Coronavirus en Ile-de-France : Peut-on aborder le déconfinement sereinement ?

EPIDEMIE Une nouvelle phase du déconfinement débute mercredi avec notamment la réouverture des terrasses des restaurants, des cinémas ou des musées. En Ile-de-France, bien que les chiffres s’améliorent, la situation épidémique continue d’inquiéter

C.Po.

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Terrasses, magasins, couvre-feu : La première phase du retour à une vie normale — 20 Minutes
  • Le taux d’incidence a été divisé par trois en Ile-de-France en un mois et demi.
  • Les services de réanimation franciliens affichent un taux d’occupation encore supérieur à 100 %.
  • La progression des variants inquiète les professionnels de santé.

Ce nouveau déconfinement semble être à l’image de la météo : la situation s’éclaircit mais impossible d’occulter les nuages menaçants au-dessus de nos têtes. Alors que les terrasses, les musées, les cinémas ou encore les magasins non essentiels rouvrent mercredi, que le couvre-feu est décalé à 21 heures, la situation épidémique est encore loin d’être stabilisée sur l’ensemble du territoire. C’est notamment le cas en Ile-de-France où tous les indicateurs sont en forte baisse ces dernières semaines mais restent à un niveau élevé et inquiètent les professionnels de santé. 20 Minutes fait le point.

L’incidence en forte baisse… mais toujours très haute

Après avoir atteint des sommets à la fin du mois de mars, la région parisienne enregistre ces dernières semaines une forte décrue de l’épidémie de Covid-19. En un mois et demi, le taux d’incidence a été divisé par trois, passant de 700 cas pour 100.000 habitants à 220. Un chiffre qui n’avait pas été enregistré dans la région parisienne depuis la fin du mois de janvier. Même la Seine-Saint-Denis, département où le taux d’incidence reste le plus élevé de l’Hexagone, se situe désormais autour des 255 cas pour 100.000 habitants. Bien en deçà, donc, du seuil de 400 fixé par le gouvernement pour conditionner les réouvertures.

Si ces chiffres sont probablement légèrement sous-estimés en raison de l’enchaînement des jours fériés de ce mois de mai – de nombreux centres de prélèvement sont fermés ce qui entraîne mécaniquement une baisse du nombre de tests –, la tendance à la baisse est confirmée par un autre indicateur, celui du taux de positivité qui se situe autour de 5,4 % contre 12 % le mois dernier. Là encore, il faut remonter au mois de janvier pour retrouver un tel taux.

Pour autant, si la situation s’améliore, elle est loin d’être « sous contrôle ». Le taux d’incidence en Ile-de-France est à peine inférieur au taux d’alerte maximal fixé l’an dernier (250) et il est largement plus élevé que ce qu’il était le 15 décembre, lors du second déconfinement. A l’époque, on dénombrait 125 cas pour 100.000 habitants. Le gouvernement avait pourtant estimé que la circulation du virus était trop importante pour rouvrir les terrasses ou les lieux culturels…

Les services de réanimation toujours saturés

Depuis quelques semaines, cette baisse des contaminations est perceptible dans les hôpitaux franciliens. En un mois, le nombre moyen d’admission quotidienne en soins critiques a été divisé par trois, passant de plus de 150 entrées à la mi-avril à une cinquantaine aujourd’hui. Pour autant, les services de réanimation de la région affichent encore un taux d’occupation de 110 % : près de 1.300 patients infectés par le coronavirus y séjournent actuellement. C’est presque 150 personnes de plus qu’au pic de la seconde vague.

La réouverture de ces lieux de socialisation, en plus du retour en présentiel des collégiens et des lycéens au début du mois, pourrait-elle freiner la décrue ? C’est en tout cas la crainte de nombreux professionnels de santé qui rappelle que depuis la vague de cet automne, l’hôpital n’est jamais parvenu à retrouver un niveau normal, oscillant entre « vagues » et « plateau haut ». Reste une évolution majeure : l’accélération de la campagne vaccinale – un quart des Franciliens a désormais reçu au moins une dose –, pourra-t-elle devancer une quatrième vague que certains redoutent dès cet été ?

L’inquiétude des variants

A cela, s’ajoutent de nombreuses incertitudes sur l’évolution de cette épidémie, à commencer par la progression des différents variants qui pourraient rebattre les cartes en un rien de temps. En Ile-de-France, les variants « brésilien » et « sud-africain », contre lesquels les vaccins semblent moins efficaces, sont passés au cours du mois d’avril de 4 à 11 % mais semblent relativement stables depuis une dizaine de jours. Les regards se portent également vers le variant « indien » dont certaines études laissent penser qu’il serait plus contagieux que le variant « britannique ».

Le 11 mai, 24 cas étaient recensés sur le territoire. Dans deux d’entre eux, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Ile-de-France, aucun lien direct avec l’Inde n’a été établi. Dans le premier cas, la contamination pourrait avoir eu lieu en Suisse et dans le second cas sur le lieu de travail. Les réouvertures pourraient-elles accélérer sa propagation ? « La bataille des variants n’est pas perdue », confiait récemment dans nos colonnes le directeur de l’ARS d’Ile-de-France, Aurélien Rousseau, rappelant que désormais 90 % des tests PCR sont criblés, les mesures d’isolements renforcées, des opérations de dépistage massives organisées.