Coronavirus : « On a annulé trois fois l’EVG », « Un EVJF à la maison »… Comment font les futurs mariés et leurs potes ?

FIESTA OR NOT FIESTA Entre les confinements, le couvre-feu, les limitations de déplacements et les restrictions sanitaires, pas facile d’organiser un enterrement de vie de célibataire en temps de pandémie

Anissa Boumediene

— 

Après des reports et des annulations pour cause de crise sanitaire, beaucoup optent pour des EVJF et des EVG France.
Après des reports et des annulations pour cause de crise sanitaire, beaucoup optent pour des EVJF et des EVG France. — Ulza / Getty Images
  • Depuis le début de la pandémie de Covid-19, des milliers de mariages ont été annulés, et avec eux de nombreux enterrements de vie de jeune fille (EVJF) et de garçon (EVG).
  • A l’approche du déconfinement, les EVJF et EVG redémarrent, mais dans un contexte encore contraint par des restrictions sanitaires.
  • Alors, pour les proches des futurs mariés qui organisent ces fêtes, on s’adapte, notamment avec des EVJF et EVG locaux.

Ça y est ! Après plus d’un an de pandémie de coronavirus et des dizaines de milliers d’unions reportées, la saison des mariages va reprendre ! Le 19 mai marquera le début du déconfinement, et avec un allègement progressif des restrictions, les amoureux pourront se dire « oui ». Et qui dit mariage dit… enterrement de vie de jeune fille et de garçon. Enfin, EVJF et EVG pour les initiés.

En temps normal, les virées en Europe sont les plus prisées. Amsterdam, Lisbonne, Budapest ou Barcelone accueillent chaque année dès le printemps des hordes de futurs mariés venus faire la fête entre potes. Mais comment enterrer dignement sa vie de célibataire quand les bars, les restos – et les frontières – sont fermés ? Beaucoup n’ont pas eu d’autre choix que de reporter les festivités, ou de jouer la sécurité avec un EVG ou un EVJF en France.

« On avait tout booké pour Lisbonne, finalement, on a fait un EVJF à la maison »

« C’est galère, confie Etienne, qui organisait le 8 mai l’EVG de son cousin, dont il est le témoin. On avait fixé la date assez tôt, mais entre les confinements et les restrictions, ç’a été compliqué. Finalement, on a opté pour un EVG local, chez le papa du marié, en respectant le  couvre-feu et avec moins de dix personnes. Ça a été très light, mais on espère se lâcher au mariage cet été ! »

Pour sa meilleure amie Sophie, Marion avait organisé un EVJF aux petits oignons. « On avait tout booké pour un week-end à Lisbonne en juin 2020. Et bim, la pandémie : impossible de partir alors qu’elle est passionnée de voyage. Je lui ai donc organisé un EVJF façon tour du monde à la maison : chaque invitée devait choisir un pays avec un plat, une boisson, un costume et un gage. On a prévu une déco spéciale, un carnet de voyage, des tee-shirts personnalisés, et mis en scène la montée dans l’avion avec moi en hôtesse de l’air ! Mexique et Tequila Paf *, Espagne et flamenco, Afrique et boubous, Russie avec vodka* et kalinka. On a beaucoup ri, la fête a duré jusqu’au matin et la future mariée s’est éclatée ! »

« Partir au Portugal nous a donné un avant-goût de liberté »

Pour certains, l’appel de l’étranger était trop fort. Kevin s’est envolé pour le Portugal le week-end dernier, pour l’EVG de son beau-frère. « On est parti à huit à Lisbonne, sachant que le mariage a été reporté trois fois, tout comme l’EVG. On a longuement hésité. Mais quand la limite des 10 km a été levée, on s’est dit banco ! Et on a tout organisé : tests PCR, formulaire pour entrer sur le territoire portugais. On avait vraiment besoin de s’évader, alors on a inventé un motif impérieux ». Et pour ne pas gâcher la surprise du futur marié, « sa compagne lui a fait croire qu’elle était cas contact », rit Kevin.

A Lisbonne, la bande s’est éclatée autant qu’elle a pu. « On avait loué un appartement avec terrasse et piscine et on s’est fait des restos sur la plage. C’était beaucoup plus cool : le port du masque est moins strict, le couvre-feu est à 23 heures, c’était un avant-goût de liberté, un aperçu de la réouverture prochaine des terrasses », explique le jeune homme. Mais il y avait aussi des contraintes : « On ne pouvait pas être plus de six à table, ou plus de deux dans les taxis, ni faire toutes les activités qu’on voulait. La seule frustration, c’était surtout en milieu de soirée : quand t’es chaud pour aller faire la fête mais qu’il y a le couvre-feu et que les boîtes sont fermées… ».

« L’étranger, c’est compliqué, les gens préfèrent des EVG/EVJF en France »

« Lisbonne est une destination très demandée, confirme Aurélien Boudier, fondateur de Crazy EVG et Crazy EVJF, qui propose des enterrements de vie de célibataires clé en main, en France et en Europe. Mais pour nous, tout s’est arrêté en mars 2020, et à part un petit rebond l’été dernier, notre activité a fortement ralenti. Car pas de mariages : pas d’EVG ni d’EVJF. Depuis l’annonce du déconfinement, les gens se projettent, retrouvent l’envie de faire la fête. Mais au moins jusqu’à cet été, partir à l’étranger sera compliqué. D’autant que quand les clubs sont fermés et que certaines activités ne sont pas accessibles, ça refroidit un peu. Je pense que pour Budapest, où l’on envoie plus de 7.000 personnes par an, il va falloir attendre ».

En attendant d’avoir les coudées franches, et « loin des 100.000 personnes que l’on fait voyager chaque année, depuis quelques jours, le téléphone sonne non-stop », se réjouit l’entrepreneur. Et pour les EVG et EVJF version 2021, « les clients sont les premiers à jouer la sécurité en misant sur la France, observe Aurélien Boudier. Montpellier, Deauville et Annecy sont plébiscitées : elles sont adaptées à la fête en groupe, et il est possible d’y faire des activités de plein air très sympas. Car pour le moment, spa et paintball, c’est fermé ».

L’entrepreneur propose aussi à la location des villas avec piscine et terrain de sport à deux heures de Paris. Elles font toutes le plein. « Cela permet d’être en groupe et de profiter de l’extérieur malgré le couvre-feu et les bars et restos fermés. Les gens sont pressés de se retrouver et de faire la fête, quitte à organiser les EVG après la noce ! »

« On ira toutes faire un test antigénique »

C’est le cas de Margaux et ses amies, qui ont loué en juin une grande maison avec piscine du côté de Nice. « Après trois annulations, cette fois devrait être la bonne », espère la jeune femme. « Ce qui est drôle, c’est que notre amie s’est mariée entre-temps : l’EVJF aura lieu un mois après la noce, ce sera une manière sympa de fêter le "moiniversaire" de mariage », plaisante Margaux. Le programme de cet EVJF déconfiné sera bien rempli : « séance de canyoning, atelier de fabrication de couronnes de fleurs avec une pro et un chef qui viendra préparer un dîner à domicile », se réjouit-elle d’avance.

Un planning qui la changera de son précédent EVJF, en novembre. « Là aussi, on avait joué la sécurité en bookant en France, à Beaune. Mais on n’a pas pu faire grand-chose : tout était fermé, y compris les Hospices, on avait l’impression d’être dans une ville fantôme. Mais la mariée était déjà très contente d’avoir ses amies ». Des amies qui avaient su faire preuve d’inventivité : « atelier Top Chef avec deux équipes qui cuisinaient les plats préférés, soirée cocktail, jeux et questionnaires personnalisés, c’était super ! » Pour juin, avec le Covid-19 toujours présent, Margaux et ses amies se préparent à un EVJF à la sauce pandémie. « On veut profiter en mode "normal", sans masque, donc on ira toutes faire un test antigénique : ça prend quinze minutes, c’est gratuit, personne n’a de raison de refuser. D’autant que je suis enceinte de six mois, donc pas question de prendre des risques ».

Objectif : « faire la fête au soleil »

Du côté des professionnels, on table sur une reprise chargée, « en espérant que nos prestataires n’auront pas mis la clé sous la porte après un an de fermeture, rappelle Aurélien Boudier. On recherche des clubs en plein air car niveau discothèques, tout reste fermé en France comme en Europe ».

Mais pas question d’être pessimiste : « d’habitude, les EVG, ce n’est pas trop l’été. Et si septembre et octobre sont généralement des mois calmes, je crois que cette année, ça va être un carton avec une vague d’enterrements de vie de célibataires post-mariage », prédit l’entrepreneur. Qui développe de nouvelles destinations. « La prochaine, c’est Dubaï, pour faire la fête au soleil en toute saison ».

* L’abus d’alcool est dangereux pour la santé.