La protection policière refusée à deux journalistes menacées de mort

LIBERTE DE LA PRESSE Une demande en ce sens avait été faite pour les journalistes Morgan Large et Nadiya Lazzouni

J.G. avec AFP

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Enquêtant sur l'industrie agroalimentaire en Bretagne, la journaliste Morgan Large a été victime d'une tentative de sabotage fin mars.
Enquêtant sur l'industrie agroalimentaire en Bretagne, la journaliste Morgan Large a été victime d'une tentative de sabotage fin mars. — DAMIEN MEYER / AFP
  • Le ministère de l’Intérieur a refusé la demande de protection policière demandée pour les journalistes Morgan Large et Nadiya Lazzouni.
  • Les deux femmes ont toutes deux fait l’objet de menaces de mort.
  • « Les services de lutte anti-terroriste ont conclu à une absence de menace susceptible de justifier la mise en place d’une protection rapprochée », estime le ministère.

Toutes deux menacées de mort, les journalistes Morgan Large et Nadiya Lazzouni ne bénéficieront pas d’une protection policière. Le ministère de l’Intérieur « a opposé une fin de non-recevoir à la demande de protection policière » pour ces deux journalistes, affirment dans un communiqué conjoint la Fédération internationale du journalisme, la Fédération européenne du journalisme, le Syndicat national des journalistes, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes et Reporters en colère.

Les six organismes avaient le 13 avril, dans une lettre adressée au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, appelé à protéger Morgan Large et Nadiya Lazzouni, alors que ces dernières avaient déjà demandé sans succès une protection rapprochée après avoir été menacées de mort. « Attentif à vos préoccupations légitimes, je tiens à vous indiquer que les évaluations des services de lutte anti-terroriste ont conclu à une absence de menace (T4) susceptible de justifier la mise en place d’une protection rapprochée », leur a répondu le ministère de l’Intérieur.

La journaliste Morgan Large victime d’une tentative de sabotage

Morgan Large, qui enquête régulièrement sur le milieu agricole breton, avait porté plainte le 13 avril après avoir constaté fin mars qu’une des roues arrière de son véhicule avait été partiellement déboulonnée. RSF et le SNJ avaient aussi sollicité une protection policière. Fin avril, les faits ont déclenché l'ouverture d'une information judiciaire fin avril. La journaliste bretonne avait déjà fait l’objet de multiples intimidations depuis son témoignage dans le documentaire Bretagne : une terre sacrifiée diffusé mi-novembre sur France 5.

Nadiya Lazzouni, qui anime l’émission The Nadiya Lazzouni Show relayée sur les réseaux sociaux et le site Internet de son média Speak Up Channel, avait aussi porté plainte mi-avril pour « menaces de mort » en raison de la religion après avoir reçu un courrier violemment islamophobe à son domicile. Un courrier reçu après qu’elle avait repartagé sur son compte Twitter un passage dans une émission de LCI en 2019, dans laquelle elle s’opposait à l’interdiction du port du voile aux mères accompagnatrices lors des sorties scolaires.

Ces deux affaires ont donné lieu à des signalements « sur la plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes du Conseil de l’Europe » qui « n’ont fait l’objet d’aucune réponse de la part de la France », précisaient dans leur courrier au ministère de l’Intérieur les six organisations de journalistes.