Charente-Maritime : «Un traitement inhumain ou dégradant» de détenus âgés, handicapés ou malades dans un centre de détention

PRISON La contrôleure générale des lieux de privations de liberté, Dominique Simonnot, dénonce dans un rapport publié ce mardi les conditions de détention de certaines personnes fragiles au centre de Bédenac

E.P.

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Une prison (illustration)
Une prison (illustration) — KONRAD K./SIPA
  • Un rapport de la contrôleure générale des lieux de privations de liberté épingle les conditions de détention de personnes fragiles au centre de Bédenac en Charente-Maritime.
  • Ils manquent de soins adaptés et ceux qui ne sont plus complètement autonomes vivent dans des conditions qui portent atteintes à leur dignité.
  • Le rapport a été adressé au ministre des Solidarités et de la Santé, au garde des Sceaux, ministre de la Justice, et au ministre de l’Intérieur.

C’est un rapport accablant que vient de rendre ce mardi la contrôleure générale des lieux de privations de liberté, Dominique Simonnot. « Réalisée par six contrôleurs du 29 mars au 2 avril », la visite d’un bâtiment spécialisé du centre de détention de Bédenac (Charente-Maritime), accueillant des détenus âgés, handicapés ou malades « a donné lieu au constat de dysfonctionnements dans la prise en charge des personnes détenues constituant un traitement inhumain ou dégradant au sens de l’article 3 de la Convention européenne des droits humains », détaille ce rapport.

Il a été adressé « au ministre des Solidarités et de la Santé, au garde des Sceaux, ministre de la Justice, et au ministre de l’Intérieur. Un délai de trois semaines leur a été imparti pour faire connaître leurs observations. »

Un abandon des détenus les plus fragiles

Une unité spécialisée, ouverte en 2013, qui prend en charge des personnes détenues vieillissantes, à mobilité réduite ou malade comportant 20 cellules individuelles est installée dans un bâtiment situé à l’écart du reste de la détention.

« Un homme est tombé à terre alors que les contrôleurs étaient présents dans l’unité ; pesant 150 kg, il n’a pu être relevé et transféré à l’hôpital qu’au bout de deux heures et demie avec l’aide des sapeurs-pompiers. Si un incendie se déclenchait la nuit, la grande majorité des personnes en fauteuil roulant ne pourraient, seules, quitter leur lit », décrit le rapport. Les détenus malades semblent livrés à eux-mêmes et en manque de soins la plupart de la semaine : « Trois personnes souffrent d’incontinences urinaires ou fécales et ne bénéficient d’une tierce personne pour la toilette que deux à trois fois par semaine. Elles attendent le retour de l’aide à domicile en milieu rural (ADMR) dans leur lit souillé d’urine ou de matières fécales. »

« L’administration pénitentiaire doit garantir la sécurité des personnes détenues qui lui sont confiées, quels que soient leurs besoins particuliers ou leur état de santé », rappelle le rapport qui pointe aussi que « dans l’attente des aménagements nécessaires, seules des personnes dont l’état de santé est compatible avec les installations existantes peuvent être hébergées. »