Double homicide dans les Cévennes : « Vu le terrain et le profil du fugitif, les opérations de recherche prennent forcément du temps »

INTERVIEW Toujours pas de trace de Valentin M., principal suspect du double meurtre en cavale depuis mardi dans les forêts gardoises. Guillaume Farde, professeur affilié à Sciences Po, spécialiste de sécurité, explique pourquoi les opérations de recherche prennent du temps

Propos recueillis par Fabrice Pouliquen

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Des snipers du GIGN assis à l'arrière d'un pickup lors de la traque de Valentin M., près du  village de Plantiers, dans les Cévennes, le 12 mai.
Des snipers du GIGN assis à l'arrière d'un pickup lors de la traque de Valentin M., près du village de Plantiers, dans les Cévennes, le 12 mai. — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
  • Valentin M. est suspecté d’avoir abattu son patron et un de ses collègues dans la scierie où il était employé, mardi dernier aux Plantiers (Gard). Depuis, il a pris la fuite dans la forêt cévenole et demeure, ce vendredi encore, introuvable, malgré les importants moyens de recherche déployés.
  • Deux éléments compliquent les recherches, pointe Guillaume Farde. Le périmètre dans lequel Valentin Marcone est recherché est constitué de 15 km² de forêts très difficiles d’accès. Le profil du fugitif, ensuite, probablement armé, si bien que l’opération est à haut risque pour les gendarmes.
  • « On ne cherche pas une personne égarée, mais un homme suspecté d’avoir déjà tué deux hommes », souligne Guillaume Farde.

Les appels du procureur de la République de Nîmes et de son père à se rendre n’y ont rien changé. Valentin M. était toujours introuvable ce vendredi à la mi-journée et aucune trace de sa présence n’a pu être relevée, a-t-on appris auprès des enquêteurs.

L’homme de 29 ans, suspecté d’avoir abattu son patron et l’un de ses collègues de travail dans une scierie du village des Plantiers (Gard), est en fuite depuis mardi matin. La gendarmerie, qui a sorti les gros moyens – 350 gendarmes mobilisés, huit hélicoptères, des drones à caméra thermique, des équipes cynophiles –, le recherche dans un périmètre de 15 km². Si plusieurs signalements sont encore parvenus durant la nuit, dont certains « assez crédibles », les investigations sur le terrain n’ont finalement « rien donné » et les recherches se poursuivent ce vendredi, a déclaré la porte-parole de la gendarmerie en Occitanie.

Étonnant ? Pas tant que ça, explique Guillaume Farde, professeur affilié à Sciences Po, spécialiste sur les questions de sécurité. Il répond à 20 Minutes.

Pouvait-on s’attendre à ce que la cavale de Valentin M. dure aussi longtemps ?

C’était tout à fait envisageable, oui, et à aucun moment la gendarmerie nationale ne s’est engagée sur le moindre délai pour l’arrestation. C’est proprement impossible. A partir du moment où les faits criminels sont commis, le suspect a disposé d’un temps d’avance. Valentin M. rentre chez lui, il rassemble des équipements, des munitions et des armes, puis prend la fuite dans une forêt qu’il connaît très bien.

La première action de la gendarmerie, très classique dans ce type d’opération de recherche, est d’établir une zone de recherches. Valentin M. étant, en toute vraisemblance, parti à pied, les gendarmeries ont établi ce périmètre en fonction de la distance qu’un homme peut parcourir en moyenne. Cela donne ce quadrilatère d’une quinzaine de km². Ça reste un large périmètre, et les recherches sont d’autant plus difficiles à l’intérieur que ce terrain est difficile d’accès. Il est très vallonné, boisé, traversé par des cours d’eau, etc.

Qu’est-ce qui joue en faveur de Valentin M. face aux 350 gendarmes déployés, aux huit hélicoptères, aux drones, aux chiens Saint-Bernard ?

Le terrain, déjà, joue en sa faveur. Il y a forcément de multiples cachettes et on sait, selon les éléments donnés par le procureur de la République sur le profil de Valentin M., qu’il connaît très bien les lieux. Cette forêt est à proximité immédiate de son domicile, il est chasseur et apte à survivre en milieu hostile.

Et puis, ce n’est pas une opération de recherche « classique ». On ne cherche pas une personne égarée, mais un homme suspecté d’avoir déjà tué deux hommes et dont le profil, tel qu’il a été cerné par les psychologues du GIGN, est celui d’une personne très paranoïaque, entraînée au tir. Il est susceptible d’avoir des armes à sa disposition, dont une carabine de précision. Autrement dit, on ne peut pas écarter l’hypothèse que Valentin M. soit embusqué quelque part dans ce périmètre de 15 km².

C’est, dès lors, une opération de recherche à haut risque pour les gendarmes. Ils sont obligés d’avancer avec précaution et ça prend du temps. Il est indéniable que cet homme sera retrouvé vivant ou suicidé mais, s’il est vivant, on ne se sait pas s’il voudra se rendre ou se confronter aux gendarmes.

Comment se mène la recherche d’un tel fugitif ?

La première chose est de cerner le profil psychologique du fugitif et de déterminer le périmètre de recherche. Ensuite, on en vient aux recherches à proprement parler. Il y a des gendarmes spécialisés pour ce type d’opération de recherche, formés pour avancer y compris sous le feu et pouvant s’aider de nombreux moyens techniques. Pour Valentin M., on parle ainsi de 350 gendarmes déployés, de huit hélicoptères, de chiens Saint-Bernard, des appareils de visions nocturnes, etc.

Cela peut paraître beaucoup, mais il faut prendre en compte, encore une fois, de la complexité du terrain. Il y a très certainement un nombre de points caractéristiques qui ont été identifiés dans le périmètre de recherche – des grottes, des caches, etc. – pour lesquels il faut qu’il y ait des levées de doutes. En clair : vérifier s’il y est ou pas. Et, même avec d’importants moyens techniques, ce travail prend du temps.

On ne peut pas écarter non plus l’hypothèse que Valentin M. se soit suicidé. Si c’est le cas, et s’il s’est suicidé dans un endroit difficile d’accès, les opérations de recherche pourraient encore durer longtemps, puisqu’une fois mort, votre corps perd de ses propriétés olfactives, ce qui ne facilite pas la recherche par les chiens.

A la dissimulation et au suicide s’ajoute une troisième hypothèse qui serait que Valentin M. serait parvenu à quitter le périmètre de 15 km² dans lequel les recherches se concentrent. Est-elle probable à vos yeux ?

C’est une hypothèse possible, oui, et qui a toujours été envisagée par les gendarmes eux-mêmes. Mais elle est jugée moins probable car, encore une fois, Valentin M. est parti à pied et que la distance que l’on peut parcourir dans un temps donné reste limitée. Et, comme tout être humain, il a aussi besoin de dormir, de se reposer, de s’alimenter… On définit un périmètre de recherches en fonction de toutes ces données et c’est ce qui a abouti, dans le cas précis de Valentin M., à ce quadrilatère de 15 km².