L'université Rennes 1 secouée par le suicide d'Alexia, brillante étudiante en droit

DISPARITION La jeune femme âgée de 20 ans a été retrouvée pendue dans son appartement. Ses parents critiquent la pression et le manque d’accompagnement de l'étudiante

Camille Allain

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Agée de 20 ans et inscrite en fac de droit à l'université Rennes 1, Alexia Cote a mis fin à ses jours le 15 avril dans son appartement à Rennes.
Agée de 20 ans et inscrite en fac de droit à l'université Rennes 1, Alexia Cote a mis fin à ses jours le 15 avril dans son appartement à Rennes. — Famille Cote
  • Alexia Cote, 20 ans, a mis fin ses jours le 15 avril dans son appartement de Rennes.
  • Etudiante en droit au sein du magistère Juriste d’affaires franco-britannique, l’étudiante souffrait de la pression et du stress.
  • Les étudiants et des membres de l’encadrement accusent la direction de l’université d’avoir voulu étouffer l’affaire.

Elle avait 20 ans et poursuivait le rêve de travailler dans la mode, dans une maison de couture de New York. Inscrite au sein du prestigieux magistère Juriste d’affaires franco-britannique (JAFB) de l’université Rennes 1, Alexia Cote ne réalisera jamais son rêve. Le 15 avril vers midi, elle a mis fin à ses jours dans son appartement de la place de la Rotonde, à Rennes. Sans laisser de lettre, ni d’explication. « On l’avait eu au téléphone la veille. Elle semblait aller bien. Elle allait mieux ». Ce jeudi d’avril, Christophe Cote et sa femme ont perdu leur fille unique. Ils ont quitté leur maison de la périphérie de Dijon et ont traversé la France quelques heures après avoir appris qu’Alexia s’était pendue dans son petit logement. C’est une de ses professeures, inquiète de ne pas la voir se connecter pour le cours en visio de 16 heures, qui s’est rendue à son appartement, avant d’alerter les pompiers et de voir le corps inerte à la fenêtre. Il était beaucoup trop tard.

Près d’un mois après le suicide de la jeune femme, de plus en plus de voix s’élèvent dans les rangs de la fac de droit. Alertés par un article publié sur le site de Rennes Infos Autrement, plusieurs étudiants et membres de l’encadrement souhaitent dénoncer la gestion calamiteuse du cas d’Alexia. Mais aussi de tous ses camarades. Arrivée en septembre à Rennes, la jeune femme avait à deux reprises alerté la directrice de la promotion de son mal-être et de sa difficulté à atteindre la moyenne de 12. Un chiffre visiblement martelé à tous les étudiants souhaitant poursuivre leur cursus à Exeter, en Angleterre. Une voie royale qui demande un travail intense et des sacrifices. « On la trouvait très épanouie quand elle est arrivée. En décembre, elle a commencé à nous parler de la pression, du stress, des résultats qui n’étaient pas à la hauteur de ses espérances », raconte son père.

Puis elle avait remonté la pente, consulté un médecin qui lui avait prescrit des anxiolitiques. Le matin de sa mort, Alexia avait reçu des notes, dont « un 8 sur 20 ». « On leur met une telle pression ! Ils n’ont pas de vie. On leur met des cours le samedi, ils n’en peuvent plus », explique une membre de l’encadrement.

Alexia Cote avait 20 ans quand elle a mis fin à ses jours dans son appartement de Rennes. Etudiante en droit, elle semblait surmenée par une charge de travail très élevée.
Alexia Cote avait 20 ans quand elle a mis fin à ses jours dans son appartement de Rennes. Etudiante en droit, elle semblait surmenée par une charge de travail très élevée. - Famille Cote

Entourée d’une promo soudée, Alexia avait des amies, un petit ami, des passions. « On a fouillé pour savoir ce qui avait pu se passer. On n’a rien trouvé d’autre qu’une étudiante surmenée. Les confinements l’ont éloignée. Elle n’avait pas de temps de décompression », assure son père. La crise du Covid-19 a évidement sa part de responsabilité dans la plongée d’Alexia. Loin de ses parents. Mais surtout par l’énorme boulot demandé à ces étudiants de troisième année. « C’est une filière d’excellence, qui demande une charge de travail conséquente. Ils en sont informés avant de s’engager », explique la direction de Rennes 1.

L’université a-t-elle tenté d’étouffer l’affaire ?

Après le drame, l’université a pourtant semblé minimiser l’impact d’un tel acte auprès de ses étudiants. Elle a donné pour consigne de ne rien dire aux élèves. Pour étouffer l’affaire ? « La famille a indiqué qu’elle ne souhaitait pas de communication. Le contexte est déjà anxiogène pour nos étudiants. Nous avons voulu les préserver », poursuit la direction. Les parents démentent. Tout comme un autre enseignant. « On nous a demandé de ne pas en parler à nos étudiants pour ne pas abîmer l’image de l’université ». Même les syndicats n’ont pas été alertés. Une cellule psychologique a été ouverte pour les camarades de promo d’Alexia, quatre jours après sa mort. Ce jour-là, plusieurs étudiants étaient aux abords de son logement, en panique. Plusieurs ont traversé la France pour assister aux obsèques célébrées à Dijon.

Près d’un mois après le drame, les parents d’Alexia « assument » le choix de leur fille de mettre fin à ses jours. Mais ils critiquent « un encadrement inhumain », visant notamment la directrice de la promotion. « Depuis le drame, tout le monde se sent fautif. Nous, ses amies, le médecin. Tout le monde sauf l’université », tacle le père de l’étudiante. « On avait ordre de ne pas parler pour ne pas que ça se sache. Mais pourquoi ? Ce drame, il faut en parler, pour ne pas que ça se reproduise ! Dans cette fac, c’est comme s’il y avait une chape de plomb. Tout le monde se protège, a peur de parler », explique une source souhaitant rester anonyme. « Tout le monde a peur des représailles ».