer mon entourage »

Si se faire vacciner est en premier lieu une démarche personnelle, les internautes qui communiquent sur le sujet le font aussi pour se rattacher au collectif, selon Pauline Escande-Gauquié : « Ils se mettent toujours en scène lors d’évènements marquants de la vie sociale. On se rappelle les selfies dans les urnes qui ont inondé les réseaux lors du second tour de la présidentielle, lorsqu’Emmanuel Macron affrontait Marine Le Pen. Là, il s’agit de montrer qu’ils s’inscrivent dans une démarche citoyenne de vaccination, comme l’a recommandé le gouvernement. Une des fonctions premières du selfie étant d’apporter la preuve par l’image », explique la sémiologue. « Ils veulent adresser un message de santé publique au reste de la population. Ces posts, ce sont des pieds de nez aux antivax, un acte de responsabilité sociale pour appeler indirectement les autres à se faire vacciner », ajoute Vanessa Lalo.

Ces messages sont aussi adressés à leurs proches, comme en témoigne Wajdi : « J’ai aussi posté cette information pour rassurer mon entourage ». « C’est un moyen de prévenir son cercle d’amis et sa famille du fait qu’on présente moins de danger face au Covid-19, qu’on cherche aussi à les protéger », souligne Pauline Escande-Gauquié. « D’ailleurs, les réactions à ces posts sont positives et pas polémiques. Ils sont likés ou commentés par des " bravo ". Comme si chacun se réjouissait pour l’autre et avait conscience que les individus protégeaient le collectif et vice-versa », décrypte Vanessa Lalo.

Un besoin d’immortaliser l’instant

Mais il faut aussi voir en ces messages une forme de soulagement. « Le vaccin est un sésame vers la liberté, même si on ne sait pas encore s’il protégera de tous les variants et qu’il ne faut pas abandonner les gestes barrières pour autant », explique Vanessa Lalo. « Il y a sorte d’euphorie liée un début de reprise de la liberté et de vie sociale. Le fait d’avoir reçu une première injection, voire une deuxième, c’est aussi se dire qu’on pourra bientôt obtenir un pass sanitaire, permettant d’accéder à des rassemblements ou des événements et de voyager à l’étranger », complète Pauline Escande-Gauquié.

Enfin, ces « vaxxies » et ces posts ont vocation à devenir de précieux souvenirs. « Ils seront des marqueurs d’Histoire, car nous sommes tous conscients de l’immortalité des traces numériques », commente Vanessa Lalo. « Ces photos, ces statuts, constitueront un fonds d’archives personnel de cette période, au même rang que les clichés où l’on porte des masques. Car nous avons tous besoin de garder des traces sur cette période extraordinaire que nous vivons depuis un an », insiste Pauline Escande-Gauquié.

* Les deux QR Codes sur les certificats de vaccination permettent d’accéder aux données personnelles de son propriétaire. Il est donc dangereux de les divulguer.