Déconfinement : Les discothèques, grandes oubliées du plan du gouvernement ?

EPIDEMIE Lors de la présentation du calendrier de déconfinement, aucune date de réouverture n’a été donnée pour les boîtes de nuit

Manon Aublanc

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Une soirée en discothèque. Illustration.
Une soirée en discothèque. Illustration. — Picard / Isopress / Sipa
  • Le calendrier d’Emmanuel Macron offre une porte de sortie du confinement à différents secteurs, mais toujours pas à celui des discothèques, fermées depuis mars 2020.
  • Les terrasses, les musées, les cinémas vont pouvoir rouvrir dès mai et des rassemblements de plus de 1.000 personnes pourront même être organisés au mois de juin. Une décision illogique et injuste pour le secteur de la nuit, qui réclame la réouverture de ses établissements.
  • Selon les syndicats, plus de 150 discothèques ont déjà fermé et une centaine d’autres se trouvent en redressement judiciaire.

Pour espérer danser jusqu’à l’aube en boîte de nuit, il faudra prendre son mal en patience. Alors qu’Emmanuel Macron a dévoilé les contours du calendrier de déconfinement, la semaine dernière, aucune date de réouverture n’a été évoquée pour les discothèques, le chef de l’Etat précisant seulement qu’elles demeuraient fermées.

Si les restaurants, les musées, les cinémas ou les salles de concert commencent à organiser la reprise, les 1.600 boîtes de nuit françaises, elles, resteront fermées jusqu’à nouvel ordre, au grand désarroi des acteurs du secteur qui parlent « d’injustice ».

Aucune perspective pour le secteur

Fermés depuis un an et demi, les établissements de nuit attendaient impatiemment la prise de parole d’Emmanuel Macron, jeudi dernier, pour connaître leur sort, mais le chef de l’Etat n’a donné aucune perspective de réouverture pour les discothèques. « Dans son discours, le président n’a pas du tout évoqué le monde de la nuit, on a tout simplement l’impression qu’on ne compte pas ou qu’on n’existe pas », estime Thomas Bretey, fondateur de My French DJ, une agence de booking de DJ et du collectif « Restons ouverts », ajoutant : «  Les établissements de nuit ne voient pas le bout du tunnel. Ils n’ont aucune perspective, aucune visibilité sur les trois ou six prochains mois. » « On nous a dit "vous restez fermés, point, c’est comme ça", sans aucune raison et sans aucune perspective », déplore de son côté Thierry Fontaine, président de la branche nuit de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH).

Contrairement aux restaurants qui ont pu rouvrir en avril dernier, avant de refermer leurs portes à l’automne, les boîtes de nuit, elles, sont fermées totalement depuis mars 2020, plaçant des milliers de travailleurs du secteur au chômage. Malgré les aides et le fonds de solidarité, jugés insuffisants par les syndicats, certains établissements ont mis la clé sous la porte. Selon Thierry Fontaine, depuis le début de la crise sanitaire, 160 établissements de nuit ont déjà fermé, une centaine ont été placés en redressement, « sans compter ceux qui ont baissé les bras ». « Il y a une quinzaine de dirigeants de discothèques qui se sont suicidés depuis le début de la crise, c’est dramatique », ajoute Thomas Bretey. « Il y a de l’incompréhension, on est déçus de pas avoir été consultés, déçus qu’on ne nous fasse pas confiance. On est à bout, on oscille entre la tristesse, la colère et l’envie de retrouver notre vie », alerte Thierry Fontaine.

Un traitement de défaveur

Alors que les portes des discothèques vont demeurer fermées, celles des musées ou des salles de concerts devraient rouvrir dans les prochaines semaines. A partir du 9 juin, les lieux de culture – les musées, les cinémas, les théâtres – et les établissements sportifs pourront accueillir jusqu’à 5.000 personnes avec le pass sanitaire. Une incompréhension pour les acteurs du secteur de la nuit : « On va organiser des concerts de 5.000 personnes, mais on nous interdit d’accueillir 300 personnes dans une discothèque ? C’est illogique, mais c’est surtout injuste », s’emporte Thomas Bretey. « Dans un concert, vous dansez, vous chantez, vous buvez. C’est quoi la différence avec une discothèque ? D’un côté, vous avez un groupe, de l’autre, un DJ. C’est la seule différence », résume Thierry Fontaine.

Le président de la branche nuit de l’Umih demande que les boîtes de nuit soient traitées comme les autres établissements : « Sur les 1.600 discothèques en France, 900 ont une capacité d’accueil de moins de 300 personnes. Seulement 40 établissements peuvent accueillir plus de 1.000 personnes. Si c’est une question de jauge, ça ne tient pas. » Selon lui, de récentes études ont prouvé qu’une bonne ventilation était plus efficace que la distanciation sociale pour limiter les contaminations : « Dans les établissements de nuit, les systèmes de désenfumage sont obligatoires. Dans ma discothèque, avec ce système, l’air se renouvelle entièrement toutes les huit minutes. On est parmi les lieux les mieux ventilés, je ne comprends pas », met-il en avant.

Un pass sanitaire pour aller danser ?

Pour les syndicats du secteur, la réouverture des établissements de nuit pourrait également mettre un terme aux soirées privées ou illégales, parfois vecteurs de contaminations ou de clusters : « La fermeture des discothèques a donné lieu à des soirées privées, à des regroupements dans des appartements bien moins grands et bien moins aérés qu’une discothèque. Il faut arrêter d’être naïf », dénonce Thierry Fontaine, qui affirme que les acteurs du secteur ont déjà proposé plusieurs protocoles sanitaires au gouvernement.

Le secteur serait même prêt à mettre en place un pass sanitaire, comme ce sera le cas pour les stades, festivals, foires ou expositions : « On pense que les discothèques sont des lieux de perdition, qu’on ne sera pas capables de gérer les jauges, les gestes barrières, le protocole sanitaire, mais ce n’est pas vrai. »

Le secteur espère que le gouvernement prendra exemple sur le Royaume-Uni. Ce week-end, 3.000 personnes se sont réunies dans une discothèque de Liverpool pour deux soirées-tests sans masque. Les participants devaient présenter un test négatif pour entrer dans le club et seront testés dans plusieurs jours. A Barcelone, un autre concert-test de rock a rassemblé 5.000 spectateurs masqués, mais sans distance. Plus d’un mois après l’événement, il n’y a eu « aucun signe » de contagion au coronavirus, ont affirmé les organisateurs, mardi dernier.

« Ces différents tests montrent que si les choses sont faites intelligemment, il n’y a pas de contaminations », affirme Thomas Bretey. Le 29 mai prochain, ce sera au tour de la France d’organiser un concert-test à l’AccorHotel Arena, réunissant 5.000 personnes, avec le groupe Indochine. Selon le Journal du dimanche, Emmanuel Macron devrait y assister. Une petite lueur d’espoir pour les acteurs du secteur de la nuit ?