Saint-Malo : Que vont devenir les célèbres brise-lames de la grande plage ?

PATRIMOINE Environ 500 des 3.000 pieux en chêne sont trop abîmés et devront être remplacés

Camille Allain
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Une partie des brise-lames protégeant la digue de Saint-Malo doivent être remplacés.
Une partie des brise-lames protégeant la digue de Saint-Malo doivent être remplacés. — C. Allain / 20 Minutes
  • A Saint-Malo, 500 brise-lames doivent être remplacés en raison de leur dégradation avancée.
  • Leur devenir est toujours incertain. La ville aimerait les vendre, mais la loi l’interdit puisqu’ils ne lui appartiennent pas.
  • Erigés en 1830, ces pieux de chêne brogneux doivent protéger la digue des vagues qui viennent la heurter.

Ils font partie du paysage et trônent fièrement depuis des décennies dans le sable, à quelques mètres de la digue qu’ils doivent protéger. A Saint-Malo, les brise-lames sont incontournables. Dressés sur l’immense plage de la cité corsaire, ces pieux de chêne brogneux ont été plantés là il y a un peu moins de 200 ans par les Ponts et chaussées. Leur mission ? Limiter l’impact des vagues venant heurter la côte et préserver la digue protégeant les premières habitations, situées à quelques mètres. Les jours de tempête, ils freinent la puissante houle de la Manche, sans enlever le charme du spectacle des vagues escaladant la côte.

Propriété de l’État, la digue doit être cédée à Saint-Malo Agglomération, dans le cadre d’un transfert de compétences de la lutte contre les inondations. Mais avant de refiler le bébé, l’État doit le toiletter et tout remettre en état. Un millier de brise-lames seront enlevés. La moitié sera retapée et remise en place, et 500 autres pieux tout neufs viendront remplacer les plus fragiles.

« Ils doivent absolument servir une cause d’intérêt général »

Depuis quelques mois et l’annonce de ce grand chantier, le devenir des brise-lames les plus abîmés est en suspens. Le maire de Saint-Malo souhaitait les vendre, mais ils ne sont pas à lui. « Ces brise-lames ont un statut juridique de protection de la digue. Il faudra d’abord les déclasser », prévient Vincent Lagoguey, sous-préfet de Saint-Malo. Son administration, avec l’accord du ministre Bruno Lemaire, a accepté de céder une partie de ces 500 pieux à la ville à titre gracieux. « Mais la loi leur interdit de les revendre. Ils doivent absolument servir une cause d’intérêt général », poursuit le sous-préfet. « Je pense qu’il faut tous les préserver, même ceux qui sont abîmés. Ils font partie du patrimoine de Saint-Malo et doivent y rester », prévient le maire, Gilles Lurton.

Une partie des brise-lames protégeant la digue de Saint-Malo doivent être remplacés. Certains pourraient être cédés à la ville.
Une partie des brise-lames protégeant la digue de Saint-Malo doivent être remplacés. Certains pourraient être cédés à la ville. - C. Allain / 20 Minutes

Ce dernier a déjà fait savoir qu’il en utiliserait une partie pour habiller la ville et réaliser quelques aménagements extérieurs. Mais il aurait aussi aimé que des habitants, des chefs d’entreprise ou des artistes puissent acheter des brise-lames. Un moyen de garder les troncs dans la cité corsaire et de rentrer quelques milliers d’euros. « J’ai eu beaucoup de sollicitations. Il y a des fondations qui étaient très intéressées et capables de mettre de l’argent. J’avais l’espoir que cela puisse servir à la rénovation du patrimoine de la ville. On aurait pu mener des travaux sur les remparts, par exemple », explique Gilles Lurton.

Eviter qu’ils ne deviennent des nains de jardin

Un habitant de la cité corsaire a même lancé une pétition dénonçant la potentielle vente des troncs bicentenaires, afin d’éviter qu’ils ne soient transformés « en nain de jardin ». Son idée ? « Offrir une seconde vie publique à ces pans d’histoire en les regroupant en bataillons dressés à la vue de tous ». Le retraité propose « une petite forêt de brise-lames dans le futur musée de l’histoire maritime », ou « un cheminement place de la gare pour accueillir le voyageur ».

La question du devenir des brise-lames n’est pas encore tranchée. « Nous n’avons pas encore trouvé de solution juridique. L’État pourrait bien les vendre mais l’argent récolté lui reviendrait », prévient le sous-préfet. Ce qui n’est pas vraiment du goût du maire. « Si l’État organise une vente, il devra les céder au plus offrant. Et rien ne dit qu’ils resteront à Saint-Malo. Ou que l’argent nous reviendra », regrette l’élu.

Le chantier de remplacement de ces pieux sera mené après l’été, tout comme celui du renforcement de la digue. Des travaux évalués à 2,7 millions d’euros, auxquels il faut ajouter le réaménagement de la voirie, où une piste cyclable bidirectionnelle sera implantée. Avec une vue imprenable sur les brise-lames.