Coronavirus dans les Alpes-Maritimes : Ils racontent comment le confinement a chamboulé leurs réunions des Alcooliques anonymes

PANDEMIE En France, il existe plus de 600 groupes « Alcooliques anonymes »

Elise Martin

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Une réunion des Alcooliques Anonymes (Illustration)
Une réunion des Alcooliques Anonymes (Illustration) — Francois Guillot AFP/Archives
  • Les réunions des Alcooliques anonymes se tiennent d’habitude en groupe d’une quinzaine de personnes, pendant 1h15. Leur fréquence dépend des lieux où on se situe.
  • Avec le confinement, ces réunions se sont tenues par visioconférence, avec beaucoup plus de créneaux disponibles et des possibilités de se connecter dans tous les endroits du monde.
  • Deux Azuréens, qui participent depuis plusieurs années aux groupes, décrivent comment ils ont vécu ces réunions Zoom depuis un an.

Depuis plus d’un an, on ne compte plus les habitudes modifiées par le coronavirus. Dans ces changements, la visioconférence a particulièrement bousculé le quotidien de chacun et est devenue un lien qui nous raccroche aux autres. Pour les réunions Alcooliques anonymes (AA), l’option existait déjà avant le Covid-19 mais la crise sanitaire a « littéralement fait exploser son utilisation », lance Lucien*, responsable communication du groupe en Paca.

« Il existe 600 groupes en France, continue-t-il. Dès que les annonces de premier confinement ont été faites, il fallait rapidement trouver une solution pour ne pas abandonner toutes ces personnes qui avaient besoin des AA pour se rétablir. Au bout d’un an de visio, on peut dire qu’elle a autant été une révolution pour certains qu’une simple alternative en attendant le retour en présentiel pour d’autres. »

De New York à New Delhi, des réunions aux quatre coins du monde

Emma*, qui va bientôt fêter ses huit ans d’abstinence, a trouvé des points très positifs à la mise en place de réunions Zoom. « Au début, j’avais des craintes qu’il n’y ait plus rien. Même après des années, je continue de me rendre aux réunions pour me rappeler que je suis alcoolique et pour transmettre mon vécu. Ce que j’ai trouvé fantastique, c’est d’avoir des réunions à toute heure et n’importe où. J’ai discuté avec des gens du Québec avec qui je corresponds toujours ainsi qu’avec un groupe à six heures de train de chez moi. Et les réunions le matin étaient très pratiques quand je savais que j’allais avoir une grosse journée ».

Lucien renchérit : « Le confinement a permis de développer ce service avec une dimension supplémentaire. De New York à New Delhi, les gens se sont ouverts à des cultures différentes tout en comprenant que la maladie est la même dans les quatre coins du monde. »

Le responsable communication, également à la permanence téléphonique de l’organisme pointe une autre conséquence de la crise sanitaire, « l’isolement, la solitude et donc, la prise de conscience des excès de consommation d’alcool ». Emma raconte : « Chaque fois que je me connectais, il y avait des nouveaux. Ce n’est pas le cas habituellement. Mais au bout d’un an, on entend maintenant des gens qui s’en sont sortis uniquement grâce aux visio et aux appels. On voit qu’il y a eu une vraie force, une vraie solidarité. » Elle félicite l’organisation « carrée » malgré des conditions particulières. « Parfois, on était 20, d’autres fois, 70 mais les valeurs de respect et d’écoute sont restées dans les réunions virtuelles ».

« La technologie filtre la dimension humaine »

Pour Gaëtan*, qui a participé pour la première fois à une réunion il y a onze ans, la technologie filtre la dimension « vivante et humaine que procurent les AA ». « Certaines personnes ont pu être totalement anonymes parce qu’elles se sentaient plus à l’aise en coupant leur caméra. Mais pour moi, ce qui paie vraiment dans la méthode AA, c’est le face-à-face car on voit toutes les expressions de la personne. On transmet un meilleur message. C’est donc difficile de créer un lien à travers un smartphone. »

Il estime que les zooms n’ont pas permis à « ceux qui étaient dans une maison avec leurs proches de se livrer totalement. Ils étaient forcément moins libres. Les créneaux de 7 heures à minuit ne peuvent pas compenser les réunions physiques où l’anonymat reste dans la salle ».

L’azuréen a « hâte de retrouver ces réunions en présentiel, peut-être au mois de juin ». Un sentiment partagé par Emma qui conclut que « malgré tous ces avantages, le virtuel ne remplacera jamais le réel ».

*Les prénoms ont été modifiés à leur demande.