Femme brûlée vive à Mérignac : Le rapport révèle « une suite de défaillances entre les services »

ENQUETE La mission d’inspection décidée par différents ministres après le drame de Mérignac du 4 mai dernier, lors duquel une femme a été brûlée vive par son ex-mari, pointe des défaillances entre les différents services

Mickaël Bosredon

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Une femme a été tuée par son mari, en pleine rue devant son domicile, le mardi 4 mai 2021 à Mérignac (Gironde)
Une femme a été tuée par son mari, en pleine rue devant son domicile, le mardi 4 mai 2021 à Mérignac (Gironde) — MEHDI FEDOUACH / AFP
  • Le 4 mai dernier, Chahinez, 31 ans, avait été brûlée vive en pleine rue par son ex-mari.
  • Elle avait porté plainte à son encontre le 16 mars dernier, au commissariat de Mérignac, après une agression commise dans la matinée.
  • La mission d’inspection décidée par différents ministres révèle une série de défaillances entre les services et rendra ses conclusions définitives le 10 juin pour remédier à ces dysfonctionnements.

Une semaine après le drame qui a coûté la vie à Chahinez, 31 ans, brûlée vive en pleine rue par son ex-mari, le 4 mai dernier à Mérignac (Gironde), la mission d’inspection décidée par différents ministres vient de rendre ses premières conclusions.

« Le rapport d’étape de la mission d’inspection de fonctionnement de l’inspection générale de l’administration et de l’inspection générale de la justice a été remis ce jour à Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, Eric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, ministre de la justice et Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur sur les faits criminels survenus mardi dernier à Mérignac. Il révèle une suite de défaillances qui peut être reprochée à différents acteurs dans la communication et la coordination entre les services » annonce un communiqué diffusé ce mercredi matin.

L'ex-mari déjà emprisonné pour violences conjugales en 2020

La mission doit notamment étudier les conditions de remise en liberté et le suivi de l’ex-mari de la victime, Mounir, 44 ans, déjà emprisonné pour violences conjugales en 2020. A la double nationalité franco-algérienne, il avait été condamné le 25 juin 2020 à Bordeaux à 18 mois de prison dont neuf avec sursis pour « violences volontaires par conjoint » en récidive, sur son épouse. Son ex-femme avait à nouveau déposé plainte à son encontre le 16 mars dernier, au commissariat de Mérignac, pour une agression commise dans la matinée, selon le parquet. Mais l’intéressé, recherché par la police, était « introuvable ».

Mardi 4 mai, il s’est présenté au domicile de son ancienne compagne à Mérignac, l’a poursuivie dans la rue, a tiré plusieurs coups de feu dans ses jambes jusqu’à ce qu’elle s’effondre, puis l’a aspergée d’un liquide inflammable alors qu’elle était encore en vie et l’a immolée par le feu, selon le parquet de Bordeaux et la police.

« Création d'un fichier » sur le sujet des violences intrafamiliales

La mission doit se poursuivre « pour caractériser ces dysfonctionnements et proposer les initiatives propres à y remédier. » Le rapport définitif devrait être remis le 10 juin. Ses conclusions seront rendues publiques. Elle devra déterminer si ces dysfonctionnements ont eu lieu «entre les différents services, ou à l'intérieur des services, ou s'il y a des responsabilités individuelles», a précisé une source gouvernementale.

Gérald Darmanin a ainsi annoncé dans l'après-midi qu'il proposerait avec Marlène Schiappa, lundi au Premier ministre, la « création d'un fichier » sur le sujet des violences intrafamiliales. Ce fichier aura pour but « d'assurer le recensement des incidents et les mesures prises » en cas de violences. « Il permettra à chaque intervenant (forces de l'ordre, justice, préfet) de disposer de la totalité de l’historique» d'un dossier « pour décider des actions à engager », a précisé l'entourage du ministre à l'AFP.

« Vous n'avez pas honte d'une telle inefficacité ? », a lancé la sénatrice Laurence Garnier (LR) ce mercredi après-midi lors des questions au gouvernement. « Oui il y a eu un certain nombre de dysfonctionnements », a redit le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, répétant que le gouvernement n'aurait « pas la main qui tremble » si « les dysfonctionnements sont avérés », tout en s'énervant de « l'exploitation cynique et obscène » de ce crime.