Attaque terroriste à Rambouillet : Depuis 2015, quatre auteurs d’attentats sur cinq sont des ressortissants français ? C’est vrai

FAKE OFF Le coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, Laurent Nuñez, l’a affirmé sur France Inter

Tom Hollmann

— 

Des policiers montent la garde à Rambouillet, le 26 avril 2021, en marge d'un rassemblement en hommage à la mort d'une fonctionnaire de police tuée dans un attentat terroriste trois jours plus tôt. (Illustration)
Des policiers montent la garde à Rambouillet, le 26 avril 2021, en marge d'un rassemblement en hommage à la mort d'une fonctionnaire de police tuée dans un attentat terroriste trois jours plus tôt. (Illustration) — AFP
  • De nombreuses voix à droite et à l’extrême droite s’élèvent pour faire le lien entre immigration et terrorisme après l’attaque terroriste survenue dans un commissariat de Rambouillet vendredi.
  • Une vision que ne partage pas le coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, Laurent Nuñez, qui a affirmé sur France Inter que les 4/5e des auteurs d’attentats en France étaient des ressortissants français.
  • « Entre 2014 et 2020, sur les 184 individus impliqués dans 101 projets d’attentats aboutis, échoués ou déjoués, 40 étaient de nationalité étrangère, soit 22 % », a précisé Laurent Nuñez à 20 Minutes.

Alors que la France est à nouveau endeuillée par la mort d’une fonctionnaire de police , tuée dans un attentat  terroriste perpétré à Rambouillet vendredi, des voix politiques, de droite et d’extrême droite, affirment que ces attaques sont le résultat d’une immigration non maîtrisée.

En témoignent les commentaires de Marine Le Pen, la présidente du RN, quelques heures à peine après l'attaque, de son porte-parole Jordan Bardella lundi matin sur CNews, ou encore de la présidente (Libres !) de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, qui appelait dimanche à « cesser de nier le lien entre terrorisme et immigration récente » sur Europe 1. Une brèche dans laquelle plusieurs autres élus Républicains n’ont pas hésité à s’engouffrer, à l’instar d’Eric Ciotti sur RMC ou de Rachida Dati dans le JDD.

Le gouvernement, qui doit présenter mercredi un projet de loi « relatif à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement »​, a tenu à manifester son opposition à cette lecture du terrorisme en France. « Je n’accepterai jamais qu’on tire un trait, c’est-à-dire qu’on dise que l’immigration est égale au terrorisme, comme certains responsables politiques cherchent à le faire », a ainsi opposé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, sur LCI ce lundi.

Une vision partagée par le coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, Laurent Nuñez. « Je veux rappeler que depuis 2015, les 4/5e des auteurs d’attentats terroristes sont des ressortissants français », a-t-il déclaré au micro de France Inter.

20 Minutes a vérifié cette affirmation.

FAKE OFF

Dans une étude de 2018 intitulée « 137 nuances de terrorisme. Les djihadistes de France face à la justice », l’institut Français des relations internationales (Ifri) a analysé les profils et les parcours de 137 individus condamnés en France dans des affaires de djihadisme, de 2004 à 2017. « Lorsque nous nous sommes intéressés à la nationalité des auteurs d’attentats dans l’Hexagone, nous avons constaté que 69 % étaient Français, que 22 % étaient binationaux, et que 9 % étaient étrangers », explique Marc Hecker, l’auteur de l’étude, à 20 Minutes.

« Ces dernières années, et particulièrement en 2020, la proportion d’individus étrangers commettant des actes terroristes semble augmenter », nuance le chercheur spécialiste du terrorisme, en référence à l’attaque du 29 octobre 2020 à Nice, commise par un ressortissant tunisien, et à l’attaque de Conflans-Sainte-Honorine, le 16 octobre 2020, où un ressortissant russe a décapité le professeur Samuel Paty. « La proportion avancée par Laurent Nuñez semble correcte, et ne détonne pas avec nos analyses », juge Marc Hecker.

20 Minutes a sollicité Laurent Nuñez pour obtenir le détail de son calcul. « Entre 2014 et 2020, sur les 184 individus impliqués dans 101 projets aboutis, échoués ou déjoués, 40 étaient de nationalité étrangère, soit une proportion de 22 % », nous a précisé le coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.