Conflit israélo-palestinien : Manifestations autorisées en province, la police tente de disperser des groupes à Paris

MOBILISATION Le tribunal administratif a confirmé vendredi l'interdiction à Paris

B.D. avec AFP

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Des soutiens au peuple palestinien manifestent à Montpellier, le 15 mai 2021.
Des soutiens au peuple palestinien manifestent à Montpellier, le 15 mai 2021. — Sylvain THOMAS / AFP

L’interdiction des autorités, confirmée en justice, ne les a pas arrêtés. Les soutiens au peuple palestinien ont commencé à se rassembler à Paris ce samedi après-midi, immédiatement dispersés par les forces de l’ordre, tandis que plusieurs autres rassemblements, autorisés, ont lieu à travers la France.

« Parce que nous refusons de taire notre solidarité avec les Palestiniens, et que l’on ne nous empêchera pas de manifester, nous serons présents (au métro) Barbès » samedi « à 15h », a affirmé l’Association des Palestiniens en Ile-de-France, ainsi qu’une petite trentaine d’autres organisations, telles Attac, l’Action Antifasciste Paris-Banlieue, le Nouveau Parti Anticapitaliste. Après une conférence de presse à 13h, les organisateurs comptent manifester « pacifiquement » jusqu’à Bastille, a précisé l’un des organisateurs Walid Atallah.

Déploiement policier massif

Peu avant 15h, sur place, le déploiement policier massif était visible dans tout le quartier. 4.200 policiers et gendarmes sont mobilisés, selon la préfecture de police, qui ont pour consignes de « dispersion immédiate » dès que des manifestants tentent de se regrouper, en utilisant le « lanceur d’eau », ou de verbaliser, à hauteur de 135 euros. De premiers regroupements ont été constatés par les forces de l’ordre vers 14h45, qui ont fait usage du lanceur d’eau pour les disperser. Deux banderoles ont été confisquées.

Selon des journalistes de l’AFP sur place, des face à face entre manifestants et forces de l’ordre avaient lieu dans des petites rues qui mènent au boulevard Barbès (XVIIIe arrondissement). Des contrôles avaient lieu sur le boulevard aux alentours par les forces de l’ordre, qui filtraient les piétons voulant de rendre au carrefour Barbès. La préfecture de police a pris un arrêté de fermeture des commerces dans le secteur de Barbès-Rochechouart, à partir de midi.

Risques de « troubles à l’ordre public »

L’interdiction de manifester dans la capitale a été prise jeudi soir par le préfet de police de Paris, Didier Lallement, à la demande du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, en raison de risques de « troubles à l’ordre public ». Il a aussi mis en avant le précédent de 2014, lorsqu’une manifestation pro palestinienne à Paris avait dégénéré en violences urbaines. Saisi en référé-liberté par l’Association des Palestiniens en Ile-de-France, le tribunal administratif a confirmé vendredi cette interdiction.

Un autre association, qui avait aussi prévu une manifestation dans un autre quartier de Paris, dont l’interdiction a également été confirmée par le tribunal administratif, a déposé un recours devant le Conseil d’Etat, examiné à partir de 13h.

La préfecture de police de Paris a prévenu sur Twitter que « participer à une manifestation interdite fait l’objet d’une verbalisation à hauteur de 135EUR ». « La France est le seul pays démocratique à interdire ces manifestations », ont protesté Me Sefen Guez Guez, Me Dominique Cochain et Me Ouadie Elhamamouchi, avocats de l’Association des Palestiniens en Île-de-France, en annonçant faire « appel devant le Conseil d’Etat de ce rejet ».

Manifestations dans plusieurs régions

En province, certaines manifestations ont été interdites, comme à Nice. En revanche, des manifestations ou rassemblements des rassemblements – statiques – ou des manifestations sont autorisés dans de nombreuses villes. Ainsi, plusieurs centaines de personnes, drapeaux palestiniens -voire parapluie des mêmes couleurs- à la main, se sont rassemblées sous la pluie à Toulouse pour dire leur opposition au « colonialisme, au racisme et à l’apartheid ». « Sauvez Gaza », « personne n’est libre quand d’autres sont opprimés » ou « Palestinian lives matter » («les vies des Palestiniens comptent »), pouvait-on lire sur des pancartes.

Environ 200 personnes, selon la préfecture de l’Hérault, se sont réunies à Montpellier. Des rassemblements étaient aussi prévus à à Lyon, Bordeaux, Marseille, Nantes, Rennes, Strasbourg, Lille, Metz ou Saint-Etienne.

« Jeu de provocation »

Le porte-parole du gouvernement a justifié une décision « pragmatique ». « On ne veut pas qu’il ait des scènes de violences, on ne veut pas d’importation d’un conflit sur le sol français, on ne veut pas de crise de haine dans les rues de la République française », a déclaré Gabriel Attal, en visite à Marseille.

L’affaire divise la classe politique, entre soutiens de la demande du gouvernement – essentiellement dans la majorité, à droite et à l’extrême droite – et ceux qui dénoncent une interdiction « inacceptable », menés par La France insoumise (LFI). « Je n’irai pas manifester », a cependant dit Alexis Corbière, député LFI de Seine-Saint-Denis, sur France Info ce samedi matin. « Je vois bien le jeu de provocation qui va avoir lieu. Sans aucun doute que le gouvernement aura à coeur de faire en sorte que les plus ultras soient peut-être là cet après-midi pour créer ce qui justifie véritablement l’interdiction de manifester », estimant qu’on avait créé « les conditions d’une tension. »

L’escalade militaire inédite depuis 2014 entre Israël et le mouvement palestinien Hamas a fait depuis lundi 122 morts palestiniens dont 31 enfants, et 900 blessés dans la bande de Gaza, selon un dernier bilan palestinien. En Israël, neuf personnes ont été tuées dont un enfant et plus de 560 blessées.