Lunel : Des caméras de vidéosurveillance parlantes grondent les habitants indélicats

SURVEILLANCE La commune de l'Hérault a désormais la possibilité de rappeler à l'ordre à distance les contrevenants

Nicolas Bonzom

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Extrait de la campagne de communication qui accompagne le lancement de caméras parlantes à Lunel
Extrait de la campagne de communication qui accompagne le lancement de caméras parlantes à Lunel — Ville de Lunel
  • La commune de Lunel a installé des haut-parleurs sur trois caméras de vidéosurveillance dans le centre-ville : les agents municipaux pourront interpeller directement les contrevenants, en déclenchant l’un des messages préenregistrés.
  • « Ce simple rappel par haut-parleur est préventif et moins répressif qu’un PV de plusieurs dizaines d’euros », assure Stéphane Alibert, élu municipal à la sécurité.
  • Mais pour l’association la Quadrature du Net, ce dispositif, que l’on voit fleurir ces dernières années en France, est « très infantilisant et très intrusif ».

« La police municipale vous invite à ramasser vos déchets, sous peine d’une verbalisation ! » A Lunel (Hérault), les caméras de vidéosurveillance parlent. Cette commune de l’est de l'Hérault a doté trois d’entre elles de haut-parleurs, dans le centre-ville. Lorsqu’un agent municipal, devant son mur d’écrans, au Centre de supervision urbain, repérera une infraction ou une incivilité, il pourra interpeller directement le contrevenant, en déclenchant l’un des messages préenregistrés.

Les déjections canines qui ne sont pas ramassées par les propriétaires des toutous, le non-port du masque ou les dépôts d’ordures sauvages dans les rues sont, notamment, visées par la mairie de Lunel. Dernièrement, « la voix » a remonté les bretelles d’un groupe de personnes, dehors, malgré le couvre-feu. Et si la personne ciblée par le message venu du ciel ne coopère pas, la police municipale sera dépêchée sur place pour hausser le ton. Ce système, très en vogue en Angleterre, pointe son nez en France. Robert Ménard (divers droite) l’a déjà mis en place, il y a peu, à Béziers.

Trois caméras équipées de hauts-parleurs ont été installées à Lunel
Trois caméras équipées de hauts-parleurs ont été installées à Lunel - Ville de Lunel

« Moins répressif qu’un PV »

« Nous sommes en veille permanente sur les nouvelles technologies permettant d’atteindre notre objectif de ville plus propre et toujours plus sûre, confie Stéphane Alibert (sans étiquette), élu de la commune de Lunel, en charge de la sécurité. Ce simple rappel par haut-parleur est préventif et moins répressif qu’un PV de plusieurs dizaines d’euros. » Pour le maire de Lunel, Pierre Soujol (sans étiquette), les incivilités dans les rues sont « un vrai souci, on ne sait plus comment faire, nous, élus de terrain. Ce n’est plus au citoyen respectueux d’avoir honte de sa ville, mais bien à celui qui la dégrade. »

Sur le Facebook de la commune, sous la campagne de communication qui accompagne le dispositif (très, très proche de celle de Béziers), les commentaires sont presque tous élogieux. Les « Bravo ! » sont nombreux. Mais il y a quelques voix dissonantes. « Les caméras peuvent être utiles, mais le haut-parleur enlève tout le rapport humain et pédagogique que la police municipale devrait avoir », déplore une internaute. « Et pourquoi pas des grilles tout autour de la ville aussi ? J’hallucine », s’emporte une autre.

« Infantilisant et intrusif »

La Quadrature du Net, une association de défense des droits et des libertés dans l’environnement numérique, est elle aussi farouchement opposée à ce dispositif, « que l’on voit arriver depuis quelques années », confie Juliette, chargée de la campagne Technopolice au sein de l’association. « C’est un outil très infantilisant, très intrusif. C’est un gadget technologique. Qu’est-ce que ça apporte vraiment, hormis un rapport inhumain, entre les personnes ? C’est une gestion totalement déshumanisée de la ville. »

Pour cette salariée de la Quadrature du net, c’est un pas de plus vers un futur où la technologie s’immisce dans nos vies quotidiennes. « Il y a des caméras de surveillance, des drones qui nous observent depuis le ciel et désormais des caméras qui peuvent nous parler, déplore-t-elle. Petit à petit, on travaille l’acceptabilité de la population sur ces dispositifs qui sont toujours plus intrusifs. Depuis toujours, la science-fiction écrit un avenir hyper technologisé assez effrayant. Mais dans la réalité, on y est, déjà. »

« Je sais bien que cela peut laisser une drôle d’impression, reprend le maire de Lunel, Pierre Soujol. Mais moi, les états d’âme des bien-pensants qui ne règlent aucun problème… Quand, sans cesse, il y a des plaintes qui arrivent à la mairie, que les habitants vous disent que certains sont irrespectueux, que la ville est sale… Que voulez-vous faire ? Baisser les bras ? Il y a des moyens technologiques, on les utilise. Ces solutions, je m’en passerais bien. Mais on ne sait plus comment faire. »