Lyon : Ils s’activent pour aider les étudiants ou les actifs sans garant à accéder à un logement

MAL LOGEMENT La start-up Gestia Solidaire a été créée à Lyon pour faciliter l’accès au logement des publics qui rencontrent de grandes difficultés à accéder à la location dans le privé faute de garant

Elisa Frisullo

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La start-up Gestia Solidaire aide les actifs ou étudiants à trouver un logement lorsqu'ils n'ont pas de garant.
La start-up Gestia Solidaire aide les actifs ou étudiants à trouver un logement lorsqu'ils n'ont pas de garant. — Gestia Solidaire
  • Depuis mars 2020, Gestia Solidaire œuvre pour trouver des logements aux étudiants, actifs ou familles monoparentales qui ont de grandes difficultés à louer dans le privé faute de garant.
  • Un parcours du combattant pour ces publics, trop solvables pour avoir droit au logement social, que les Lyonnais Anne-Sophie et Emmanuel Thomas parviennent à nettement simplifier en trouvant des propriétaires soucieux d’investir dans une démarche plus sociale.
  • En un an, la start-up a décroché la gestion de 80 logements à Lyon, Grenoble et Paris.

Ils gagnent trop pour prétendre à un logement social mais n’ont pas assez de garanties pour convaincre les agences immobilières classiques. Depuis mars 2020, Gestia Solidaire, une start-up montée par Anne-Sophie Thomas et son frère Emmanuel se mobilise à Lyon, Grenoble, et Paris depuis peu, pour donner un coup de pouce aux étudiants, actifs ou familles monoparentales qui galèrent à trouver un logement faute de garant.

Après une expérience professionnelle à Lyon dans l’immobilier solidaire, Anne-Sophie, 31 ans, a eu l’envie de creuser et d’innover dans cette voie. La lecture des rapports de la Fondation Abbé Pierre sur le mal logement a fini de la convaincre. « J’ai été alarmée en voyant que 15 millions de personnes étaient mal logées en France », confie à 20 Minutes la jeune femme, qui après un MBA au Canada, a peaufiné son projet avec son frère pour venir en aide à ces gens en difficulté. Emile était de ceux-là.

Des profils jugés peu rassurants

Ce jeune salarié de la région parisienne est installé depuis un mois avec un copain dans un appartement de Montrouge (Hauts-de-Seine). Mais avant d’en arriver là, il a essuyé de nombreux refus. « On travaille tous les deux, moi je suis au Smic, mon pote est à 2.000 euros par mois, nos parents sont garants. Mais malgré tout, les agences, quand elles voient débarquer des jeunes, ça ne les rassure pas », témoigne ce locataire de 23 ans qui a fini par trouver un logement qui lui plaît grâce à l’agence de gestion immobilière lyonnaise.

En un an, la start-up est parvenue à dénicher 80 logements à des jeunes, étudiants étrangers, intérimaires ou encore familles monoparentales, à Lyon, et quelques-uns à Grenoble et Paris, où elle s’est lancée plus récemment. Pour y parvenir, elle a dû trouver et convaincre tout autant de propriétaires de lui confier leur bien. « C’est vraiment un système gagnant-gagnant. On assure au propriétaire un retour sur investissement avec un loyer qui va couvrir les charges et, en fonction de son profil fiscal, on cherche pour lui les réductions d’impôts et les aides aux travaux dont il peut bénéficier », détaille Anne-Sophie Thomas,

Investir de manière responsable

Les propriétaires qui ont fait confiance à Gestia ont pour la plupart la volonté de se constituer un patrimoine tout en ayant envie de faire quelque chose de bien. « Le propriétaire agit localement avec son bien tout en étant assuré d’une rentabilité », souligne Anne-Sophie Thomas. Ce sont ces valeurs sociales qui ont incité Magali, propriétaire d’un T4 dans le quartier Grandclément à Villeurbanne à pousser la porte de l’agence immobilière « responsable ». « Il est important de donner un accès au logement aux personnes en difficulté, j’étais sensible à cela. Et en même temps, je suis consciente que malgré nos valeurs, on peut aussi être discriminants. L’enjeu financier est important pour un investissement locatif et on a tendance à louer à des gens qui nous ressemblent, ça nous rassure », confie la jeune femme qui pour ne pas tomber dans ce travers a fait appel à Gestia Solidaire.

La start-up a procédé à l’analyse de son dossier pour que son investissement soit rentable, a accompagné Magali dans ses démarches fiscales et a trouvé trois étudiants pour cette coloc. « Cela fait un an et c’est un zéro faute. Je m’y retrouve financièrement et éthiquement », souligne la propriétaire, dont l’une des trois chambres de son T4 rénové sera occupée désormais par un étudiant béninois inscrit en Sciences politiques à Lyon.

Dans les cinq ans à venir, la start-up lyonnaise espère avoir réussi à développer son réseau d’agences immobilières plus responsables et être présente également à Marseille, Lille et dans les départements d’Outre-Mer. Ce défi semble atteignable si de nombreux autres propriétaires partagent le même enthousiasme pour le concept que Magali séduite par l’idée de rendre « de beaux logements accessibles à tous ».