Coronavirus : « J’en avais vraiment besoin… » Les Français se ruent sur les piscines extérieures, seules autorisées à ouvrir

REPORTAGE Etant les seuls ouverts en France, les bassins découverts sont pris d’assaut depuis des semaines. Illustration en Pays-de-la-Loire et en Bretagne, malgré une météo peu engageante

Frédéric Brenon et Jérôme Gicquel

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Des nageurs dans le bassin extérieur de l'Espace Divaquatic en Loire-Atlantique.
Des nageurs dans le bassin extérieur de l'Espace Divaquatic en Loire-Atlantique. — F.Brenon/20Minutes
  • Les piscines couvertes ne rouvriront pas le 19 mai mais devront attendre le 9 juin. Et encore, leur capacité d’accueil sera limitée.
  • Les bassins nordiques ou bassins découverts ont rouvert dès le début du printemps. Voire dès l’hiver pour certains.
  • Le manque est tel que les nageurs les plus mordus n’hésitent pas à parcourir des dizaines de kilomètres chaque semaine.

Le mercure affiche péniblement 15 °C et les épais nuages laissent deviner l’imminence de la pluie. Pas vraiment un temps à se mettre en maillot et à s’exposer au vent. Mais il en faudrait plus pour décourager Christelle. Pour la troisième fois en dix jours, cette Nantaise a parcouru 25 km pour venir nager une heure environ dans le bassin extérieur de la piscine Divaquatic, au Loroux-Bottereau (Loire-Atlantique). « L’eau est chauffée à 28 °C. Si on enchaîne les longueurs, on ne sent absolument pas le froid. Ça fait un bien fou. J’en avais vraiment besoin. En plus, je trouve qu’il y avait un peu moins de monde que d’habitude. »

Ces dernières semaines, c’est partout le même refrain dans les piscines découvertes et bassins nordiques de France. Autorisés à ouvrir au contraire des piscines couvertes qui, elles, devront attendre le 9 juin (avec une jauge plafonnée à 50 %), ces équipements atypiques sont pris d’assaut. Un succès inespéré qui a incité plusieurs collectivités à bousculer leur calendrier.

« L’offre ne permet pas de répondre à la demande »

« D’habitude on ouvre à partir des vacances de printemps mais, cette année, compte tenu du contexte et de la demande, on a tenté le coup d’accueillir le public dès janvier. On n’a pas regretté. La fréquentation est importante. On a limité le bassin à 60 personnes et il est souvent complet », commente Stéphane Clemot, responsable de l’espace intercommunal Divaquatic. Même la neige de février n’a pas refroidi les ardeurs. « J’avais un peu d’appréhension mais la sensation de nage en extérieur est finalement extrêmement agréable, témoigne Séverine. Il y a beaucoup moins de bruit que dans une piscine couverte, on ressent l’air, les rayons du soleil. Limite une sensation de vacances. C’est une vraie détente pour le corps. »

Nageurs et enfants dans le bassin extérieur de l'Espace Divaquatic en Loire-Atlantique.
Nageurs et enfants dans le bassin extérieur de l'Espace Divaquatic en Loire-Atlantique. - F.Brenon/20Minutes

A Rennes, à 120 km plus au nord, la météo n’est pas réputée pour être plus clémente. Mais le bassin nordique de Bréquigny ne désemplit pas lui non plus. Depuis janvier, une trentaine de créneaux d’une heure sont proposés chaque semaine au grand public. Tous sont complets (80 nageurs à la fois). « On accueille environ 2.400 usagers chaque semaine » , raconte Amélie Maura-Régulier, responsable du service des piscines à la ville de Rennes. L’engouement est tel qu’il faut se précipiter pour réserver. « Tous les créneaux de la semaine partent très rapidement, en à peine une heure. Cela pose quelques soucis avec les serveurs qui plantent. Et cela crée beaucoup de frustration chez les nageurs. Mais, malheureusement, l’offre ne permet pas de répondre à la demande. »

« Les enfants ont besoin de se défouler »

Dans les deux établissements, les nageurs réguliers, en recherche d’une pratique sportive, sont les plus nombreux. Les « personnes avec des pathologies qui ont besoin de nager » sont là aussi. « Les trois quarts de nos clients depuis janvier n’habitent pas le secteur, rapporte Stéphane Clemot, à Divaquatic. Beaucoup viennent de la métropole nantaise où toutes les piscines sont fermées. Certains traversent même le département pour venir. »

Olivier parcourt 30 km aller-retour deux fois par semaine depuis quatre mois. « Ça demande un peu d’organisation mais, quand on a l’habitude de nager toute l’année, on n’a pas trop le choix. Ce bassin est une très bonne nouvelle. J’ai du mal à comprendre pourquoi les piscines restent fermées. C’est beaucoup trop long. C’est un milieu chloré, on n’a jamais entendu parler de contaminations. »

Les familles avec enfants, elles, sont moins nombreuses. « Il n’y a pas beaucoup de place pour barboter et, si on bouge peu, on se refroidit vite », considère une maman. Mais elles sont tout de même de plus en plus visibles depuis l’arrivée des beaux jours printaniers. « Même en extérieur, les enfants sont tellement contents de se baigner. Les possibilités de faire du sport sont limitées, ils ont besoin de se défouler », observe Anne-Sophie.

« Le plus gros drame dans la fermeture des piscines, ce sont tous ces enfants qui n’apprennent plus à nager depuis deux ans, déplore Olivier, le nageur bihebdomadaire. Il y a aussi les clubs sportifs sans solution, certains ne vont peut-être pas s’en sortir. » Dans les bassins découverts du Loroux-Bottereau et de Rennes, des créneaux sont désormais proposés aux scolaires et aux associations.