Marseille : Le port du Vallon des Auffes se divise face à la surfréquentation

LITTORAL Les riverains du petit port du Vallon des Auffes se divisent face à la surfréquentation des lieux, sur fond de bras de fer politique entre la mairie et la métropole

Adrien Max

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Le petit port du Vallon des Auffes.
Le petit port du Vallon des Auffes. — ROUSSEL
  • L’amicale des pêcheurs plaisanciers du Vallon des Auffes a fait installer des barrières pour se protéger des incivilités engendrées par la surfréquentation du Vallon des Auffes.
  • La mairie de secteur a demandé à l’association des Amis du Vallon des Auffes de quitter le local qu’ils occupaient face aux problèmes de sécurité liés à l’utilisation du chenal.
  • Derrière toutes ses problématiques, se joue une querelle politique entre la mairie, de gauche, et la métropole, de droite,.

Sous le soleil, une association de riverains, une amicale de pêcheurs, des paddles et des apéros arrosés... et dans l'ombre, la ville et la métropole. Un cocktail détonant pour le Vallon des Auffes, ce petit port de pêche en plein centre de Marseille qui a tout de la carte postale, mais qui a en réalité le plus grand mal à cohabiter.

Premier épisode, l’installation d’une palissade par l’amicale des pêcheurs plaisanciers du Vallon des Auffes (APPVA) pour lutter contre l’incivisme. « On demande que la partie privée sur laquelle sont nos bateaux soit protégée du domaine public. On ne peut plus descendre pour y accéder à cause du monde, on y retrouve des mégots, des bouteilles de whisky. Et des gosses pourraient se blesser avec les treuils », explique Charles Cieussa, président de l’amicale qui admet avoir sciemment installé des palissades « laides » pour choquer.

Elles ont depuis été retirées, et la métropole prévoit d’en installer des nouvelles. « Ils ont compris la situation et ils vont séparer la partie privée grâce à des barrières adéquates », se satisfait-il.

« Tous les jeunes m’appellent tonton »

Depuis, un autre problème fait beaucoup couler d’encre. La mairie de secteur des 1er et 7e arrondissements a demandé à l’association des amis du Vallon des Auffes de rendre un petit local situé quelques mètres plus loin à la date du 19 mai. Ce que ne comprend pas Serge Vila, vice-président de l’association. « Il y a trois mois on nous dit que c’est bon, et on reçoit un recommandé nous demandant de partir il y a trois semaines », s’étouffe-t-il.

Ils sont installés dans ce lieu depuis 2015, où ils organisent des apéros culturels, des nettoyages, et de la médiation. « J’arrive dès 9h pour nettoyer tous les déchets des apéros de la veille : des bouteilles, des détritus. J’arrive à pacifier tout ce monde qui vient au Vallon, tous les jeunes m’appellent tonton parce que je fais en sorte qu’ils ne mettent pas le bordel », explique-t-il.

Les kayaks de la discorde

Son association loue également des kayaks et paddles lorsqu’ils ne sont pas utilisés pour les nettoyages des fonds marins, une fois par mois. Et c’est cette activité qui pose doublement problème. La mairie de secteur lui reproche cette activité commerciale, qui n’est pas autorisée. « On m’accuse de me mettre des sous dans les poches alors que ces locations, à des prix associatifs, 5 euros la demi-heure, nous permettent simplement de faire vivre l’association. Nous avons toujours refusé n’importe quelle subvention pour rester indépendants », rappelle-t-il.

Mais les kayaks et paddles empruntent le chenal du petit port, ce qui est interdit. « C’est l’amicale des pêcheurs qui a soulevé ce problème il y a plusieurs mois déjà. Je vis ici depuis plus de 50 ans et il n’y a jamais eu le moindre accident à ma connaissance. Et tout le monde se baigne dans ce chenal », considère Serge Vila, qui a proposé de créer une mise à l’eau derrière le local afin de ne plus traverser le port.

Une solution idéale pour Charles Cieussa. « C’est la meilleure, avance-t-il. Et nous ne voulons pas qu’ils partent, c’est une association écocitoyenne qui nettoie les lieux et qui fait du très bon travail ».

Maire Vs Métropole

Derrière ces bisbilles de plus en plus problématiques aux beaux jours, se jouer en réalité un bras de fer politique entre la mairie, de gauche, et la métropole, de droite. « Ça fait des mois que tout le monde râle notamment sur la sécurité du chenal avec le passage des kayaks, des paddles et des baigneurs. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la métropole a récemment fait installer une démarcation. Par ailleurs aucune activité commerciale n’était autorisée et le siège social de l’association n’était pas à jour. Je reprends le sujet à 0 », explique Sophie Camard, maire des 1er et 7e arrondissements.

La métropole a rappelé que « la ville de Marseille n’est pas légitime pour statuer sur l’occupation du local de l’association des Amis du Vallon des Auffes », dans un communiqué. Mais une convention tripartie, entre la Métropole, la mairie centrale, et la mairie de secteur existe bien. « Les élus de la métropole n’assument pas leur position, il y a une forme de lâcheté généralisée », dénonce Sophie Camard.

Les membres de l'association des Amis du Vallon des Auffes affirment n’avoir jamais été au courant de l’existence de cette convention et prévoient une mobilisation, en plus d’une pétition, s'ils n’obtiennent pas gain de cause face à ce qu’ils voient comme « un règlement de compte entre la mairie et la métropole ».