« Les violences conjugales, ça existe aussi à notre âge », raconte Capucine, victime à l'adolescence

TEMOIGNAGE Capucine, étudiante nantaise de 20 ans, a subi des violences conjugales pendant trois ans et souhaite aujourd'hui sensibiliser les plus jeunes

Propos recueillis par Julie Urbach
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Capucine souhaite briser le tabou des violences conjugales à l'adolescence
Capucine souhaite briser le tabou des violences conjugales à l'adolescence — J. Urbach/ 20 Minutes
  • Capucine a subi des violences de la part de son ex-petit copain alors qu'elle n'était qu'au lycée.
  • L'étudiante souhaite aujourd'hui témoigner pour sensibiliser les jeunes femmes à une réalité qui ne concerne pas que les adultes.

Alors que la parole se libère autour des violences conjugales, on sait moins que ce phénomène touche également des adolescentes. A 20 ans, Capucine a décidé de briser ce tabou en révélant, via un post Instagram publié la semaine dernière sur son compte Ovaires the Rainbow, en avoir été victime lorsqu’elle était lycéenne. L’étudiante nantaise a raconté à 20 Minutes les violences psychologiques, physiques et sexuelles qu’elle a vécues pendant trois ans. Elle espère ainsi sensibiliser les jeunes à cette réalité qui ne touche pas que les adultes.

« C’est devenu malsain »

« On s’est mis ensemble à la fin de la 3e, en 2015, j’avais 15 ans. C’était mon premier vrai petit copain, l’homme de ma vie, quoi ! Au départ, c’était une relation normale d’adolescents. On ne vivait pas sous le même toit mais c’est vite devenu malsain. Au lycée, il me mettait des coups de pression, me pinçait… Le soir, j’étais à l’internat, il m’obligeait à lui téléphoner pour que je ne puisse pas passer du temps avec mes amies. Le week-end, chez mes parents, il était très gentil avec eux mais c’était différent dès qu’on était tous les deux. Après l’emprise psychologique sont arrivées les violences physiques. Il m’empêchait de dormir, me poussait du lit, déchirait mes fiches de révision… Une fois, en vacances, il m’a jeté une chaussure au visage pour une histoire de photos. Il me forçait aussi à avoir des rapports sexuels. Je refusais, il s’en moquait. Je pleurais mais il ne voyait pas le problème, alors que c’est du viol conjugal. »

« Ma réaction, le protéger »

« A chaque fois que j’avais des traces de coups ou les yeux bouffis, j’inventais un mensonge pour ne pas avoir à le dire à mes parents. J’avais toujours la même réaction, le protéger : peu importe l’âge, on est tellement sous l’emprise de la personne qu’on se dit qu’elle n’est pas vraiment comme ça. En plus, c’était ma première relation, je n’avais aucun point de comparaison. Une fois, je lui ai annoncé que je voulais le quitter : il m’a humiliée en me disant que personne ne voudrait de moi. Et finalement, un jour, il m’a trompée, à une période compliquée de ma vie car je venais de perdre ma grand-mère. C’était en avril 2018, le déclic. Ça a été difficile pour moi de réussir à couper les ponts, car je continuais à culpabiliser. C’est en rencontrant mon nouveau et actuel copain que j’ai enfin compris ce qu’était une relation normale et saine. »

« C’était pour les adultes »

« Quelques mois après, j’ai commencé à avoir des flash-back, notamment la nuit. Puis j’ai rencontré l’association Solidarité femmes, des personnes qui ont vécu la même chose, des bénévoles qui m’ont expliqué les mécanismes. En fait, je savais très bien ce qu’étaient les violences conjugales mais pour moi c’était pour les adultes. J’avais conscience que ce que je vivais n’était pas normal, mais je ne me reconnaissais pas dans les représentations, comme dans la série Big Little Lies avec Nicole Kidman, l’histoire d’une femme plus âgée, d’un couple marié. Si je témoigne, c’est pour dire aux autres jeunes femmes que ça existe aussi à notre âge. C’est super important de mettre des mots. »

« Boucler la boucle »

« Depuis, j’ai vu une psychiatre et une psychologue notamment pour m’aider à résoudre mes problèmes de sommeil et dépasser mes traumatismes, surtout sexuels. J’ai lancé mon projet Ovaires the rainbow et mes podcasts, et j’ai enfin réussi à en parler à mes parents. Ils s’en sont voulu de ne rien avoir vu, mais ça n’aurait pas pu être autrement, je prenais tellement sur moi… J’ai déposé plainte en octobre 2020, c’est très important pour boucler la boucle, se sentir légitime en tant que victime. Il n’y a pas encore eu de suite, mais j’aimerais juste qu’il comprenne qu’il n’avait pas le droit de me traiter comme ça. Aujourd’hui, je me sens utile et un peu plus confiante, en espérant que mon témoignage puisse aider à faire les changer les choses. »