Tours : Le centre LGBT contraint d’annuler une manifestation après des menaces

MANIFESTATION L'annonce d'un cortège non mixte pour les personnes racisées au sein de la manifestation prévue samedi a suscité une vive polémique, notamment sur les réseaux sociaux

Tom Hollmann

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Marche des fiertés à Paris en 2019 (photo d'illustration)
Marche des fiertés à Paris en 2019 (photo d'illustration) — ISA HARSIN/SIPA
  • Le Centre LGBT de Touraine était l’organisateur d’une marche, samedi 15 mai, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie.
  • L’annonce maladroite d’un cortège non mixte pour les personnes racisées au sein du rassemblement a provoqué d’innombrables réactions hostiles. Le porte-parole de l’association déplore une erreur de communication.
  • Visé par des menaces de mort, et au vu des risques encourus pour les organisateurs et les personnes qui souhaitaient s’y rendre, le Centre LGBTI de Touraine a préféré annuler sa marche.

La polémique, l’incompréhension et les menaces auront finalement eu raison de la manifestation. Le Centre LGBTI de Touraine, qui organisait samedi une marche en vue de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, a annoncé dans un communiqué qu’il était contraint d’annuler le rassemblement face au tollé provoqué par l’annonce d’une zone de non-mixité en tête de cortège.

« Une dérive discriminante » pour l’opposition

Tout commence mardi 11 mai, quand l’association annonce, dans une story publié sur Instagram, qu’un « cortège de tête en non-mixité pour les personnes LGBT+ racisées est prévu lors de la marche du 15 mai » organisée à Tours. Dans cette story, le centre ajoute que « toute personne blanche qui essaiera de s’incruster dans ce cortège se fera cordialement (ou non) dégager ».

Le conseiller municipal d’opposition Olivier Lebreton ne tarde pas à dénoncer cette publication, qu’il qualifiera sur Facebook de « dérive discriminante ». En conclusion, il enjoint au maire de Tours, l’écologiste Emmanuel Denis, de « condamner publiquement ce cortège "racisé" qui, pour la première fois dans [la] ville, séparera les personnes selon la couleur de leur peau. »

« Une polémique instrumentalisée par l’extrême droite »

Loin de se plier aux exigences de son opposant politique, Emmanuel Denis a dénoncé dans un tweet « une polémique instrumentalisée par l’extrême droite et la droite locale », renouvelant par la même occasion sa confiance envers le Centre LGBTI de Touraine, visé par des « menaces de mort ». Et d’assurer que la marche serait bien « ouverte et inclusive ».

Las, sur les réseaux sociaux, ce mercredi, de nombreux utilisateurs ont dénoncé, de manière raccourcie et trompeuse, une manifestation « interdite aux blancs ». Une polémique liée à une erreur de communication, estime le Centre LGBTI. Contacté par la rédaction de France Bleu Touraine, le porte-parole de l’association a expliqué que cette formulation maladroite était à l’initiative du Collectif antiraciste de Tours, « partenaire » de la mobilisation. Le centre n’aurait en réalité fait que « repartager » la story sans vérifier son contenu.

« On l’a publié car c’est un partenaire en qui on a confiance, avant de se rendre compte du propos… Evidemment c’est une phrase que l’on condamne, cette story nous a échappé, nous dessert complètement et n’est pas en adéquation avec nos idées », s’est justifié Johan Yager, le porte-parole de l’association.

Le Centre LGBTI dénonce des « menaces »

Sur les réseaux sociaux, le Centre LGBTI a tenté d’expliquer le sens de sa démarche, expliquant que « certaines personnes racisées ne se sentent pas à l’aise dans des cortèges mixtes », qu’il n’y aurait aucun contrôle, et qu’elle comptait sur la conscience de chacun pour respecter la sensibilité des personnes.

Une tentative de clarification qui n’aura pas suffi à calmer la polémique. Le Centre LGBT a préféré annuler l’événement « devant les menaces et les risques encourus pour l’association mais aussi pour toutes les personnes qui souhaitaient s’y rendre. »

Ce n’aurait pourtant pas été la première fois qu’un cortège non-mixte était organisé dans le cadre d’une manifestation. Le 23 novembre 2019, par exemple, la marche du collectif #NousToutes, organisée pour dénoncer les violences faites aux femmes (qui avait rassemblé plus de 49.000 personnes à Paris) comportait une zone réservée aux femmes à la demande de certaines participantes. Victimes de violences sexuelles, conjugales ou intrafamiliales, ce cortège leur permettait de marcher au côté des autres manifestantes malgré des douleurs et traumatismes encore présents.