Vaccination : Comment les jeunes sont devenus favorables au vaccin

CORONAVIRUS Le pourcentage de personnes de 18-24 ans favorables à la vaccination est passé de 26 % en décembre 2020 à 55 % en avril 2021

Jean-Loup Delmas

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Pour la première fois en France, les 18-24 sont majoritaires à vouloir se faire vacciner
Pour la première fois en France, les 18-24 sont majoritaires à vouloir se faire vacciner — THOMAS SAMSON / AFP
  • A partir du mercredi 12 mai, la vaccination est ouverte à tous en France en cas de dose non écoulée en 24 heures.
  • Un choix politique rendu possible notamment par la forte adhésion des jeunes pour le vaccin, un phénomène très nouveau.
  • Initialement très sceptique à la vaccination contre le coronavirus, la jeunesse a soudainement changé d’opinion, notamment entre mars et avril.

Ce jeudi, Emmanuel Macron a annoncé l’ouverture de la vaccination à tous à partir du 12 mai lorsqu’il restera des doses disponibles plus de 24 heures. Un choix motivé à la fois par la volonté de ne pas perdre de doses, d’accélérer encore plus la vaccination, mais aussi par la pression grandissante d’une partie des moins de 50 ans, pour le moment non-éligible (sauf en cas de comorbidité) et qui réclament de plus en plus l’accès aux doses de vaccin contre le coronavirus.

Cette pression de la part de la jeunesse est assez récente. Pour les plus jeunes majeurs, l’adhésion est même devenue majoritaire seulement le mois dernier. Selon l’Enquête CoviPrev de Santé publique France, entre mars et avril, la part des 18-24 ans souhaitant se faire vacciner est passée de 36 à 55 %. En décembre 2020, ils n’étaient que 26 % de cette tranche d’âge à vouloir se faire vacciner, selon un sondage Odoxa. Bien loin de la population des séniors, les plus de 65 ans étant favorables à 58 % à la vaccination dès décembre, et à 77 % en avril. Comment expliquer une telle remontada de la jeunesse ?

Le vent se lève, il est temps de vivre

Pour le docteur Jérôme Marty, pas besoin de chercher très loin une explication : « Les jeunes veulent sortir, retrouver la vie d’avant, arrêter de porter un masque, et ils ont bien compris que la vaccination était le meilleur moyen d’en arriver là. » Si les jeunes sont les moins susceptibles d’être touché par des formes graves ou des décès du coronavirus, leur vie reste néanmoins impactée par la pandémie et surtout par ses conséquences : couvre-feu, fermeture des bars et des restaurants, cours ou travail en distanciel, confinement.

Selon un rapport de Santé Publique France d’avril 2021, les états anxieux avec pensées suicidaires toucheraient principalement les 18-24 ans et les personnes vivant dans un logement trop petit ou surpeuplé, et les états anxieux et dépressifs toucheraient majoritairement les 25-34 ans. « Les jeunes sont ceux qui ont le plus d’interactions sociales en temps normal, il est logique qu’ils fassent tout pour retrouver leur vie », abonde Jérôme Marty.

En mai, fais-toi vacciner

D’accord, mais pourquoi une telle évolution de l’adhésion ces dernières semaines ? Plusieurs éléments peuvent l’expliquer. Premièrement, le troisième confinement et plus généralement la détérioration de la situation en mars, après un plateau à peu près stable en janvier et février. « Cela a montré que sans vaccination, il serait difficile de s’en sortir », pointe le docteur. Egalement, les déconfinements dans les pays fortement vaccinés, comme le Royaume-Uni ou Israël, et les vidéos massivement relayées des bières en terrasse ou du retour à la vie d’avant ont pu avoir une forte valeur incitative.

Ensuite, la confirmation du Pass Sanitaire nécessaire en France pour certains évènements a pu contribuer à cette forte adhésion, selon la docteure et spécialiste en Santé Publique Hélène Rossinot : « Les jeunes, avec une envie de voyage, mais aussi de participer à des événements avec beaucoup de monde, ont pu y voir une bonne raison de se faire vacciner eux. » Entre deux piqûres de Pfizer ou se faire curer le nez avant chaque vol d’avion ou concert, le choix semble avoir été fait.

Frustration et envie

Mars-avril, là où la plus forte hausse d’adhésion chez les jeunes a été constatée, marque aussi l’accélération massive de la vaccination en France. Et à force de voir tout le monde se faire vacciner sauf eux, les jeunes ont pu avoir une certaine frustration. Hélène Rossinot toujours : « Quand on est exclu pendant longtemps de quelque chose, on en a parfois encore plus envie, surtout quand ça se débloque pour tous les autres. » Une envie qui rejoint l’effet boule de neige constatée chez toutes les catégories d’âge : plus on vaccine de monde, plus de monde veulent se faire vacciner. Ainsi, sur l’ensemble de la population française adulte, 70 % des personnes s’étaient ou souhaitaient se faire vacciner en avril, contre 41 % en février.

L’élan vaccinal des jeunes serait donc majoritairement motivé par des raisons personnelles et autocentrées, loin d’une solidarité envers les plus anciens ou d’une crainte pour leur santé. « Je ne suis pas sûre que cette augmentation soit vraiment des gens qui ont pris conscience d’un coup de leur vulnérabilité ou de l’importance de leur propre vaccination pour le collectif », confirme Hélène Rossinot.

Vaccination indispensable, qu’importe la raison

Et alors ?, serait-elle tentée de dire. Cela ne souffre d’aucune importance. « Sincèrement, ce n’est pas grave, poursuit la docteure. Ce qui compte, c’est que les jeunes se fassent vacciner. » Peu importe la raison, la vaccination des jeunes est essentielle pour le pays. Selon l’Institut Pasteur, il faudrait pour atteindre l’immunité collective face aux nouveaux variants jusqu’à 90 % de la population adulte vaccinée, un ratio impossible sans participation des jeunes. De plus, selon Santé Publique France, l’incidence la plus élevée par tranche d’âge a (quasiment) toujours été les 15-44 ans, pile la catégorie concernée.

Or, le vaccin diminuant la contagion virale des personnes, vacciner cette classe d’âge permettrait de fortement baisser la circulation virale. Moins le virus circule, moins il y a de risque d’apparition de variants, mais également de Covid-long ou de malades, et mieux c’est. Le vaccin a besoin des jeunes pour fonctionner. Les jeunes ont besoin du vaccin pour retrouver la vie d’avant. Simple échange de bon procédé.